La vraie valeur de l’éducation : bientôt une réponse?

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FGL_billet

Les nombreux débats des dernières années au Québec concernant l’éducation font ressortir un constat flagrant : on ne s’entend pas sur ce qu’est la valeur de l’éducation. La Loi sur l’instruction publique précise que l’école a pour mission d’instruire, de socialiser et de qualifier les élèves. Mais encore? Comment mesure-t-on réellement les effets de l’éducation au sein d’une société? Pour y répondre, il faut comprendre la portée de chacun des aspects de la mission de l’école.

L’impasse de l’argumentation

L’aspect de la qualification a depuis toujours l’avantage d’être quantifiable et clair, ce qui en fait un instrument constamment utilisé pour mesurer l’efficacité d’un système d’éducation. En effet, on emploie régulièrement les variables de « taux d’emploi » et de « salaire moyen » pour évaluer l’apport de l’éducation sur les plans individuel et collectif. Le caractère « qualifiable » de l’éducation est également apprécié pour sa capacité de comparaison entre les différents systèmes, cette valeur étant présente et mesurable partout. Mais la facilité avec laquelle on mesure la capacité du système d’éducation à qualifier les étudiant.e.s signifie-t-elle que cette mesure soit la plus appropriée pour examiner l’efficacité du système d’éducation? La qualification des étudiant.e.s reflète-t-elle l’efficacité des autres aspects de la mission de l’école, soit socialiser et instruire? Bien sûr que non. Mais comment évalue-t-on les bienfaits de la socialisation et de l’instruction au sein de la société?

Une des raisons nous poussant à oublier fréquemment ces deux aspects est simplement la difficulté que nous avons de les définir, de les mesurer et de les analyser. Ces concepts sont en effet plus abstraits et demandent une analyse plus approfondie pour démontrer leur présence et leur portée. En effet, comment mesure-t-on l’apport de l’instruction sur les plans personnel et collectif? Quels aspects de la société sont influencés par le niveau d’instruction et comment cela modifie-t-il les comportements? Les phénomènes sociaux étant généralement plus difficiles à mesurer que les phénomènes économiques, on accorde en général moins d’importance ou moins de valeur à ces arguments. Ce sont pourtant des aspects majeurs de la mission de l’école, mais on s’entête à ne leur attribuer qu’une place secondaire dans les débats concernant l’éducation.

Cette difficulté qu’on a de définir et mesurer la vraie valeur de l’éducation cause ainsi de nombreux maux lorsque vient le temps de débattre des diverses composantes de notre système d’éducation. Ce problème n’est bien sûr pas unique à la société québécoise.

Vers un débat éclairé

Dans le but de résoudre le problème du manque de données et permettre une meilleure analyse des effets du système d’éducation, un projet de recherche impliquant 12 pays et autant de systèmes d’éducation vient tout juste de prendre forme. Intitulé International Study of City Youth (ISCY), ce projet suivra 4000 étudiant.e.s de 10e année (15 ans) sur une période de quatre ans, dans 30 écoles de 12 villes distinctes. Le but de cette étude? En découvrir davantage sur le parcours des étudiant.e.s vers les études supérieures ou alternatives, le travail et la vie après l’école. Les objectifs réels de cette étude sont de mesurer le niveau d’implication des étudiant.e.s à l’école, mesurer à quel niveau ils et elles sont des participants actifs dans les divers aspects de la vie communautaire (et l’impact de l’école sur cette participation) et finalement de comparer les points de départ et les trajectoires empruntées par les jeunes partageant les mêmes habiletés. Si l’étude considère grandement l’aspect « qualifier », on constate que l’aspect « socialiser » est tout aussi important, et que l’« instruction » est omniprésente dans toutes les facettes de la recherche.

évaluant toutes sortes d’aspects comme le contexte familial, les expériences scolaires, les ambitions personnelles et professionnelles, les performances scolaires, l’estime de soi, les relations avec l’enseignant.e, l’implication personnelle au sein de la société, les perceptions de l’efficacité du système politique et de la vie en société, etc., l’ISCY constituera une base de données phénoménale pour mesurer les divers systèmes d’éducation à travers le monde. En les combinant aux données socio-économiques des pays concernés, des études approfondies pourront être mises sur pied pour évaluer convenablement les diverses variables de notre système d’éducation et peut-être même établir des liens de causalité avec certaines variables socio-économiques.

Fait intéressant : les deux villes d’Amérique du Nord participant à cette étude sont New York et Montréal. Le système d’éducation québécois sera donc étudié de fond en comble grâce au Groupe de recherche sur les environnements scolaires (GRES), affilié à l’Université de Montréal, qui dirige la section montréalaise de l’étude.

Bref, cette recherche qui débutera en janvier 2014 contribuera grandement à mesurer l’efficacité d’un système d’éducation, ce qui procurera les outils appropriés pour l’établissement d’un débat clair et pertinent sur le sujet et répondre enfin à la question : quelle est la valeur de l’éducation?

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