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L’autre personnalité de l’année 2022 : les hommes

9 janvier 2023

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8min

  • Guillaume Hébert

En 2022, pour la 10e dixième fois, l’IRIS décerne son très prestigieux titre d’Autre personnalité de l’année. Au fil des ans, alors que le magazine Time nomme une « Person of the Year », nous avons cherché à mettre en lumière une personne, une institution ou une chose qui n’a pas reçu l’attention qu’elle méritait en dépit du rôle important qu’elle a joué dans nos sociétés. En 2011, alors que le Time désignait le « protestataire » à titre de personne de l’année, l’IRIS avait arrêté son choix sur l’un des acteurs qui expliquait alors la colère des manifestant·e·s : les agences de notation.

Cette année, à l’issue de sa très longue et très secrète séance annuelle de délibération, l’équipe de l’IRIS a choisi d’attribuer le titre de l’Autre personnalité… aux hommes.

Eh oui, ce sont les hommes qui méritent en 2022 notre honorable décoration étant donné la résilience qui leur est propre, qui leur permet de demeurer, année après année du « bon » côté du genre, celui qui s’en tire le mieux grâce à ses multiples privilèges. En effet, alors que l’actualité des derniers mois a une fois de plus été marquée par le personnel amoché (et majoritairement féminin) des services publics, les féminicides, la remise en cause du droit à l’avortement, la lutte des femmes d’Iran contre le régime théocratique de leur pays, les femmes autochtones stérilisées, disparues ou assassinées, les écarts de salaire qui se perpétuent, etc., les hommes se retrouvent systématiquement dans une meilleure position que les femmes. Voyons comment cela se manifeste à partir d’une série de statistiques. Certaines datent de quelques années, mais comme les tendances présentées ici sont lourdes, on ne voit pas comment les choses auraient pu fondamentalement changer depuis.

Inégalités économiques

D’abord, il y a le b.a.-ba des inégalités, exprimé habituellement avec les écarts de revenus. Pour l’année 2020, les hommes avaient un revenu moyen de 58 600$, soit 27,5 % supérieur à celui des femmes (44 200 $), selon Statistique Canada. Un écart considérable existe dans toutes les sous-catégories des revenus de marché, notamment le revenu d’emploi (36,1 %), les revenus de placements (40,5%), les revenus de retraite (36,1 %), etc.

Lorsque l’on considère la rémunération horaire moyenne, cette fois mesurée par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), on constate que les travailleurs québécois gagnaient en 2021 110 % de la rémunération de leurs collègues féminins. L’écart s’est resserré depuis 1998, mais au rythme où vont les choses, les hommes demeureront avantagés pour encore une bonne cinquantaine d’années, ce qui n’est évidemment guère compatible avec la Loi sur l’équité salariale adoptée au Québec il y a vingt-cinq ans, en 1997.

En outre, pour chaque dollar gagné par une femme qui travaille à temps plein, les hommes empochent de leur côté 1,19 $ selon Statistique Canada. L’écart s’accroît si l’on compare le revenu des hommes blancs à celui des femmes racisées : ils reçoivent en moyenne 1,63 $ pour chaque dollar gagné par une femme. Et ce chiffre atteint même 1,95 $ si l’on compare leur revenu à celui d’une femme philippine !

Le fait que les hommes ont des revenus plus élevés en moyenne n’est pas étranger au fait que leur patrimoine est lui aussi plus important. Les données sur la richesse accumulée sont moins souvent et moins finement compilées que celles sur le revenu, mais on sait néanmoins que pour l’année 2016, les « pères seuls » détenaient en moyenne des actifs nets de 530 000$, un montant qui équivaut à 221 % de celui des « mères seules » (240 000$).

Rappelons par ailleurs que, en dépit de la création du réseau public de services de garde et de congés exclusifs à l’usage des pères, ce ne sont pas sur eux qu’on impose le dilemme de choisir entre leur carrière et leur souhait d’avoir des enfants. Et s’ils choisissent de ne pas en faire, on les laisse généralement tranquilles, contrairement aux femmes qui deviennent parfois la cible de mouvances sociales rétrogrades.

