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Le profil des personnes judiciarisées au Québec

17 novembre 2021


On connaît mal le profil des personnes judiciarisées au Québec, ce qui peut s’expliquer par le manque de données claires et détaillées sur cette population. Cette note brosse le portrait le plus détaillé et à jour possible de ces personnes au Québec en utilisant les données des tribunaux de juridiction criminelle compilées par Statistique Canada et celles des Services correctionnels du Québec. Ces données semblent indiquer une certaine judiciarisation de la pauvreté puisque les jeunes, les personnes peu scolarisées, les Autochtones, les personnes racisées et les bénéficiaires de l’assistance sociale y sont surreprésenté·e·s. Face à ce constat, des actions devraient être envisagées pour remettre en question l’approche pénale répressive et stimuler les opportunités économiques de ces personnes pour lesquelles les barrières à l’emploi sont renforcées du fait de leur passage dans le système judiciaire, nourrissant alors le cercle vicieux de la récidive.

Si les questions entourant la discrimination font souvent l’objet de discussions dans l’espace public québécois, certains facteurs de discrimination sont rarement abordés malgré l’omniprésence des obstacles pour celles et ceux qui les subissent. Parmi ceux-ci, les personnes ayant un casier judiciaire portent un stigmate particulier qui alimente les
comportements discriminatoires à leur endroit. 

Au nombre des problèmes qui émaillent leur parcours de vie, les personnes judiciarisées, c’est-à-dire
l’ensemble des personnes qui ont un casier judiciaire, se butent à des obstacles lorsqu’elles cherchent à intégrer ou réintégrer le marché de l’emploi. En octobre 2020, lors d’un Forum sur la requalification de la main-d’œuvre et sur l’emploi, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale Jean Boulet a identifié comme facteur possible de discrimination par les employeurs les casiers judiciaires publiquement accessibles. 

Au moment où certaines industries de l’économie québécoise font face à une pénurie de main-d’œuvre et où la force de travail de la population judiciarisée semble convoitée pour combler ce besoin, il est pertinent de se pencher sur ce phénomène. Par ailleurs, l’intégration au marché du travail est un moyen de réduire le taux de récidive de ces personnes. Dans ce contexte, brosser un portrait clair de cette population est un préalable à l’élaboration de politiques publiques susceptibles d’atteindre ces objectifs. Cette note propose donc un portrait descriptif, le plus à jour et détaillé possible, des personnes judiciarisées au Québec. En premier lieu, nous proposons une définition des concepts et phénomènes pertinents. Par la suite, nous présentons le profil-type des personnes judiciarisées, en commençant par leur nombre. Nous documenterons en deux temps les caractéristiques sociodémographiques de ces personnes. D’abord, nous utilisons des données de l’Enquête intégrée sur les tribunaux de juridiction criminelle de Statistique Canada, qui présente les personnes judiciarisées dans leur ensemble. Ensuite, nous utiliserons d’autres données issues des Services correctionnels du Québec sur les personnes incarcérées, qui décrivent un sous-groupe de la population générale des personnes judiciarisées. 

Sans prétendre à une explication et à une interprétation exhaustives de toutes ces données, notre portrait met en évidence un phénomène reconnu dans la littérature criminologique, celui d’une judiciarisation de la pauvreté.

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Faits saillants

85%

sont peu scolarisés

7%

sont autochtones

53%

ont moins de 34 ans


  • Les données disponibles nous indiquent qu’il semble exister un lien étroit entre la judiciarisation et la criminalisation de la pauvreté.
  • Les groupes d’âge plus jeunes et les hommes sont surreprésentés parmi les personnes judiciarisées
  • Les jeunes, les hommes, les personnes peu scolarisées, les Autochtones, les personnes racisées et les bénéficiaires de l’assistance sociale sont surreprésentée·s parmi les personnes incarcérées dans les établissements de détention du Québec
  • On trouve trop peu de données, et encore moins de données publiques, claires et détaillées sur les personnes judiciarisées au Québec.

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