Icône

Aidez-nous à poursuivre notre travail de recherche indépendant

Devenez membre

Un salaire minimum viable

22 octobre 2021

Lecture

4min

  • Philippe Hurteau

Depuis 2015, de nombreuses organisations sociales demandent un rehaussement rapide du salaire minimum afin que celui-ci atteigne 15$/h (un exemple, un autre et un autre). C’est dans ce contexte que l’IRIS a entamé un programme de recherche afin de cerner les effets d’une éventuelle application de cette revendication populaire. Nos recherches nous ont permis d’établir qu’une hausse rapide aurait un impact limité sur l’emploi et l’inflation, qu’elle impliquerait une augmentation importante des revenus gouvernementaux, que les retombées économiques positives seraient bien réparties sur l’ensemble du territoire et que la hausse importante du salaire minimum ontarien en 2018 n’avait pas eu d’effets indésirables dans cette province.

Bref, tout semblait favorable au passage du salaire minimum québécois à 15$/h. Nous sommes pourtant, depuis le 1er mai dernier, encore à un maigre 13,50$/h.

Dans l’intervalle, le coût de la vie n’a pas pris de pause pour autant. Il y a six ans, un salaire minimum à 15$ paraissait comme un moyen sûr de donner un niveau de vie digne aux bas salarié·e·s. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Ceci vient expliquer les récentes sorties de groupes (ici et ici) voulant rehausser leur demande de majoration du salaire minimum à 18$. 

Travailler et vivre, pas si évident 

Nous savons qu’il subsiste au Québec un important déficit humain, soit une situation qui fait en sorte qu’une personne sur dix n’a pas accès au minimum vital pour vivre. Nous savons aussi qu’une augmentation des aides de dernier secours de 3,9G$ serait suffisante pour régler ce problème.

Pouvons-nous atteindre ce même niveau de clarté avec l’enjeu de la rémunération minimale sur le marché du travail? Oui, c’est possible.

Il « suffit » d’établir ce que les indicateurs gouvernementaux ne permettent pas de faire, soit un seuil de sortie de la pauvreté. Non pas un seuil de faible revenu ou de couverture des besoins de base, mais véritablement un seuil qui permet de distinguer la présence et l’absence de pauvreté (au sens strictement statistique, entendons-nous). 

Dans notre édition 2021 du revenu viable, un tel seuil est établi pour 7 localités québécoises et différentes situations familiales. Nous établissons, par exemple, qu’une personne seule vivant à Montréal doit avoir accès à un revenu net de 28 783 $ pour atteindre un tel niveau de vie. Il s’agirait là, en quelque sorte, de la première petite marche donnant accès à la classe moyenne. 

Après impôt, quels seraient les revenus de cette même personne si elle occupait un emploi à 35 heures par semaine et à 18$/h? 

La réponse est simple : 27 308 $, soit 95 % d’un seuil de revenu considéré comme viable. 

Cela indique, en somme, qu’une revendication d’un salaire minimum à 18 $ n’a rien d’exagéré. Au contraire, elle semble adéquate si nous voulons éliminer le phénomène des travailleurs et des travailleuses pauvres. 

Profiter du contexte

N’oublions pas un fait essentiel: en 2015 nous étions capables de déconstruire, données à l’appui, les pires craintes véhiculées par les organisations patronales. En 2021, le marché du travail se charge pour ainsi dire de cette besogne à notre place. Le niveau actuel de postes vacants oblige déjà  plusieurs employeurs à rehausser la rémunération de leurs bas salarié·e·s. L’autre jour, une amie me parlait du McDonald de Rimouski qui offrait un salaire de 18 $/h… c’est vous dire. 

Bien entendu, tout ceci n’est encore qu’anecdotique, mais laisse à entendre que le moment serait bien choisi d’aller de l’avant. Si une hausse importante peut se faire sans grand drame macroéconomique en temps normal, c’est encore plus le cas en ce moment!

Et ajoutons que le moment tomberait à point nommé pour les principaux intéressés considérant les pronostics actuels d’inflation et l’impact de ces hausses de prix sur les moins fortunés.

VOUS AIMEZ LES ANALYSES DE L’IRIS? SONGEZ À DEVENIR MEMBRE!

Icône

Restez au fait
des analyses de l’IRIS

Inscrivez-vous à notre infolettre

Abonnez-vous

Partager

Commenter la publication

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

3 comments

  1. Merci pour ce beau texte avec chiffres à l’appui. Je retraité depuis 3 ans. Je suis entièrement d’accord avec vous. À 18.00$ de l’heure . Au prix du coût de la vie. Un travailleur ou travailleuse devrait avoir seulement un emploie pour payer les dépenses courantes. Merci de m’envoyer des informations à chaque semaine. Svp m’avertir pour conférence à venir.

  2. Plutôt que de chercher à contrer les effets de l’inflation, ne serait-il pas meilleurs de l’éliminer?

    Donnons-nous enfin les moyens de réaliser nos rêves!
    Détruisons à tout jamais le pouvoir de créer et d’utiliser l’argent-dette donné aux banques privées!

  3. Le pire ennui quand il y a hausse salariale imposée c’est l’abus de certaines entreprises de réduire les heures de travail ou d’ouverture
    ainsi à 14 $ pour 40 h c’est 560 $ / semaine peu ou pas d’impôts à payer
    à 18 $ ce serait 720 $ impôts ?
    mais 18 $ à 32 h c’est 576 % soit presque = à 14 $ sur 5 jours
    Wall mart ou Tim Horton a déjà utilisé ces horaires
    comme certains jours sont plus calmes il y a moins d’employés requis
    pour replacer ou ajuster des produits ou donner du service .

    Revoir l’organisation du travail automatiser les tâches répétitives et accélérer la robotisation seront des progrès important incontournables pour suppléer à la pénurie de main d’oeuvre au lieu de devoir faire venir des travailleurs étrangers temporaires .

    https://www.ledevoir.com/opinion/lettres/642093/manque-de-vision-ou-d-ethique