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Souper des Fêtes : un guide de survie

24 Décembre 2014

  • Philippe Hurteau

La période des Fêtes est synonyme de soupers de famille. C’est ce moment où, en plus de manger au-delà de nos propres limites, nous devons passer des soirées entières à discuter politique avec notre oncle de la Beauce, notre nièce qui étudie à HEC ou notre cousin propriétaire d’une PME. Chaque fois, en plus de vivre une expérience désagréable, on en vient à éprouver un petit malaise qui nous suit pour quelques jours : « Mon Dieu! Pourquoi je n’ai pas pensé à lui répondre ça quand il a dit ça! »

Cette année, avec les politiques d’austérité du gouvernement, cette épreuve rituelle risque d’être encore plus pénible qu’à l’habitude. Afin de vous aider à traverser ces durs moments, voici un petit guide de survie du temps des Fêtes qui permettra de répondre rapidement à quelques arguments de droite.

« Le Québec est dans le rouge! »

Depuis la dernière élection, le nouveau gouvernement ne cesse de répéter que si rien n’est fait, le déficit du Québec sera de 5,8 G$ cette année et de 7,3 G$ l’an prochain. Le problème avec ces chiffres, c’est qu’ils n’existent pas pour vrai. Ils ne sont que le reflet du programme de crédit que le gouvernement péquiste a laissé en plan lors du déclenchement des dernières élections. En réalité, il ne s’agit que d’un montant fictif que le Parti québécois aurait réduit s’il avait gagné le 7 avril.

Rappelons aussi que depuis 1972, les dépenses de programmes du gouvernement oscillent constamment autour de 21 % du PIB. Les seuls moments où nous avons dépassé ce seuil, ce fut lors des trois dernières crises économiques (1982, 1991, 2009). C’est donc dire que les dépenses publiques sont sous contrôle au Québec, et ce, depuis plus de 40 ans.

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Source : Budget du Québec, 2014-2015.

« Austérité, austérité… les dépenses augmentent toujours! »

Le premier ministre a beau ne pas vouloir parler d’austérité, préférant décrire son gouvernement comme celui de la vérité, les faits sont contre lui. Selon la mise à jour économique de décembre, nous sommes bel et bien en terre d’austérité. Le gouvernement Couillard prévoit une hausse de 2,4 % des dépenses de l’État. Nous serions donc loin d’un plan rigoureux de coupures. Pourtant, si on veut avoir une idée de l’évolution réelle des dépenses de programmes, il est plus juste de parler d’une croissance de 1,8 % (en retirant entre autres les coûts liés au service de la dette).

Déjà, on voit que le portrait présenté par le gouvernement bat de l’aile. À cela, ajoutons un taux d’inflation autour de 1,6 %. Le tout nous laisse avec une croissance réelle des dépenses de programmes d’environ 0,2 %.

Avec un accroissement de la population d’un peu moins de 0,8 %, disons que nous tombons clairement sous zéro en termes de croissance réelle des capacités budgétaires des ministères et des organismes. En plus, une simple moyenne ne parvient pas à rendre compte de toutes les baisses et encore moins des choix idéologiques de certaines des coupures. Le portrait est ma foi des plus austères!

« Oui, mais la dette! »

La dette, toujours la dette. Impossible d’avoir une discussion raisonnée sur ce sujet tellement les discours catastrophistes marquent les esprits. Non, le Québec ne croule pas sous le poids de sa dette publique. Rappelons d’abord que seulement 15 % de la dette publique est détenue par des étrangers. C’est donc dire que lorsque le gouvernement paie des intérêts sur sa dette, il les verse à 85 % à des gens d’ici. À ce chapitre, il est également bon de se souvenir que 30 % de notre endettement public est contrôlé par le gouvernement québécois. Bref, les créanciers newyorkais ne sont pas à nos portes.

Aussi, il est également faux de dire que la situation québécoise est plus précaire qu’ailleurs. Lorsque l’on compare le niveau de la dette nette du Québec (la dette brute moins les actifs financiers du gouvernement) à celui des pays de l’OCDE, on voit bien que notre endettement est loin d’être anormal ou catastrophique. Il est intéressant de remarquer que ce constat est vrai même si l’on prend en considération l’hypothétique part québécoise de la dette du gouvernement fédéral.

Comparaison internationale des engagements nets, % du PIB, OCDE (2013)

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Source: OCDE, Perspectives économique de l’OCDE, volume 2014, numéro 1, tableau 33; Gouvernement du Québec, Comptes publics, 2014; et Ministère des Finances du Canada, Tableaux de références financières – 2013.

« Le Québec est une province pauvre »

Cette affirmation, nous l’entendons de plus en plus souvent. On vivrait au-dessus de nos moyens, aux crochets de la prospérité albertaine et des fonds fédéraux. Cette impression de dépendance, entretenue par les importantes sommes reçues via le programme de péréquation, est pourtant trompeuse.

Concrètement, le « niveau record » des transferts fédéraux que touche le Québec n’est en fait qu’une maigre augmentation. Ceux-ci passeront de 2390 $ par habitant.e en 2014-2015 à 2461 $ en 2015-2016. Il convient de rappeler, non sans humour, que ce 71 $ de plus ne représente que un café par deux semaines par habitant.e. Bref, pas grand-chose.

Aussi, il ne s’agit en aucun cas d’une extension de la générosité du gouvernement fédéral, mais bien de l’application assez technique des ententes qui lient le fédéral aux provinces en ce qui a trait au partage des impôts fédéraux payés par les Canadien.ne.s. Dont une bonne part est d’ailleurs payée par les Québécois.e.s.

Le Québec est-il alors le champion de la péréquation et des transferts fédéraux? Depuis 10 ans, voici comment a évolué en % les sommes versées par habitant.e aux provinces par Ottawa:

Évolution en % des transferts fédéraux par habitant.e depuis 10 ans selon la province

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Source : Statistique Canada. Comme on peut le voir, à 55 % d’augmentation en 10 ans, le Québec se place en 3e position, derrière l’Ontario et l’Alberta.

Quoiqu’il en soit de tous ces débats, l’équipe de l’IRIS vous souhaite d’agréables soupers de famille durant le temps des Fêtes et, pourquoi pas, d’avoir la force  de passer au travers et d’en sortir vivant.e.

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