Vers plus de croissance (des élites) ou bienvenue au Club des 27

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À la mi-octobre, le gouvernement a annoncé la formation d’un groupe-conseil qui se penchera sur les meilleures manières de relancer le Québec sur les voies de la croissance économique. Peu de choses sont connues de ce groupe, sauf qu’il est composé de 27 personnalités du monde des affaires et qu’il est présidé par Monique Leroux, celle-là même qui fut à la tête de la coopérative, pardon, du Mouvement Desjardins de 2008 à 2016. Leur rapport est attendu – surprise! – juste avant les prochaines élections et leur première rencontre est prévue au début novembre. Mais c’est un hasard nous assure-t-on.

 

Regardons d’abord la liste des personnes qui ont été choisies. Sur le lot, neuf sont des femmes, soit environ le tiers des participant·e·s. Bien que ce soit un meilleur ratio que ce qu’on observe sur les conseils d’administration (environ 19%), ça reste bien en-dessous de la représentation des femmes dans la société ou de ce qu’on retrouve sur le comité équivalent au fédéral. En effet, on y a nommé une majorité de femmes (8/14). Du côté des personnes racisées, on se retrouve avec à peu près ce qui se retrouve dans la composition du Québec. Il reste que trois (hommes) non-blancs, c’est bien peu. Et qu’on n’y retrouve aucun autochtone. L’effort semble surtout avoir été mis pour avoir une belle diversité générationnelle. On retrouve donc tant de jeunes entrepreneurs qui travaillent dans des start-up que de vieux loups anti-syndicaux.

Mais qui sont ces personnes, mises à part leurs caractéristiques démographiques? La première chose qui peut frapper, c’est que les personnes qui ont été conviées à discuter de « l’innovation, de la recherche et de la compétitivité des entreprises » proviennent tant du secteur privé que public. Se côtoieront ainsi autour de la table le président de la Banque nationale et le PDG d’Hydro-Québec. On pourrait y voir une certaine ouverture du gouvernement à considérer le secteur public comme un acteur économique pertinent, mais en fait, ce qui les intéresse surtout c’est de rassembler ceux et celles qui sont déjà à des postes de pouvoir.

D’ailleurs, toutes ces belles personnes semblent partager une vision de l’économie similaire. Alors que le Québec est l’un des endroits au monde faisant le plus de place à l’économie sociale (Montréal fut d’ailleurs l’hôte de Forum mondial de l’économie sociale pas plus tard qu’en septembre dernier), où se trouvent les coopératives (Desjardins ne compte malheureusement pas)? Les entreprises à but non-lucratif ? Pourquoi ne pas avoir invité à tout le moins le Chantier d’économie sociale?

Ce qui manque, cruellement, ce serait n’importe quel acteur du secteur syndical, communautaire ou culturel. Le gouvernement mentionne qu’il est « ouvert » à l’idée d’étendre l’invitation à des représentants syndicaux, mais le simple fait qu’ils ne sont pas d’emblée autour de la table envoie un signal clair : la croissance, c’est l’affaire des patrons. De toute manière, qu’est-ce que des syndicalistes, des artistes ou des intervenants sociaux connaissent à l’argent et à sa multiplication?

Pourtant plusieurs des stratégies longtemps défendues par ces groupes sont maintenant reprises (comme des révélations) par des institutions plus reconnues pour leur conservatisme économique que pour leur progressivité sociale. Par exemple, on apprenait récemment que PriceWaterhouseCooper suggérait de réduire l’écart salarial entre les hommes et les femmes afin de favoriser la croissance. Pour y arriver, il faudrait non seulement mieux payer les employées, mais également créer un climat plus favorable à l’égalité des sexes. Qui l’aurait cru! Quant à l’OCDE et au FMI, ils semblent venir de découvrir que les inégalités sont un frein à la croissance... Ainsi, si toutes ces organisations (et les gouvernements qui les suivent) avaient écouté les féministes, travailleurs et travailleuses, ainsi que ceux et celles qui travaillent dans les groupes communautaires ou culturels, nous aurions sans doute quelques années d’avance sur cette élusive croissance que l’élite d’affaires est supposée faire advenir. Dommage qu’ils ne soient toujours pas invités pour en discuter...

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