L’autre personnalité de l’année 2020 : la maison

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L’an dernier, l’IRIS avait élu les expert·e·s « autre personnalité de la décennie » en raison du trop peu d’attention qu’on leur avait accordée tout au long de la décade qui s’achevait alors. Le discrédit envers la science avait en effet selon nous relégué la parole savante au second plan, à une époque où l’opinion triomphe par ailleurs dans l’espace public. Le constat que nous posions alors s’applique malheureusement trop bien à l’année qui vient de se clore. 2020 a été marquée par la prolifération de théories plus extravagantes les unes que les autres à propos de la COVID-19.

Ce contexte pandémique a toutefois permis à la maison de se voir attribuer le titre de l’autre personnalité de l’année 2020. Rarement aurons-nous passé autant de temps entre les quatre murs de notre logement, une situation qui comme bien d’autres a toutefois été vécue de manière bien inégale au pays. Symbole par excellence de réconfort et de sécurité, la maison peut aussi rimer avec insalubrité, promiscuité, ou violence. Les beaux décors que nous ont fait voir les innombrables conférences, réunions ou entrevues en ligne contrastent avec tous ces intérieurs plus modestes qui forment la toile de fond du quotidien de bien des gens au Canada.

Statistique Canada nous apprenait à ce propos qu’en 2018, plus de 1,6 million de ménages canadiens, soit plus d’un ménage sur dix (11,6%) avaient des « besoins impérieux en matière de logement », c’est-à-dire « qu'ils vivaient dans un logement qui était considéré comme inabordable, de qualité inadéquate ou de taille non convenable, et que leur revenu était insuffisant pour leur permettre d'accéder à un autre logement dans leur collectivité. » L’abordabilité des logements représente le problème le plus courant chez ces ménages, alors que 74,0% d’entre eux ont affirmé vivre dans un logement qui n’était pas abordable. Notons de surcroît que 37,0 % des personnes âgées vivant seules habitaient dans un logement inabordable en 2018.

Les ménages locataires étaient plus susceptibles d’éprouver des besoins impérieux en logement, 23,0% d’entre eux faisant face à une telle situation contre seulement 6,5 % des ménages propriétaires. Pareil pour les personnes appartenant à une minorité visible, dont 13,9% avaient des besoins impérieux en matière de logement, contre 7,2% des personnes n’appartenant pas à une minorité visible. En outre, selon des données compilées par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), 33,4% des ménages autochtones au Canada vivant dans une communauté résidaient en 2011 dans un logement inacceptable du point de vue de la qualité et/ou de la taille, une proportion qui atteignait 15,8% au Québec.

Les conditions dans lesquelles vivent les ménages ont ainsi forcément eu une incidence sur la manière dont ils ont fait face à la pandémie et au confinement. La capacité à réaliser du télétravail dans un espace convenable, à s’isoler de manière prolongée dans un lieu confortable ou tout simplement à être confiné dans une demeure exempte de relations toxiques varie grandement selon l’état de notre maison et la composition de notre ménage.

À ce propos, 43% des ménages propriétaires au Canada se disaient « très satisfaits » de leur logement en 2018, contre seulement 24% des ménages locataires selon d’autres données provenant de l’Enquête canadienne sur le logement. Au Québec, ces proportions s’élèvent respectivement à 52% et 27%. 

Les ménages qui sont propriétaires de leur logement sont aussi plus susceptibles d’habiter dans une maison détachée (et donc fort probablement plus grande). Ainsi, 68% des ménages propriétaires possédaient une maison non attenante au Canada en 2018 (67% au Québec), tandis que 69% des ménages locataires canadiens habitaient dans un appartement situé dans un immeuble (et 78,6% des ménages locataires québécois).

Or, le mode d’occupation du logement diffère d’un type de ménage à l’autre. On constate par exemple que 22% des ménages propriétaires sont composés d’une personne seule, contre 44% des ménages locataires (des proportions qui s’élèvent à 22% et 52% au Québec). De plus, 16,9% des ménages propriétaires canadiens appartiennent à un groupe de minorités visibles, alors que c’est le cas de 24% des ménages locataires. Au Québec, ces proportions sont de 7,2% et 17,3% respectivement.

Il faut enfin se rappeler que certaines personnes n’ont tout simplement pas accès à un toit. L’étude la plus récente sur le sujet, qui remonte à 2014, estimait à 235 000 le nombre de personnes en situation d’itinérance au Canada. Malheureusement, la pandémie semble avoir aggravé ce problème, qui touche une population qui manque cruellement de ressources pour faire face à ce type d’événement.

Les crises exacerbent l’insécurité vécue par les personnes dont les besoins essentiels comme le logement sont mal comblés. Espérons en ce sens que la pandémie de COVID-19 aura rappelé à nos gouvernements l’importance de concevoir des politiques publiques qui ont pour objectif de remédier à de tels manques. Car, en intervenant pour couvrir ces besoins de base, c’est aussi la santé des populations que l’on contribue à protéger.

 

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