Legault et les fonctionnaires

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Pour un politicien en campagne, dénoncer l’inefficacité des fonctionnaires, c’est comme prendre une photo avec un bébé : ça marche toujours. Le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ), François Legault, a donc promis hier d’en finir avec « le gaspillage et de réduire la bureaucratie au sein de l’État ». Au-delà des clichés et des stéréotypes sur l’image du fonctionnaire inutile, comment a évolué le nombre d’employé·e·s de l’État au Québec dans les dernières années?

Notons que lorsqu’il est question des travailleurs et travailleuses du public, il y a souvent confusion entre les « fonctionnaires » et tous les employé·e·s du secteur public. Dans le premier cas, il s’agit strictement de la « fonction publique » du Québec et, en 2016-2017, elle comptait 56 464 personnes en équivalent temps complet (ETC). Il y a dix ans, la fonction publique comptait 57 250 personnes. C’est dire que même si la population québécoise a augmenté de 8 % depuis dix ans, on a moins de fonctionnaires pour rendre les services.

Mais on comprend que ce n’est pas à ce chiffre que se réfèrent François Legault et la CAQ. Il est plutôt question des employé·e·s de l’État au sens large, donc en ajoutant à la fonction publique l’ensemble des secteurs parapublics (notamment de l’éducation et de la santé) et des sociétés d’État. Tout ce beau monde pris ensemble nous donne un grand total de 483 473 personnes en ETC (pour l’année 2016-2017). Et comment a évolué ce grand total?

Une recherche rapide sur le site du secrétariat du Conseil du trésor nous permet seulement de remonter à 2014. Le résultat se trouve dans le tableau suivant :

Ainsi, on s’aperçoit qu’en deux ans seulement, le gouvernement libéral de Philippe Couillard a réduit le nombre d’employé·e·s de l’État québécois de 11 056 (ETC). Calculé autrement, cela signifie 20 millions d’heures de travail rémunérées en moins par le gouvernement. Si on part du principe que ces gens ne faisaient rien de toute manière, c’est une jolie économie! On a tous un beau-frère qui nous a déjà expliqué que les fonctionnaires sont des lâches, non? C’est comme les changements climatiques, est-ce qu’on devrait vraiment y croire après tout le froid qu’on a eu au Québec l’hiver dernier?

On s’éloigne. Revenons à nos chiffres. La catégorie de personnel qui a subi les plus grands reculs au Québec est précisément celle à laquelle François Legault prétend vouloir s’attaquer. Le tableau montre qu’elle a reculé de 7 000 postes (ETC) en deux ans à peine, soit près de 65 % de l’ensemble des réductions d’effectifs. Si on ajoute les cadres (- 2 523), on atteint presque les 10 000 postes de moins. C’est dire que 87 % des postes de moins étaient de l’administration.

Fait à noter, la seule catégorie qui a vu son nombre croître est celle des « Agents de la paix ». C’est logique : l’austérité fâche les gens, il faut conserver le moyen de les calmer.

En somme, avec sa proposition de réduire de 5 000 le nombre d’employé·e·s administratifs de l’État, François Legault entend sévir là où le PLQ a déjà frappé fort. Comme si on avait besoin d’une nouvelle démonstration que la CAQ constitue un prolongement du projet (néo) libéral…

Commentaire sur l'article

P-Paul

Éclairant. Merci.

Yves Legault

Il semble que tout le monde a oublié que la pierre angulaire du néolibéralisme est "la croissance infinie".
Or, cela n'était une théorie défendable qu'avant le XXième siècle. Aujourd'hui, c'est folie pure. La preuve en est l'état générale de saccage dans lequel se retrouve la planète entière.

Gilles

Cela confirme...

Gilles

Bon article