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La grève de 2012, une économie de 1,17 G$ pour 390 000 étudiants

18 mars 2022

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4min


Voilà dix ans, le Québec vivait le moment phare de la contestation étudiante de 2012. C’est par un 22 mars printanier que 200 000 personnes sont descendues dans la rue pour afficher leur soutien au mouvement des « carrés rouges ». Il s’agit d’une mobilisation d’ampleur historique. À la suite de cette mobilisation, la hausse libérale fut remplacée par l’indexation péquiste. Depuis, certains se plaisent à dire que ce grand mouvement social n’aurait été qu’un échec. Que le programme de prêts et bourses ou encore les crédits d’impôt offerts auraient de toute façon compensé la hausse initiale et qu’au bout du compte, tout cela ne fut que beaucoup de bruit pour rien. Rien n’est plus faux.

La mobilisation étudiante voulait d’abord défendre l’accès à l’éducation. Des droits de scolarité réduits, voire leur abolition par la gratuité scolaire, facilitent l’accès de tous aux bancs d’école. Malgré l’aide financière, le signal envoyé par une hausse a un effet dissuasif à l’entrée en décourageant plusieurs jeunes d’envisager un parcours universitaire. L’esprit comptable voulant qu’un diplômé « rentrera dans son argent » à long terme fait l’impasse sur une réalité pourtant simple : 1) ce n’est pas tout le monde qui a l’argent nécessaire pour réaliser cet « investissement » initial et 2) les craintes liées à l’anticipation d’une dette ont de sérieux effets dissuasifs.

Pour un étudiant qui termine son baccalauréat au printemps, l’annulation de la hausse équivaut à une économie de 4257 $ (2459 $ pour ceux qui auraient eu droit au remboursement maximal du crédit d’impôt pour frais de scolarité qui a été amputé). Au total, 390 000 diplômés ont pu aller au bout de leurs études de premier cycle à plus faible coût grâce à la grève étudiante. Du point de vue de la défense de l’accès à l’éducation, le bilan de 2012 est positif, c’est indéniable.

Contrer la marchandisation de l’éducation

Initialement, la demande de hausser les droits de scolarité venait des universités elles-mêmes. De leurs recteurs, pour être plus précis. L’argument allait comme suit : dans un marché mondialisé de l’éducation, dans une « économie du savoir » compétitive et dans le contexte nord-américain d’une mise en concurrence marchande et impitoyable des établissements universitaires, les universités québécoises se battent à armes inégales. Leur « solution » : augmenter la facture étudiante, le tout pour régler un prétendu « sous-financement » qui n’a jamais été rigoureusement démontré.

L’argumentaire des recteurs révélait leur totale démission face à la défense des établissements dont ils avaient la charge. Dans leur esprit, il fallait lever davantage de ressources financières pour rivaliser à l’international. Qui aurait accès ou non aux universités une fois les frais augmentés ? En quoi cette logique marchande allait-elle affecter le savoir qu’on allait y développer et qu’on allait transmettre ? Toutes ces questions étaient balayées du revers de la main. Elles sont pourtant cruciales.

Car c’est aussi à cela que la grève étudiante s’est opposée : une vision purement marchande de l’éducation. L’idée que les universités sont des usines destinées à produire des diplômés et des brevets. Comme société, cette mentalité commerciale met en danger un des rares espaces où le développement de la pensée critique est encore possible. Le mouvement de 2012 a aussi eu raison de dénoncer cette vision et de travailler à ralentir sa mise en place.

Gratuité scolaire

Dix ans plus tard, nous commémorons une étape importante du Printemps érable. Le gouvernement du Québec devrait profiter du dépôt du budget préélectoral pour ramener le Québec sur la voie d’une éducation non marchande. Une bonne manière de renouer avec l’esprit de 2012 et avec les idéaux de la Révolution tranquille serait d’utiliser ce budget pour annoncer la mise en œuvre d’une politique de gratuité scolaire dans les universités québécoises. C’est le pas que la grève n’a pas réussi à nous faire franchir il y a de cela une décennie, mais ce choix demeure celui qu’il faut faire.

Personne ne devrait avoir à payer ou à s’endetter pour étudier. L’éducation est d’abord un acte d’apprentissage permettant à chacun de s’inscrire dans un monde commun et d’y participer comme citoyen. Elle n’est pas une marchandise, et encore moins un investissement individuel.

Ce billet est d’abord paru sous forme de lettre ouverte dans l’édition du 18 mars 2022 du Devoir.

 

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2 comments

  1. Et tout ce que la grève a fait ressortir. Une vraie démocratie lors des assemblées étudiantes, les grands médias qui jouent le jeu de l’ordre en place malgré que tous les partis politiques étaient en faveur de la gratuite scolaire quelques décennies auparavant, l’affaiblissement du monde syndicale (de sydicat de combat à syndicat ´corpo’.), et surtout un rafraîchissement indéniable du mouvement revendicatif et populaire. Cela m’a rappelé de belles années ( 1970- 1980) étudiantes.

  2. Le modèle norvégien est supérieur au modèle québécois sur tous les point!

    Et l’éducation y est réellement gratuite!
    … Même le matériel scolaire!