Tarif des CPE: la phobie de l’impôt

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Une semaine avant la rentrée parlementaire à Québec, le gouvernement Couillard place déjà ses pions en laissant couler de l’information sur son intention de revoir le fonctionnement du financement des CPE. Du tarif unique, les fameuses garderies à 7 $, on propose de passer à un système de participation proportionnel aux revenus des parents.

Tant mieux! diront certain.e.s. Quoi de plus normal que quelqu’un qui va porter ses enfants à la garderie en BMW paie plus que les autres? En s’attaquant au principe d’universalité, qui veut que les mêmes conditions s’appliquent à tout le monde pour avoir accès aux services publics, le gouvernement prétend s’en prendre à une vache sacrée du modèle québécois. 

Pourtant, il donne bien plus l’impression de poursuivre sa propre vache sacrée, idéologique celle-là. Sous faux prétexte d’équité, les libéraux continuent ce qu’ils ont commencé en 2010 avec la révolution tarifaire de Raymond Bachand.

Pensons-y un instant : quel est l’avantage de moduler les tarifs de garde selon le revenu des parents? Combler un problème de sous-financement du réseau des CPE? Non. Serait-ce plutôt parce que le gouvernement s’est subitement découvert une passion pour l’égalité et la redistribution de la richesse? Certainement pas.

En fait, ce ballon d’essai lancé par les libéraux n’a pas grand-chose à voir avec les services de garde, mais tout à voir avec l’obsession budgétaire qui s’est emparée de nos élu.e.s. Pour rétablir le déficit zéro, il semble que tous les coups soient permis, ou presque.

Le ministre des Finances se plaît à dire que toutes les options sont sur la table, sauf l’impôt. Si le but du gouvernement est que chacun.e participe au financement des services selon ses capacités, pourquoi ne pas considérer cette option? Surtout que les personnes à hauts revenus, le fameux 1 % des plus riches, ont eu droit à une diminution d’environ 7 % de leur taux d’imposition effectif depuis 1998.

Au fond, en voulant mettre fin au tarif à 7$, le gouvernement nous patente une solution à la pièce, rappelant la Taxe santé du PQ qui, pour des fins d’acceptabilité sociale, copie bêtement le fonctionnement de l’impôt sur le revenu, créant un système fiscal arbitraire et inutilement lourd.

Surtout, réduire le débat sur le financement des CPE à une question de cotisation individuelle des parents nous fait passer à côté de la vraie question. Le problème avec les CPE, ce n’est pas que les parents participent à hauteur de 13,5 % ou 20 % au financement global du réseau. L’enjeu relève de notre responsabilité collective. Avec les CPE, c’est 70 000 femmes de plus qui participent au marché du travail, ce qui ajoute quelques 5 milliards $ au PIB québécois.

Bref, au lieu de singer l’impôt pour rendre sa politique socialement acceptable, le gouvernement aurait tout intérêt à s’attaquer directement au problème des revenus de l’État. L’outil pour financer adéquatement nos services existe déjà. Ça s’appelle l’impôt progressif. Il serait peut-être temps de l’utiliser.

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