Vingt ans de budgets de gauche

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Le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) publie cette année son vingtième budget «alternatif ». Il s’agit d’une alternative progressiste à ceux qu’adoptent année après année les gouvernements conservateurs et libéraux qui se succèdent à Ottawa. À quand l’adoption d’un premier budget de gauche dans la Confédération canadienne ? Un budget qui ne répondrait pas d’abord aux intérêts d’une élite d’affaires ?

La bataille de l’austérité prend chaque jour plus d’ampleur au Québec. Il ne faut pas perdre de vue néanmoins que l’austérité est également à l’affiche depuis plusieurs années au Canada. Comme à Québec, le gouvernement fédéral a choisi de précipiter un retour à l’équilibre budgétaire même si ce choix politique ne justifiait les compressions et les coupures sans précédent dans les services à la population.

En somme, comme à Québec, l’austérité a (1) fait inutilement mal à la population, elle a (2) retardé la relance économique et elle a (3) permis l’accélération de la transformation néolibérale de l’État canadien.

Est-ce que ça pourrait être différent ? Nos collègues du CCPA disent « oui ».

Au moment de choisir ce qu’il faudra faire des excédents budgétaires qui suivront le retour au déficit zéro, l’alternative budgétaire proposée permettrait de tirer de la pauvreté près d’un million de personnes, s’attaquerait de front à la question des inégalités, et mettrait l’État à contribution pour stimuler intelligemment l’économie et ainsi créer ou préserver 300 000 emplois.

Ça vaut la peine d’y jeter un œil : 195 pages de bonnes idées.

Malheureusement, le budget qui sera déposé d’ici quelques semaines servira d’autres intérêts. Tout semble même indiquer que le gouvernement conservateur, intrépide, va revenir à la charge avec sa proposition de fragmentation du revenu. Rappelons-le, cette mesure qui permet, au sein d’une famille, de transférer jusqu’à 50 000$ de revenus au conjoint avec le revenu le plus bas, et ainsi payer jusqu’à 2000$ d’impôt de moins en échappant aux paliers d’imposition supérieurs, bénéficiera essentiellement des familles à revenu élevé et réduira de deux milliards la colonne des revenus du gouvernement.

Le chapitre sur la fiscalité du budget du CCPA fait d’une part une liste de mesures aberrantes et d’autre part une liste de propositions visant à mettre en place une fiscalité « juste et progressiste ». Parmi celles-ci, l’abolition ou la limitation d’une série de mesure dont le fractionnement du revenu, les CELI, les déductions pour options d’achats d’actions, les déductions pour gains en capital, les déductions pour dépenses de repas, les subventions au combustible fossile et à l’exploitation minière, les cotisations aux REER, etc. Fait intéressant, le CCPA propose aussi de rétablir les impôts sur la succession (de plus de cinq millions de dollars) et la fortune comme c’est le cas aux États-Unis et un peu partout en Europe.

Avec tous ces revenus, il serait possible de stopper le démantèlement des services publics, les élargir là où les besoins sont les plus criants (logements abordables, infrastructures efficaces, élimination de la pauvreté en priorité chez les enfants, eau potable dans certaines communautés défavorisées, etc). Il est aussi intéressant de noter que pendant que le gouvernement libéral au Québec s’obstine à défaire le système de garderies si populaire, le CCPA s’en inspire pour en proposer un dans le reste du Canada.

Le budget alternatif du CCPA fait donc plus que de répondre à une liste de besoins socio-économiques de plus en plus urgents, il renoue avec l’idée qu’il est collectivement possible de faire des choses pour répondre à l’intérêt collectif, à commencer par des politiques publiques dignes de ce nom.

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