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Une rentrée sans la culture

17 septembre 2026

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  • Joëlle Gélinas

Plutôt absentes de la campagne électorale, les interventions nécessaires en culture ont néanmoins été discutées lors d’un débat qui lui était dédié la semaine dernière. Le soutien aux activités culturelles à l’école a été parmi les premiers thèmes débattus, faisant suite aux changements récents dans l’attribution des enveloppes dédiées notamment à la culture à l’école et aux sorties scolaires en milieu culturel. En jeu, la fin des sommes spécifiques à ces mesures au profit d’un fond global nommé Projet pédagogiques particuliers, activités sportives, culturelles et sociales géré par les centres de services scolaires. En cette période de rentrée, plusieurs craignent les répercussions sur l’accès des jeunes à la culture et certaines annonces préliminaires font état d’un recul déjà marqué des réservations auprès des organismes culturels pour les sorties. Pourquoi des montants disponibles, mais qui ne sont pas exclusivement dédiés aux sorties culturelles risquent d’entraîner une baisse de ces activités? Parce que, comme l’ont montré les recherches en milieu scolaire québécois, le financement des activités n’est pas le seul facteur qui intervient dans leur organisation. 

Cela fait déjà une vingtaine d’années que le Québec s’est engagé dans une démarche pour favoriser l’intégration culturelle à l’école, des suites d’une entente interministérielle entre l’Éducation et la Culture (1997) ainsi que d’une réforme de l’éducation (2001). Ces transformations ont mené à la création des programmes comme La culture à l’école (depuis 2004-2005) pour faciliter l’accès des élèves aux œuvres et aux artistes du Québec et, beaucoup plus récemment, Sorties scolaires en milieu culturel (depuis 2019-2020). Une approche culturelle de l’enseignement a aussi été mise de l’avant, notamment à travers une série de documents, en vertu de laquelle on encourage les enseignant·es décrit·es comme des « passeurs culturels » à intégrer des repères culturels de façon transversale, dans toutes les disciplines. 

Malgré ce rapprochement culture-éducation significatif au niveau des politiques, les recherches sur les réalités du terrain ont montré l’existence de certains freins limitant sa concrétisation au sein du milieu scolaire québécois. En 2019, plus de la moitié des établissements scolaires n’avaient toujours pas recours aux programmes existants, ce qui veut dire que l’accès à la culture dans les écoles était encore grandement inéquitable. En incombe d’abord au financement du gouvernement pour soutenir ces programmes qui a été grandement instable au fil des ans. Jusqu’à ce qu’il soit bonifié il y a quelques années, les contraintes liées au budget étaient d’ailleurs les plus souvent identifiées comme frein à l’organisation des activités culturelles par les personnes enseignantes. 

Si on questionne le personnel enseignant sur ce qui influence la mise en œuvre des programmes culturels à l’école, c’est parce qu’il en est entièrement responsable. Autrement dit, sur le terrain, ce sont les personnes enseignantes qui choisissent de s’engager ou non dans l’organisation de ces activités. C’est là un autre élément majeur de leurs conditions de réalisation. Parmi les autres freins qu’elles identifient, outre le budget : leur statut précaire – près de la moitié du personnel enseignant au Québec a un emploi à statut précaire. En changeant d’école et de niveau d’enseignement fréquemment, la planification s’avère difficile. La logistique organisationnelle complexe est d’ailleurs aussi relevée par le personnel enseignant, en particulier pour les sorties en dehors des murs de l’école, qui peuvent impliquer des déplacements importants pour les milieux scolaires en dehors des grands centres urbains. 

Voilà pourquoi la fin des allocations destinées exclusivement à soutenir les sorties dans les lieux culturels risque d’avoir un effet significatif sur les activités organisées. Contrairement à ce qui a été mentionné lors du débat électoral sur la culture, anticiper ces conséquences ne relève pas d’un manque de confiance envers les acteurs du milieu scolaire québécois, mais d’une prise en compte de leurs conditions de travail. Ainsi, si on souhaite que les arts et la culture du Québec rejoignent les élèves de tous les milieux scolaires de manière équitable, il est non seulement nécessaire de rétablir les enveloppes distinctes, mais également d’introduire des personnes à la coordination culturelle dans les centres de services scolaires. La découvrabilité des contenus culturels francophones sur les plateformes numériques est devenue un enjeu majeur des politiques. Il faut dans ce contexte se rappeler que la découverte culturelle dépasse l’environnement strictement numérique et demeure largement tributaire des relations interpersonnelles, à commencer par celles qui se créent à travers l’école.

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