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Trente ans de politiques néolibérales au Québec | L’éducation

29 août 2026

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5min

  • Maxim Fortin

Cette série d’articles se penche sur l’évolution des politiques publiques dans les 30 dernières années au Québec, soit depuis l’adoption de la Loi sur l’élimination du déficit et l’équilibre budgétaire en 1996. À travers une analyse non exhaustive de ses principaux champs de compétences, nous montrons que la transformation néolibérale de l’État québécois s’est accentuée, et ce, peu importe la couleur du gouvernement au pouvoir.


La grande transformation du système d’éducation au Québec dans les années 1960 et 1970 sous l’égide du Rapport Parent a permis l’émergence d’un réseau public moderne, humaniste et démocratique. Fruit de la Révolution tranquille, ce réseau a été un vecteur d’égalité sociale, notamment pour les populations francophones et celles des régions périphériques ou éloignées. La tendance s’inverse dans les années 1980 alors que l’État québécois amorce son virage néolibéral.

Le néolibéralisme en éducation au Québec durant les années 1980 se manifeste non pas par l’abandon du rôle de l’État, mais plutôt par un changement de ses modes d’intervention. Les compressions budgétaires du début de la décennie favorisent une logique de rationalisation des dépenses, tandis que la Loi sur l’enseignement primaire et secondaire public de 1984 introduit davantage de responsabilités au niveau local. La Loi sur l’instruction publique de 1988 poursuit cette réorganisation en renforçant les mécanismes d’encadrement, d’évaluation et de gestion du système scolaire inspirés du secteur privé. 

En 1996, le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard fait du déficit zéro une nouvelle priorité nationale. C’est à ce moment que le néolibéralisme consolide son emprise idéologique et étend son influence sur l’ensemble des politiques. Dès lors, l’application des préceptes du néolibéralisme en éducation devient rapidement un dogme, puis une pratique concrète. L’éducation devient une dépense à réduire et une activité à rendre plus performante. Trente ans plus tard, quel bilan pouvons-nous tirer de tout cela?       

Qu’ils soient péquiste, libéral ou caquiste, depuis 30 ans, tous les gouvernements du Québec ont appliqué une forme de néolibéralisme en éducation. Dès 1996, les compressions du PQ associées au déficit zéro sonnent la charge. En 2000, François Legault, alors ministre péquiste de l’Éducation, impose aux universités des « contrats de performance ». En 2005, la réforme de l’Aide financière aux études (AFE) par le gouvernement libéral entraîne une coupe de 103 millions de dollars et devient l’objet principal d’une longue grève étudiante. En 2011, les libéraux annoncent une importante hausse des frais de scolarité. En réaction, le mouvement étudiant québécois mène la plus longue et intense grève de son histoire en 2012. De retour au pouvoir en 2012, le PQ met fin au gel des frais de scolarité et impose leur indexation en 2014. On assiste cependant au retour des Libéraux dès 2014, qui, eux, procèdent à l’uniformisation par région de la taxe scolaire en 2018. Élue la même année, la CAQ uniformise la taxe scolaire à l’échelle de la province et la réduit en 2019. Les deux réformes privent les écoles de revenus importants – environ 8 milliards – et accentuent la pression financière sur le réseau de l’éducation. 

En 2020, les derniers éléments de démocratie scolaire disparaissent quand la CAQ abolit les commissions scolaires et les remplace par des centres de services scolaires. Lors de son arrivée au pouvoir en 2018, le parti de François Legault a initialement augmenté le budget de l’éducation et laissé présager un réinvestissement, notamment durant son premier mandat. Cependant, dès 2024, des compressions de 200 millions sont annoncées. En 2025, de nouvelles coupes atteignant 570 millions sont annoncées. Si le gouvernement a partiellement reculé à la suite de la mobilisation du secteur de l’éducation, les investissements ne sont toujours pas à la hauteur des besoins du réseau.

L’approche de la CAQ s’est donc distinguée de celle des Libéraux puisque des sommes ont été réinvesties dans le réseau. Or, ce réinvestissement n’a pas permis de surmonter les graves problèmes auxquels est confrontée l’école québécoise en raison notamment des années d’austérité libérale. 

Conséquences du manque d’investissements, la précarité d’emploi est devenue structurelle dans le réseau scolaire, phénomène qui, à son tour, alimente directement une criante pénurie de personnel. Par ailleurs, la volonté de « restreindre les dépenses » ou de « faire plus avec moins » explique aussi pourquoi les sommes qui auraient dû être investies dans l’entretien des bâtiments ne l’ont pas été et que désormais 53% des écoles sont en mauvais ou en très mauvais état. 

Le sous-investissement n’a malheureusement pas été le seul visage du néolibéralisme en éducation. Les dernières réformes ont accentué la centralisation administrative, évacué les éléments de démocratie scolaire, imposé une partie du lexique du monde des affaires au secteur de l’éducation, permis à l’école privée de « gagner des parts de marché » et favorisé la ségrégation scolaire en chapeautant et en encourageant le développement de « l’école à trois vitesses ».

Par ailleurs, au-delà du manque de ressources, des pénuries de personnel, de la précarité en emploi et de la détérioration matérielle des écoles, précisons que la transformation néolibérale de l’école modifie ses finalités en rapprochant l’éducation des impératifs du marché et de la performance. D’une école qui ambitionnait de consolider l’agora citoyenne, on passe à une école qui souhaite alimenter le marché en capital humain.

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