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L’autre personnalité de l’année 2021 : les non-vacciné·e·s

3 janvier 2022

Lecture

5min

  • Anne Plourde

Chaque année, l’IRIS choisit une personne ou un sujet dont il a peu été question dans l’actualité pour désigner l’« autre » personnalité de l’année. À première vue, les non-vacciné·e·s ne se qualifient pas pour ce titre. En effet, ceux et celles qu’on appelle désormais les « antivax » ont largement retenu l’attention médiatique et politique au Québec et partout dans les pays occidentaux, où on leur a fait porter une part importante de responsabilité pour notre incapacité collective à mettre fin à la pandémie. Toutefois, ce n’est pas sur la petite minorité de personnes réticentes à la vaccination que nous souhaitons braquer les projecteurs, mais bien sur l’importante proportion de la population mondiale incapable d’avoir accès aux vaccins.

Un premier constat est que la couverture médiatique de ces deux phénomènes – la résistance à la vaccination d’une part, et les problèmes majeurs d’accès aux vaccins d’autre part – semble inversement proportionnelle à leur importance. Au Québec, le nombre de personnes hésitantes face au vaccin contre la COVID-19 n’a cessé de diminuer au cours des derniers mois pour atteindre 10 % de la population en avril 2021. En date du 13 décembre de la même année, ce sont d’ailleurs 89,2 % des 12 ans et plus qui sont adéquatement vacciné·e·s dans la province. 

Au même moment – et alors que les pays occidentaux distribuent les troisièmes doses et vaccinent massivement les jeunes enfants très peu à risque de développer des formes graves de la maladie –, 54 % de la population mondiale n’a toujours pas accès à une protection vaccinale complète contre la COVID-19, et 44 % n’ont reçu aucune dose de vaccin. De plus, ce pourcentage global cache des inégalités abyssales : si le Québec est parmi les champions mondiaux de la vaccination, à l’autre bout du spectre, 92 % des Africain·e·s sont sans protection adéquate, et 88 % de la population de ce continent n’a reçu aucune dose de vaccin.

Or, ces larges bassins de population non vaccinée sont une véritable aubaine pour le virus, qui peut continuer d’y faire des ravages mortels tout en trouvant là un terreau fertile au développement de variants potentiellement plus contagieux, plus dangereux et résistants aux vaccins. Alpha, Delta et autres Omicron peuvent ensuite se répandre au reste de la planète, y compris au sein des populations largement vaccinées. En effet, s’il est une chose que la COVID-19 nous a rappelée, c’est que les virus n’ont que faire des frontières, même lorsqu’on tente de les fermer, et que la seule issue face à une pandémie mondiale est celle de la solidarité mondiale. 

De ce point de vue, les problèmes graves d’accès au vaccin dans certaines régions du monde sont beaucoup plus préoccupants que l’hésitation vaccinale qui perdure dans les pays où les taux de vaccination atteignent des niveaux proches de l’immunité collective. Certes, plus d’un facteur explique la faible couverture vaccinale observée dans les pays du Sud, dont la réticence d’une partie de la population envers les vaccins. Cela dit, la responsabilité des compagnies pharmaceutiques et des gouvernements des pays riches dans la perpétuation de la pandémie est beaucoup plus grande que celle de la poignée de personnes qui refusent la vaccination.

À cet égard, le gouvernement canadien a jusqu’à maintenant fait davantage partie du problème que de la solution. Si l’ensemble des pays riches ont largement accaparé les doses de vaccins au détriment des pays du Sud depuis le début de la pandémie, le Canada s’est (tristement) distingué en réservant le plus grand nombre de doses par habitant·e : en novembre 2020, il en avait déjà commandé 358 millions, soit 9,5 doses par habitant·e, nuisant ainsi « à l’éventuelle lutte contre le coronavirus dans les pays pauvres ». De plus, en décembre 2021, le gouvernement Trudeau refusait encore d’appuyer les initiatives visant à suspendre l’application des règles concernant les brevets sur les vaccins contre la COVID-19. Une telle décision permettrait pourtant à des entreprises, notamment dans les pays du Sud, d’en produire des versions génériques moins coûteuses et ainsi de faciliter l’accès au vaccin dans le monde.

Les seules à profiter de ces brevets sont pourtant les grandes entreprises pharmaceutiques. Des calculs récents estiment que Pfizer, BioNTech et Moderna empocheront des bénéfices avant impôt de 34 milliards de dollars en 2021, ce qui représente plus de 1 000 $ de profits par seconde. Bien que les gouvernements aient largement financé l’élaboration des vaccins avec des investissements dépassant 14 milliards de dollars à l’échelle de la planète, les mêmes États paient très cher pour acheter les doses produites par ces entreprises, qui ne se sont pas gênées pour augmenter leur prix en août 2021 lors de la négociation des nouveaux contrats d’approvisionnement avec l’Europe. Moderna s’est d’ailleurs vue décerner un prix-citron pour avoir imposé les marges de profit les plus élevées sur son vaccin, alors que celui-ci a été entièrement subventionné par des fonds publics.

Si le rôle honteux des gouvernements occidentaux et de l’industrie pharmaceutique dans les graves problèmes d’accès aux vaccins à l’échelle mondiale a très peu retenu l’attention en 2021, souhaitons que 2022 nous apporte plus de discernement et un meilleur sens des priorités. Pour sortir de cette fichue pandémie, une véritable solidarité internationale avec les non-vacciné·e·s involontaires sera absolument nécessaire.

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1 comment

  1. Nous avons un exemple criant de ce qu’est le capitalisme monopolistique au service de l’oligarchie ploutocratique.

    Et ce n,est pas fini!