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Le mirage albertain (et réponse à M. Geloso)

17 avril 2015


Dans un billet de blogue récent, Vincent Geloso, souligne des limites à notre étude sur la SAQ. Il est bien aimable de consacrer autant de mots à discuter notre étude, mais il me semble qu’il aurait été plus juste de sa part de partir des véritables affirmations de l’étude que de celles qu’il présume.

Les limites de l’IPC sont bien réelles, nous en convenons, mais elles nous permettent quand même d’atteindre les objectifs de notre recherche, que M. Geloso ne semble pas saisir.

En effet, il semble que pour Vincent Geloso, notre étude sur la SAQ ait pour but de vanter les mérites de cette entreprise publique et de montrer à quel point elle est meilleure que le modèle albertain de privatisation. Ce n’est pas ce que nous faisons. Nous tentons seulement de vérifier quelques hypothèses très présentes dans l’espace public. Trois des hypothèses clés que nous tentons de valider sont qu’en Alberta (a) il y aurait plus de produits disponibles qu’au Québec, (b) il y aurait eu une baisse de prix suite à la privatisation et (c) on pourrait s’y procurer du vin moins cher. Il circule dans les médias et chez certains chroniqueurs un discours selon lequel l’Alberta serait un paradis du vin, un monde à part. Nous avons voulu visiter ce paradis, avec nos modestes moyens.

Sur la question du nombre de produits, M. Geloso ne nous contredit pas. Dans ce genre de situation, on peut présumer que qui ne dit mot, consent. Il semble convenir donc que l’information qui circule à ce sujet et qui prétend que plus de produits seraient disponibles en Alberta ne peut être défendue. Là où M. Geloso a un problème, c’est au niveau de l’évaluation des prix.

Comme nous, Vincent Geloso constate que les prix de l’alcool ont augmenté en Alberta, suivant l’inflation, comme le reste des produits, mais parfois moins vite. M. Geloso nous dit cependant que cette hausse n’est pas causée par la privatisation, mais surtout par la hausse de taxe imposée par le gouvernement de l’Alberta. Il est évident que cet élément a joué un rôle, nous le signalions d’ailleurs dans notre étude (ce que M. Geloso omet, lui, de mentionner). Là où notre désaccord est marqué, c’est que pour nous cette hausse de taxe est partie intégrante du projet de privatisation : l’État devant compenser ses pertes de dividendes par une hausse des taxes.

En théorie, cette hausse aurait dû être « compensée » par une diminution du prix causée par la fin du monopole public. Le projet de la privatisation à l’époque c’était ça : « on augmente les taxes, mais comme c’est privatisé, ça va vous coûter moins cher ». Or, rien dans les données sur l’IPC ne pointe vers une diminution importante des prix de l’alcool en Alberta suite à la privatisation. En fait, comme le remarque aussi M. Geloso, les prix ont suivi un cours semblable au Québec et en Alberta. Nous faisons remarquer qu’au Québec leur croissance semble même un peu plus lente qu’en Alberta. D’ailleurs, M. Geloso souligne toutes les limites des données tirées de l’IPC – comme les effers des changements des habitudes de consommation – elles sont bien réelles, mais l’IPC permet quand même de vérifier certaines tendances.

Tirons-nous de cette conclusion que le Québec fait mieux que l’Alberta? Non, simplement qu’il est faux de prétendre que les prix albertains ont connu une diminution suite à la privatisation.

Son autre problème est notre vérification de prix. D’abord, nous sommes bien d’accord qu’elle est imparfaite. Comme nous le soulignons dans l’étude (là encore, M. Geloso s’abstient étonnamment d’en parler), nous avons rencontré plusieurs difficultés : les produits populaires au Québec ne sont pas nécessairement disponibles en Alberta (et inversement); pour assurer une diversité de villes nous devons axer notre recherche sur des très gros vendeurs qui sont disponibles dans les petites villes albertaines, etc. Enfin, élément qu’on ne soulignait pas dans l’étude, mais qui a eu son importance : les commerçants sont réticents à révéler leurs prix au téléphone, douze produits étaient déjà une quantité où il était difficile d’obtenir de l’information, plus aurait été très difficile à réaliser sans se rendre sur place.

Effectivement, douze produits dans 22 magasins (donc environ 264 prix différents, pas 12) est un échantillon qu’on souhaiterait bien sûr plus grand, mais qui nous permet quand même de vérifier ou non d’importantes différences de prix. Quel est notre but ici? De vérifier l’hypothèse selon laquelle on pourrait demain matin prendre l’avion et avoir de meilleurs prix en Alberta qu’au Québec. Un tel voyage serait-il justifié? Notre enquête – avec toutes ces limites – montre bien que non. M. Geloso évoque le pouvoir d’achat des Albertain.e.s. Grâce à leur salaire plus élevé, elles et ils peuvent se procurer plus de bouteilles au mêmes prix que les Québécois.e.s. Il a bien raison, c’est un élément tout à fait intéressant, mais qui ne correspondait pas aux objectifs de notre étude.

Enfin, M. Geloso évoque la possibilité éventuelle de faire une grande enquête de prix où l’on se brancherait sur les scans des commerçants pour vérifier les ventes réalisées au comptoir tant au Québec qu’en Alberta. Quelle intéressante idée, nous sommes impatients de voir le budget d’une telle étude et de voir les ententes de collaboration avec les commerçants. Si M. Geloso se lance dans cette enquête nous sommes intéressés à y participer (ce serait une première, quand même).

Bref, notre étude visait à savoir si le paradis du vin existait et s’il était en Alberta. Pas de faire le débat classique entre marché et État – débat qui nous intéresse, mais qui reste à finir sur ce sujet.

Comme nous le mentionnons dans notre étude, il n’est pas possible de savoir quelle est la part d’importations de très petites tailles dans les chiffres albertains – comme la bouteille de ce monsieur, les riches amateurs n’étant pas l’apanage du Québec – pas plus qu’il n’est possible d’évaluer les grosses importations privées au Québec – pour les restaurants de grande taille par exemple –; comparer le chiffre total des importations en Alberta et seulement les bouteilles vendues à la SAQ au Québec ne tient pas la route méthodologiquement, c’est comparer des pommes et des oranges, la seule option valide est de calculer l’ensemble des produits disponibles sur le territoire et là, le Québec l’emporte haut la main.

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