101,7 M$ dépensés par la RAMQ en Ontario pour des patients de l’Outaouais

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La région de l’Outaouais bénéficie de moins de financement par habitant·e que les autres régions administratives du Québec. Différents facteurs expliquent cette différence, à commencer par la proximité de la ville d’Ottawa, ce qui affecte les services publics disponibles pour la région.

C’est ce que l’on peut voir dans notre plus récente publication. À titre indicatif,  pour l’ensemble des dépenses de programmes en 2015-2016, la région de l’Outaouais recevait 75,4 % de la moyenne par habitant de l’ensemble du Québec (p. 3). Ce manque de ressources mène à une surcharge des soins de première ligne dans la région.

On observe ainsi une dégradation progressive des actifs en santé et services sociaux en Outaouais. La valeur du « Déficit du maintien des actifs (DMA) », qui consiste en une estimation des ressources qui seraient nécessaires pour rendre parfaitement opérationnels des actifs, un hôpital par exemple, est évaluée à 12,6 M$ (p.5). Cela mène à un manque d’installations pour offrir des services de santé et des services sociaux, et affecte la capacité des institutions de santé à embaucher du personnel et, donc, à un plus faible ratio de médecins spécialistes (58 %) et d’infirmières (68 %) que pour la moyenne québécoise.

C’est aussi vrai pour le nombre de lits dressés par habitant pour des périodes de courte ou de longue durée, qui est de 25% inférieur à  la moyenne (p.4). Bref, les patient·e·s de l’Outaouais sont moins bien desservi·e·s par leur système de santé que ceux de l’ensemble des régions administratives comparables et que la moyenne québécoise.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que des habitant·e·s de l’Outaouais aillent se faire soigner en Ontario plutôt que de le faire au Québec, surtout que certaines institutions plus récentes les courtisent. Au final, ce sont les Québécois·es, à travers leurs impôts, qui financent les hôpitaux ontariens, alors que la situation stagne en Outaouais, et ce, de l’aveu même du ministre de la Santé.

Alors que l’Outaouais représente 4,7 % de la population du Québec, les dépenses par programmes pour 2015-2016 dans cette région représentaient 3,5 % de l’ensemble des dépenses du gouvernement québécois pour les programmes en santé. On peut estimer que si les dépenses du ministère de la Santé et des Services sociaux étaient proportionnelles à la population, l’Outaouais recevrait plus de 250 M$ supplémentaires. Évidemment, dans ces conditions, certain·e·s habitant·e·s de l’Outaouais se tournent vers les services de santé d'autres régions, dont l'Ontario. En moyenne, depuis 10 ans, ce sont près de 140 000 patient·e·s qui ont été  traité·e·s en Ontario, ce qui engendre des frais supplémentaires moyens de 107 M$ annuellement à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) (p.7).

À titre indicatif, si ces montants annuels récurrents étaient investis au Québec, ils permettraient la création de 1 650 emplois et auraient une valeur ajoutée de 101,7 M$ au Québec (p.12). Dans ces conditions, il est important de se questionner sur le choix du gouvernement de laisser la situation s’exacerber alors que la population outaouaise est grandissante. Cela prive ses habitant·e·s d’une meilleure accessibilité à des services de santé et diminue les opportunités économiques de la région.

Commentaire sur l'article

Gaston Carmichael

Excellent rapport, M. Schepper. Merci.

J'aurais deux remarques.

D'abord, en page 5: "De plus, on remarque que le « Nombre de lits dressés de courte durée par 1000 habitant·e·s » se situe 25 points de pourcentage sous la moyenne québécoise."

Or, le tableau sur la page précédente indique plutôt un écart de 50 points.

Ensuite, à la page 13: "Donc, contrairement aux effets du rapatriement des dépenses annuelles de la RAMQ en Ontario, une hausse des dépenses en éducation professionnelle et postsecondaire en faveur de l’Outaouais a des retombées économiques avant tout dans les régions et non pour l’ensemble du Québec."

Il convient de nuancer.

Un étudiant de l'Outaouais qui va étudier à la Cité Collégiale, à l'Université d'Ottawa, ou au Collège Algonquin (ils sont très nombreux) doit débourser des frais d'inscription très importants. Cela contribue au PIB de l'Ontario, alors que cet argent pourrait autrement être dépensé au Québec.

De plus, ces frais sont déductibles du revenu imposable du citoyen de l'Outaouais. Cela représente donc un manque à gagner en impôt pour le Gouvernement du Québec.