Trente ans de politiques néolibérales au Québec | La santé et les services sociaux
25 août 2026
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Cette série d’articles se penche sur l’évolution des politiques publiques dans les 30 dernières années au Québec, soit depuis l’adoption de la Loi sur l’élimination du déficit et l’équilibre budgétaire en 1996. À travers une analyse non exhaustive de ses principaux champs de compétences, nous montrons que la transformation néolibérale de l’État québécois s’est accentuée, et ce, peu importe la couleur du gouvernement au pouvoir.
Il y a exactement 30 ans, le réseau de la santé et des services sociaux connaissait sa première grande réforme néolibérale « réussie » : le virage ambulatoire, mis en œuvre par le Parti Québécois (PQ) dans la foulée du Sommet socioéconomique de 1996. Cette réforme faisait suite à diverses tentatives ratées du Parti libéral du Québec (PLQ) d’appliquer les principes du néolibéralisme en santé et services sociaux durant les années 1980 et au début des années 1990.
En effet, la privatisation des hôpitaux et l’abolition des CLSC recommandées par le rapport Gobeil en 1986, de même que le projet d’imposer un ticket modérateur en 1991, avaient dû être abandonnés en raison de la résistance populaire à ces mesures et des protections offertes par la Loi canadienne sur la santé, qui interdit la tarification des services médicalement nécessaires.
En principe, le virage ambulatoire devait permettre au réseau de s’éloigner de l’hospitalo-centrisme par un virage vers la première ligne et les services à domicile. Dans les faits, elle visait avant tout des objectifs alignés sur l’idéologie néolibérale, soit la réduction des dépenses publiques en santé et l’atteinte du « déficit zéro ». Concrètement, elle s’est traduite par des fermetures d’hôpitaux et des mises à la retraite massives, sans réinvestissement dans les services de première ligne. À ce jour, le réseau public n’est pas encore parvenu à retrouver une quantité de main-d’œuvre équivalente, toutes proportions gardées, à celle qui prévalait avant cette réforme.
Le virage ambulatoire a aussi été le point de départ d’une privatisation grandissante du soutien à domicile, qui était jusqu’à ce moment dispensé principalement par les CLSC. Quelques années plus tard, la privatisation des services offerts par ces établissements publics innovateurs s’est dramatiquement accentuée avec la création des Groupes de médecine de famille (GMF) par le PQ en 2002. Les GMF, qui sont pour la plupart des cliniques privées à but lucratif, sont devenus le nouveau « modèle phare » des services de première ligne en remplacement des CLSC, et ces derniers ont été progressivement vidés de leurs ressources au profit des premiers. Un bilan réalisé en 2022 a montré que le modèle des GMF n’a atteint aucun des objectifs pour lesquels il a été créé.
À la suite de l’élection du PLQ en 2003, de nouvelles réformes néolibérales ont succédé à celles menées par le PQ à partir de 1996. La réforme imposée par Philippe Couillard en 2003 a mené à la fusion de centaines de CLSC, CHSLD et hôpitaux au sein de 95 centres de santé et de services sociaux (CSSS), ce qui a conduit à la suppression de centaines de conseils d’administration sur lesquels siégeaient des citoyen·ne·s. Toujours sous l’impulsion du PLQ, les CSSS ont été eux-mêmes fusionnés dans 22 méga-établissements, les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS et CIUSSS), lors d’une nouvelle réforme imposée par Gaétan Barrette en 2015, qui a également supprimé toutes formes d’élection au sein des quelques conseils d’administration n’ayant pas été abolis dans la foulée de ces nouvelles fusions.
Cette centralisation bureaucratique de la structure du réseau a eu pour effet de réduire progressivement le contrôle démocratique que la population exerçait sur ses services de santé et ses services sociaux, contrôle qui lui permettait notamment d’offrir une résistance aux tentatives de coupes budgétaires et de privatisation des services.
Parallèlement à ces réformes de structure, la privatisation des services s’est amplifiée sous la gouverne du PLQ par la création du modèle des « supercliniques » (des GMF 2.0), la sous-traitance accrue des services de soutien à domicile et la mise en place d’un projet pilote visant la privatisation des chirurgies. L’introduction de méthodes de gestion directement inspirées du secteur privé, telles que la méthode Lean et le financement à l’activité ont également contribué à remodeler le système de santé en fonction des dogmes néolibéraux.
Malgré un changement de gouvernement en 2018 en faveur de la Coalition avenir Québec (CAQ), l’histoire récente du réseau est marquée par de nouvelles réformes néolibérales qui s’inscrivent dans une continuité frappante avec celles du passé : fusion des CISSS et des CIUSSS au sein d’un seul gigantesque établissement (l’agence Santé Québec), accélération de la privatisation des chirurgies et du déploiement du financement à l’activité, renforcement accru des GMF malgré l’échec du modèle, etc.
De vraies solutions aux vrais problèmes du système de santé et de services sociaux existent pourtant, et elles vont pour la plupart dans le sens inverse des réformes néolibérales des dernières décennies.