Partenariat public-privé: Monique Jérôme Forget fait fausse route
26 mai 2026
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Le duo d’économistes et anciens ministres Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau publiait récemment un rapport pour le compte de l’Union des municipalités du Québec qui met de l’avant des solutions pour résoudre le déficit d’entretien des infrastructures municipales au Québec. Les auteurs recommandent notamment d’augmenter le recours à des contrats de partenariat public-privé (PPP), dont l’objectif est de sous-traiter la gestion et l’entretien d’une infrastructure au secteur privé. Cette idée n’est pas nouvelle, et requiert un devoir de mémoire, ne serait-ce que pour éviter de répéter les erreurs du passé.
La Commission Charbonneau et les PPP
Les PPP ont pris leur essor au Québec dans la foulée de la création en 2004 de l’Agence des PPP sous l’égide de la présidente du Conseil du trésor de l’époque, Monique Jérôme-Forget. Trois projets de PPP du secteur de la santé avaient alors été mis sur pied, dont celui du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Ce projet, traité en profondeur dans le cadre des travaux de la Commission Charbonneau, s’est finalement révélé un fiasco impliquant notamment le directeur du CUSM de l’époque, Arthur Porter, et des hauts dirigeants de SNC-Lavalin. Un enquêteur de l’UPAC l’a plus tard qualifié de « plus grande fraude de corruption de l’histoire du Canada ».
Pourquoi ressasser ces vieilles histoires? Parce que Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau persistent et signent, affirmant sans études ni données à l’appui que les PPP représentent une formule avantageuse et devraient s’appliquer tout azimut pour « les réseaux de transport, les installations de traitement des eaux usées, la gestion des matières résiduelles ou les infrastructures récréatives et sportives ». On doit ainsi croire ces anciens ministres sur parole lorsqu’ils affirment que les PPP permettent une « réduction des coûts sur l’ensemble du cycle de vie » des infrastructures.
La position inverse, critique de la sous-traitance, est au contraire appuyée par de multiples études et cas d’école. À terme, la sous-traitance réduit l’expertise publique et génère une dépendance des organismes publics envers le secteur privé, souvent formé d’une poignée de grandes entreprises. Les appels d’offres sont peu concurrentiels, et le public dilapide ses fonds dans des contrats bien au-dessus du juste prix. En clair, la sous-traitance expose les donneurs d’ouvrage à toute sorte d’abus. Récemment, le scandale entourant la plateforme SAAQcliq a rappelé avec force que le maintien d’une expertise publique est un ingrédient essentiel à la bonne gestion des fonds publics.
À cet égard, il fait toujours bon de relire le rapport de la Commission Charbonneau. Celui-ci se montre catégorique à l’égard de la gestion des contrats publics au Québec: « le recours de plus en plus systématique au modèle de la sous-traitance […] devait en principe apporter des économies importantes pour l’État, il a plutôt mené à une hausse du coût des travaux publics ». Les commissaires Charbonneau et Lachance se désolent que « la décision de recourir à une sous-traitance à grande échelle n’était fondée sur aucune étude scientifique rigoureuse ». Quelque quinze ans plus tard, des anciens ministres ont l’audace de contredire la Commission Charbonneau, toujours sans données probantes pour appuyer leur position.
Il semble que les 1729 pages du rapport Charbonneau, et plus récemment celui du Commissaire Gallant dans la foulée du scandale SAAQclic, ne suffisent pas à enterrer une bonne fois pour toute le réflexe du tout au privé pour solutionner les problèmes relatifs aux infrastructures publiques, qu’elles soient numériques ou physiques.
Le mirage des vertus de la sous-traitance est un mythe qui a la couenne dure, et il est malheureux que Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau l’entretiennent, envers et contre la pléthore d’enquêtes publiques qui démontrent le contraire.
Cet article est d’abord paru sous forme de lettre dans l’édition du 26 mai du journal Le Devoir.
Un sous-traitant a toujours eu le réflexe de donner des enveloppes brunes. Que ce soit dans le privé ou dans le publique, c,est un fléau documenté par, notamment, la commission Charbonneau.
Se fiant à cette dernière, les travaux d’entretien et de voirie coûtent jusqu’à 50% plus cher au Québec qu’ailleurs.
Alors qu’à la fin du XIX et au début du XX siècle les syndicats ont été la principale source de tous les avantages sociaux, ils ne sont plus que des valets des barons de l’industrie, de nos jours.
Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau ont des intérêts personnels à faire la promotion de leur bébés: les PPP. Tout ce qui vient d’eux est teinté de partisanerie.
Contrairement à ce qui est affirmé en début de ce texte, Madame Jérôme-Forget n’est pas économiste. Elle a un PhD en psychologie. Comme Ministre des Fiances elle a largement contribué à la détérioration du réseau des services de garde éducatifs au Québec en augmentant le crédit d’impôt pour frais de garde ce qui a permis le développement effréné des services de garde commerciaux (de moins bonne qualité) et abimé le reste du réseau notamment les conditions de travail des éducatrices en ouvrant le marché à du personnel moins bien formé et moins bien payé. L’intérêt pour la formation dans ce secteur a lourdement chuté. Forget a mis à mal tout l’écosystème des services de garde. Un carnage!
Cessons d’utiliser le terme PPP; ce sont des ententes commerciales qui ont pour but de retirer de l’exercice budgétaire gouvernemental la dépense, un peu comme une carte de crédit le fait. Pour avoir fait ma maîtrise sur les partenariats publica-privés en Suède, un tel partenariat refère davantage à la mise en commun d’intérêts publics et privés, en toute transparence, pour développer par exemple un service qui bénéficie aux divers partenaires. L’investissement se fait directement dans les services offerts, développés pour répondre à un besoin et qui permet l’émergence d’un marché commun. Dans le cas suédois, c’était le développement du biométhane comme biocarburant, autant pour les parcs de véhicules municipaux et régionaux. En économie, la sémantique est fondamentale. Les auteurs.es du rapport le savent très bien.
En ayant travaillé dans différentes municipalités, je constate que les exigences des devis technique dans les contrats publiques se sont constituées en fonction des modèles d’affaires des entreprises qui monopolisent ce marché, ceux-ci en retour se dotent des ressources nécessaires pour gagner l’appel d’offre, comme une aliénation intersectionnel. Le secteur privé commence à avoir de plus en plus de poigne dans le rapport de force de la relation PPP. De plus, ces entreprises amassent une panoplie de contrat ici et là dans différentes municipalités, font une job de bouette et exploite leur manoeuvre qui est constitué en majeur partie de travailleurs étrangers.