Bien entendu, l’écart en matière de revenus ne serait pas si grand si les tâches domestiques n’avaient pas été accomplies gratuitement par les femmes au fil des époques. Il s’agit d’un autre domaine où, en dépit de certaines avancées, la différence demeure bien réelle et toujours favorable aux hommes qui continuent d’accomplir moins de tâches domestiques que leurs conjointes. Une enquête de Statistique Canada de juin 2020 révélait par exemple qu’au sein des familles, 64 % des femmes étaient davantage responsables de l’enseignement à domicile et de l’aide aux devoirs durant la pandémie, par rapport à 19 % des hommes.

Relance, austérité et pandémie

Les cycles économiques ont également favorisé les hommes depuis la Grande Récession de 2008-2009. En effet, les grands investissements visant à relancer l’économie se sont concentrés dans les secteurs économiques traditionnellement occupés par les hommes, alors que les politiques d’austérité qui ont été appliquées par la suite pour atteindre l’équilibre budgétaire ont appauvri les services publics, où la main-d’oeuvre est majoritairement féminine, et ont donc relativement épargné les hommes.

Lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé, projetant ainsi l’économie en récession, l’emploi des hommes (-9,3 %) a moins reculé entre 2019 et 2020 que celui des femmes (-11,5 %). L’écart entre le taux d’emploi des hommes et des femmes s’est agrandi durant le dernier choc économique, alors que 71% des personnes qui ont quitté la vie active à cette occasion étaient des femmes.

Au chapitre sanitaire, les hommes ont été plus à l’abri du virus que les femmes. En effet, bien qu’ils composent la moitié de la population, seulement 45,3 % des personnes ayant été infectées et 46,6 % des personnes décédées étaient des hommes. Cette proportion d’infection inférieure s’expliquerait notamment par le fait qu’ils sont sous-représentés dans les emplois à risque jugé élevé, comme en santé et services sociaux, en éducation, dans les services de garde et dans le commerce de détail.

Bien que les décisions sur la gestion de la pandémie aient été prises en majorité par des hommes, ils étaient loin d’être les plus affectés par la situation. Ce sont plutôt  les femmes, souvent immigrantes ou racisées, qui étaient au front. Celles-ci sont surreprésentées (38,8 %) dans les postes d’aide-infirmière, d’aide-soignant·e et de préposé·e aux bénéficiaires par rapport à leur poids (23,7 %) dans la population du Canada. Une majorité d’entre elles sont des femmes noires ou philippines, bien que celles-ci représentent moins de 10 % des femmes immigrantes.

La santé mentale des hommes semble également avoir été moins mise à l’épreuve par la pandémie que celle des femmes. Un sondage réalisé au printemps 2020 montre que seulement 49 % des hommes se disaient affectés négativement par la pandémie contrairement à 62 % chez les femmes.

Violence et masculinité toxique

La pandémie semble par ailleurs avoir accru les risques de violence conjugale. Les féminicides – notamment les femmes tuées par des hommes qui leur sont proches – ont augmenté en flèche en 2021 par rapport à la tendance des années antérieures. 

Il a été démontré que les hommes ont davantage tendance à blâmer les autres et à faire usage de violence lorsqu’ils rencontrent des problèmes. Il n’est donc pas surprenant que 98 % des fusillades de masse soient l’œuvre d’hommes, selon une compilation effectuée aux États-Unis.

Ainsi, aux privilèges dont jouissent les hommes comparativement aux femmes s’additionne une masculinité toxique qui nuit à la collectivité. Elle s’observe dans le domaine de l’environnement, alors qu’il a été démontré que la majorité des climatosceptiques sont des hommes. Et comme la socialisation genrée associe la protection de l’environnement à des gestes « féminins », les hommes sont plus nombreux à partager des opinions défavorables à l’égard de la lutte aux changements climatiques. Une autre étude a révélé que les groupes sociaux particulièrement hostiles aux initiatives écologistes étaient majoritairement composés d’hommes.

Enfin, l’ère néolibérale qui s’est ouverte il y a une quarantaine d’années aura aussi certainement mis à mal la situation des femmes. Non seulement cette période est marquée par un éloge de la concurrence entre les individus, mais elle s’est caractérisée par l’affaiblissement du filet social. Et comme les femmes sont largement associées au domaine du care, qui renvoie aux tâches et aux métiers relevant du soin des autres, des relations sociales et de la prise en charge du travail reproductif, ce sont elles qui portent davantage les conséquences de la désintégration sociale qu’entraînent les politiques néolibérales.

