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Réussite scolaire au cégep : la ministre rate la cible

9 décembre 2021

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6min


Après plus d’un an d’enseignement collégial en ligne, enseignant·e·s et étudiant·e·s étaient enfin de retour en classe cet automne, à leur plus grand bonheur. On apprenait toutefois la semaine dernière que les enseignant·e·s des cégeps sont inquiets pour la réussite scolaire de leurs étudiant·e·s.  Sur les campus, le constat est clair et préoccupant : fort taux d’absentéisme, manque de motivation, anxiété, abandons, etc. Plusieurs étudiant·e·s semblent s’adapter difficilement à ce retour en classe qui était pourtant tant espéré et attendu.

Est-ce à dire que l’enseignement « en présentiel » n’est pas aussi salutaire qu’on aime le croire ? Pas vraiment. Profs et étudiant·e·s s’entendent pour dire que rien n’égale la relation pédagogique que permet la présence en classe. C’est plutôt que le cégep, ou l’école en général, n’est pas un lieu hors du temps et du monde. Les difficultés rencontrées par les étudiant·e·s sont fortement liées au contexte social et économique actuel : pandémie, hausse des problèmes de santé mentale, hausse du coût de la vie, crise écologique, incertitudes face à l’avenir, etc.

Que faire ?

Questionnée au sujet des inquiétudes manifestées par le corps professoral des cégeps, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a réagi en rappelant les sommes annoncées par son gouvernement en septembre dernier pour soutenir la réussite scolaire et la santé mentale : soit 450 millions de dollars sur cinq ans pour le Plan d’action pour la réussite enseignement supérieur et 60 millions de dollars sur cinq ans pour promouvoir et soutenir la santé mentale dans les institutions d’enseignement supérieur. On peut néanmoins se demander comment cela se traduira sur le terrain et quelle part des investissements annoncés servira directement à soutenir la population étudiante ici et maintenant.

De son côté, la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ) en a profité pour rappeler qu’une réduction de la taille des groupes, réclamée depuis longtemps, peut faire partie de la solution. Cela permettrait effectivement aux enseignant·e·s d’offrir un meilleur encadrement à leurs étudiant·e·s et de développer une relation plus personnelle avec eux. Mais cela ne constitue évidemment pas la seule réponse aux problèmes de réussite.

Considérant la hausse actuelle du coût de la vie, bon nombre de cégépien·ne·s n’ont d’autre choix que de travailler davantage pour subvenir à leurs besoins. La pénurie de main-d’œuvre les amène également à être plus sollicités par leur employeur. Il n’est donc pas rare de voir des étudiant·e·s consacrer entre 20 et 30 heures de leur semaine à un emploi salarié, tout en étudiant à temps plein. Sachant que travailler plus de 15 heures par semaine nuit à la réussite scolaire, il faut tenir compte de la réalité des personnes aux études si on veut favoriser la réussite scolaire.

À court terme, vu que les étudiant·e·s ont significativement moins de temps et de motivation pour étudier, cela pourrait vouloir dire de prévoir un peu plus de temps, en classe, pour effectuer une partie du travail qui serait normalement fait à la maison (lecture, préparation aux évaluations, etc.). Il ne s’agit pas ici de diminuer les exigences, mais plutôt d’aider temporairement les étudiant·e·s à mieux atteindre les objectifs du cours.

Favoriser la réussite exige cependant de ne pas tout faire reposer sur les épaules des profs, qui ne peuvent pas porter tout le poids des problèmes de la société. Il faut donc envisager des solutions structurelles permettant aux étudiant·e·s de réduire leur temps de travail salarié et de mieux étudier, telles des bourses d’études accessibles à quiconque en a besoin, et pas seulement à ceux et celles qui s’engagent dans les domaines d’études priorisés par le gouvernement.

On pourrait aussi faciliter des parcours à temps partiel ou avec moins de cours, en informant plus adéquatement les étudiant·e·s quant aux options qui leur sont offertes en fonction de leurs contraintes de vie (besoin ou non de travailler, enfants à charge, problèmes de santé, etc.). Plusieurs étudiant·e·s sont amenés à réduire leur nombre de cours par session, mais cela arrive souvent lorsque le mal est déjà fait : c’est-à-dire lorsqu’ils se retrouvent en situation d’échec dans plusieurs cours et qu’ils vivent beaucoup de détresse.

Notons au passage que pour aller vers une telle formalisation de parcours plus diversifiés, il faudrait également modifier la formule de financement des cégeps qui est actuellement basée principalement sur le nombre d’étudiant·e·s à temps plein. Dans un monde où plusieurs doivent travailler pour subvenir à leurs besoins et où la charge de travail liée aux études collégiales (heures de cours, d’étude et de travaux) se situe grosso modo entre 35 et 55 heures par semaine, il est irréaliste de penser que les jeunes peuvent facilement remplir les exigences de ce qui est en ce moment attendu d’une personne inscrite à temps plein.

S’inquiéter du Plan d’action sur la réussite

Cela dit, il y a aussi lieu de s’inquiéter du Plan d’action pour la réussite en enseignement supérieur auquel la ministre nous renvoie en guise de réponse à la situation qu’on constate en ce moment dans les cégeps du Québec. Ce document mériterait une étude exhaustive, mais on peut déjà noter qu’il prévoit la mise en place d’un groupe de travail sur « les cours-écueils », soit ceux qui, selon le ministère, connaissent un taux d’échec élevé session après session. On apprend qu’il s’agirait des cours de la formation générale, mais leurs taux d’échec ne sont jamais mentionnés dans le document. À titre d’exemple, les données du ministère de l’Enseignement supérieur (pour la période allant de l’automne 2018 à l’automne 2020) indiquent que les taux d’échec pour les deux premiers cours de philosophie sont respectivement de 21,9% et 14,7%. Certes, il y a toujours place à l’amélioration, mais est-ce vraiment ici un taux d’échec élevé ? Puisque ce plan d’action reprend plusieurs éléments présents dans le rapport Demers, on peut s’inquiéter des intentions du gouvernement quant à la formation générale au cégep.

Ce plan d’action pour la réussite promeut aussi le développement de solutions technologiques et numériques, dont, par exemple, une application en intelligence artificielle pour prédire la réussite et identifier les étudiant·e·s à risque. Comme souvent, beaucoup d’argent est investi dans tout ce qui est périphérique à l’enseignement, comme si la réussite ne partait pas d’abord de ce qui se passe dans la classe. Plutôt que tenter d’imposer à l’enseignement toutes sortes de contraintes et de normes détachées des réels besoins des enseignant·e·s et des étudiant·e·s, on devrait donner aux premiers les moyens de bien faire leur travail et aux seconds les véritables moyens d’étudier.

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1 comment

  1. Nous avons un “ministère de la justice”… Son rôle est de distribuer des punitions.
    Nous devrions l’appeler le “ministère de la punition”.

    Nous avons un “ministère de la santé”… Son rôle est d’aider les malades à guérir.
    Nous devrions l’appeler le “ministère de la maladie”.

    Nous avons un “ministère de la famille”… Son rôle est de détruire les noyaux familiaux.
    Nous devrions l’appeler le “ministère de la désintégration sociale”.

    Nous avons un “ministère de l’éducation”… Son rôle est d’instruire et non d’éduquer.
    Nous devrions l’appeler le “ministère de la désinformation”.

    Au nom du “politiquement correct” on nuit à tout le peuple en le gardant dans l’ignorance.

    Pour empirer la situation, ce que l’on nomme “démocratie” est en réalité son contraire.

    Même quand on utilise le mot “économie”, c’est de son opposé dont on parle.