Icône

Aidez-nous à poursuivre notre travail de recherche indépendant

Devenez membre

La hausse du salaire minimum et le mépris de Jean Boulet

1 février 2024

Lecture

4min

  • Minh Nguyen

Le gouvernement du Québec a enfin annoncé la teneur de la hausse du salaire minimum qui aura lieu le 1er mai prochain et, malheureusement, ce n’est pas une bonne nouvelle pour les travailleuses et les travailleurs pauvres. Cette hausse de 0,50$ l’heure fera passer le salaire minimum de 15,25$ à 15,75$, soit une hausse de 3,28%. Cela dit, est-ce que cette hausse est suffisante? Si on posait la question à la Boule magique numéro 8 (et si elle était fiable), elle répondrait « C’est non ».

La hausse moyenne annuelle de l’inflation s’est élevée l’an dernier à 4,5%. Autrement dit, la hausse du salaire minimum de cette année étant en deçà de l’inflation annuelle, cela signifie que les travailleuses et les travailleurs pauvres vont subir une perte de pouvoir d’achat de 1,22%. L’effet est d’autant plus grand sur le portefeuille des travailleuses et travailleurs pauvres que deux des postes de dépenses les plus importants pour elles et eux sont le logement locatif (le loyer), qui lui a augmenté de 5,8%, ainsi que les aliments achetés en magasin (l’épicerie), qui a augmenté de 8,3%.

Notons par ailleurs que cette baisse du pouvoir d’achat a tendance à nuire davantage aux femmes qu’aux hommes. En effet, il y avait en 2023 111 200 femmes sur un total de 200 700 travailleuses et travailleurs au salaire minimum au Québec. Le ministre du Travail Jean Boulet justifie sa mesure par le fait qu’une hausse plus importante pourrait causer des fermetures de commerce. Or, force est de constater que ce choix se fait au profit des entreprises et sur le dos de travailleuses.

On sait en outre que lorsqu’elles sont en couple avec des hommes, les femmes sont plus susceptibles d’avoir un plus petit patrimoine. Et on sait aussi qu’elles ont tendance à gagner moins que les hommes. Une baisse du pouvoir d’achat pour celles qui travaillent au salaire minimum ne va, en rien, les aider à améliorer leur situation financière.

Cette hausse inférieure à l’inflation est d’autant plus choquante que le raisonnement du ministre Boulet ne tient pas la route. Certes, une augmentation du salaire minimum entraîne une augmentation des coûts de main-d’œuvre pour les employeurs, mais elle est également associée à une hausse des ventes. Cela s’explique par le fait qu’un accroissement du revenu pour les travailleuses et les travailleurs à bas salaire n’est pas dirigé vers des paradis fiscaux ou l’épargne, mais est plutôt réinvesti directement dans l’économie locale, augmentant ainsi la demande et, ultimement, le chiffre d’affaires des commerces locaux.

Un salaire qui maintient dans la pauvreté

Au Québec, le seuil de la Mesure du panier de consommation (MPC) est actuellement estimé à 24 200 $ pour une personne seule. C’est le montant nécessaire pour couvrir ses besoins de base (logement, alimentation, transport, habillement et autres nécessités). Cette couverture minimale des besoins renvoie non pas à une sortie de la pauvreté, mais plutôt à la survie dans le sens strict du terme. Avec le salaire minimum à 15,75$ l’heure, une travailleuse ou un travailleur qui occupe un emploi à temps plein, soit 35 heures par semaine, aura un revenu annuel, après transferts, crédits et impôts, d’environ 25 600$, ce qui est à peine plus haut que la MPC.

Idéalement, une personne qui travaille à temps plein devrait au moins être en mesure de se sortir de la pauvreté. C’est ce que démontre l’IRIS année après année en calculant le seuil du revenu viable. Et pour une personne seule qui vit à Montréal en 2023, c’était un revenu annuel disponible de 32 252 $ qui était nécessaire. Pour une personne vivant à Québec, on parle d’un montant de 31 104$. Autrement dit, il manque environ 6650 $ pour qu’une travailleuse ou un travailleur au salaire minimum vivant à Montréal touche un revenu permettant une sortie de la pauvreté et, pour son homologue de Québec, c’est environ 5500 $ qui manquent.

Il n’y a pas si longtemps, le premier ministre saluait le courage de ces travailleuses et travailleurs au salaire minimum qui gardaient à flot le bateau, qui assuraient les services essentiels pendant que l’ensemble de la société gérait les effets de la COVID-19. Aujourd’hui, nous voyons que la reconnaissance n’aura pas été de longue durée et que le mépris se pointe à nouveau le bout du nez. Il est grand temps que ce mépris pour les travailleuses et les travailleurs pauvres cesse. Il est temps qu’elles et ils aient accès à un salaire viable.

Icône

Restez au fait
des analyses de l’IRIS

Inscrivez-vous à notre infolettre

Abonnez-vous

Commenter la publication

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

3 comments

  1. L’augmentation des prix dans le taux d’inflation n’est-elle pas une moyenne?
    En gros comme elle agit de la même manière qu’une taxe, c’est le même montant pour tout le monde. En accessibilité, si on la calcule sur le salaire moyen au Québec et au Canada, cela signifie que sur 55 000 et sur 65 000 près et respectivement, l’inflation réduit le pouvoir d’achat de 4.5% soit respectivement de 2475$ et 2925$. L’augmentation de .50$ sur une semaine de 40 hrs signifie 20.$, sur 52 semaines 1040$. Nous sommes loin du coût réel de l’inflation et de l’impact sur l’accessibilité aux besoins vitaux. Cela augmente l’oppression nationale, l’oppression des femmes et des populations les plus pauvres.

  2. Il faut rapidement éliminer les abris fiscaux qui coûtent, bon an mal an plus de 10,000,000,000$ par année au trésor québécois.

    Il faut définir ce que sont les biens premiers et les mettre définitivement à l’abri de la spéculation.

    L’impôt ne devrait toucher que la spéculation.

    etc.