Face à ces constats, qui laissent peu de place au doute quant au caractère toujours patriarcal de notre société, la conclusion n’est pas que les hommes sont des êtres fondamentalement misogynes qui cherchent par essence à asservir les femmes. Comme avec d’autres enjeux tels que le racisme, par exemple, il faut d’abord reconnaître l’effet du patriarcat, admettre qu’il est un obstacle majeur à l’épanouissement d’une majorité de l’humanité, et se montrer favorable et actif à l’égard des politiques publiques qui permettent de mieux calibrer le système social et économique dans lequel nous évoluons et de faire en sorte qu’il favorise l’égalité entre les femmes et les hommes.

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11 comments

  1. L’affirmation « les hommes se retrouvent systématiquement dans une meilleure position que les femmes » est vraie (tout le texte est un argumentaire pour défendre cette thèse).

    Elle est vraie… mais seulement si on choisit les sujets mesurés. Si on parle des suicides, des victimes des guerres, des victimes de meurtre, du décrochage scolaire et beaucoup d’autres, c’est le contraire. Oups!

    Bref, « systématiquement » est faux.

    Je ne dis pas que « les hommes font pitiés » ou « la situation des hommes est pire que celle des femmes ».

    Je dis que l’information est fausse : les femmes sont désavantagées dans de nombreux domaines (une évidence!), mais c’est faux de dire que que les hommes se « retrouvent *systématiquement* dans une meilleure position que les femmes ».

    Certains diront que c’est correct de diffuser une information fausse pour défendre une cause. C’est un point de vue. Je crois cependant que si on veut réellement régler un problème, et idéalement sans en créer d’autres, il faut avoir une perception juste de la réalité.

    Je dis aussi qu’un institut de recherche se décrédibilise en diffusant de l’information fausse pour défendre une cause.

  2. Il y a pourtant des liens à faire entre les phénomènes que vous nommez et le patriarcat, où la volonté de domination et de puissance nuisent effectivement aux hommes mêmes en encourageant la reproduction de comportements violents, ce qui poussé à l’extrême mène à la guerre ou aux crimes violents, ou en décourageant à l’inverse certaines activités associées au tempérament “féminin” comme la réflexion, l’introspection, ce qui explique en partie le décrochage scolaire.

  3. Selon les statistiques, les hommes travaillent en moyenne de 5 à 10 heures de plus par semaine que les femmes. Les hommes occupent aussi des emplois beaucoup plus dangeureux, constituant 90% des victimes d’accident mortels au travail. Selon les statistiques (USA, Europe et Canada), les hommes acceptent plus souvent de travailler les soirs et les fins de semaine que les femmes. Avez-vous corrigés les salaires pour en tenir compte? Autre exemple. Je travaillais dans un bureau, où mes homologues féminins gagnaient bizarrement, le même salaire que moi et nulle part dans ma description de tâches ce n’était écrit que je doive m’occuper de remplacer la bouteille d’eau. Chaque fois “C’est trop lourd pour moi”, c’est ce que mes collègues féminins disaient. Et moi de répondre “pas plus que ton enfant” mais bon… C’est les hommes qui remplaçaient les bouteilles d’eau même si c’était le travail de personne. Donc en fournissant un service supplémentaire pour le même salaire, je gagnais effectivement moins cher que mes collègues féminins. Vous tenez compte de tout ça? Deux autos identiques, l’une avec l’air climatisé, l’autre sans, vous vous attendez à payer le même prix pour les deux ou plus cher pour celle qui en offre plus? Voilà.

    Les hommes travaillent de plus longues heures et acceptent plus souvent des conditions supplémentaires. Donc oui, deux comptables, un homme, une femme, si l’homme travaille les soirs ou fin de semaine à chaque fois qu’on le lui demande et que la femme n’accepte qu’une fois sur deux, ben, j’offre de meilleures conditions à l’homme.

    Maintenant, quand on parle de parents… Les hommes ont beaucoup plus de difficulté à avoir la garde de leurs enfants et pourtant, encore selon les données recueillies, les enfants sans pères finissent plus souvent dans la rue ou dans le crime que ceux qui ont un père seulement. Non seulement ça, essaie de gagner la garde de tes enfants quand t’as un pénis. Je ne parle pas du fait que si une femme a le droit de faire ce qu’elle veut de son corps (et je suis d’accord), donc, de garder un enfant sans demander l’avis du père, l’homme qui ne veut pas l’enfant ne devrait pas pouvoir être légalement forcé de payer. Beaucoup de femmes utilisent cette technique (NBA) pour soutirer légalement de larges sommes à des hommes qui ne veulent pas être père.

    50% des cas de violence conjugale sont initiés par la femme. La masculinité n’est pas toxique, les gens sont toxiques et les femmes sont très capable de l’être autant que les hommes.

    Finalement, les hommes meurent plus jeunent, se suicident plus, forment 1/3 des étudiants à l’université (et on demande un ratio de 50% dans les STEM…), les hommes forment 75% des sans abris, vont en prison plus souvent et ont des peines plus longues pour le MÊME CRIME qu’une femme, est-ce que je continue?

    Pour être systémique, une discrimination doit être écrite DANS LA LOI. Eh ben, la loi sur l’équité d’emploi EXCLUT les hommes blancs…

    Torchon, désinformation, tout ce qui est écrit là dedans n’est basé que sur de la rhétorique qu’on lit sur les blogs de féministes…

    C’est débile de propager autant de mensonges.

    Ce que j’adore encore plus c’est qu’en guise d’équité, on fait tout pour que les femmes jouissent des mêmes avantages que les hommes sans toutefois les soumettre aux désavantages… C’est ça l’équité pour vous?

    Débiles…

  4. Jérôme: merci pour votre critique, et merci aussi d’éviter de lancer des insultes dans vos futurs commentaires. Nous souhaitons avoir des échanges respectueux sur cette page.

  5. Je n’ai pas grand chose à ajouter à ce que Jerome et Étienne Denis ont si justement exprimé en commentaire. Peut-être juste une question: ”Est-ce que les femmes seront enrôlées lors de la prochaine conscription ou on enverra encore mourir les hommes?”. Il y a des avantages et inconvénients à être un homme et à être une femme. Je suis d’accord qu’il faut combattre les injustices, mais ce papier n’est tout simplement pas sérieux, car il se focalise uniquement sur les injustices dont les femmes sont victimes en écartant complètement celles qui touchent les hommes. Dans mon livre à moi, ce n’est pas une approche très inclusive, ni rassembleuse.

  6. Julia Posca, si vous voulez critiquer les autres sans argument concret (avec un liens de page ou un nom d’article) et en plus donner des fausse accusation “d’insulte” veuillez vous abstenir merci bien!! Car les déclaration factuel sans preuve, cela suffis un moment!! On ne vie plus en 2010 ou que tous ce qui se trouve sur internet est cru par tout le monde.

  7. Ces données confirment le patriarcat mais les hommes plus jeunes soit des générations «Y» et «Z» semblent être pointés du doigt alors qu’ils n’ont rien à voir avec ce patriarcat lequel est plus ou moins expliqué …
    Il en faudrait plus des nouvelles comme la vôtre pour cesser de pointer les hommes des jeunes générations et bien expliquer ce phénomène systémique qui n’est pas facile à changer…

  8. “Woke/10”
    Comme diraient les jeunes.

    Quand a Etienne, Jerome et Jean-François , patronymes masculins , au travers de vos commentaires, vous confirmez juste le fait de blâmer les autres au lieu de prendre sur votre groupe d’Homme.

    Très bel article , il faut que cela cesse et que le patriarcat soit remis a sa place une bonne fois pour toute.

  9. Merci infiniment d’avoir rédigé cet article scientifique avec rigueur et faits. Cela met à jour clairement l’écart entre les hommes et les femmes de notre société toujours sous l’influence du patriarcat. Ce qui ne touche aussi est que l’article soit écrit par un homme. Ça donne espoir!

  10. Patricia, vous vous rendez compte de ce que vous dites? je vous insiste a regarder une vidéo faite par une Femme : https://www.youtube.com/watch?v=ATOzqThh7wY (La LÉGENDE des INÉGALITÉS SALARIALES) et qui explique, avec des source sous la vidéo, comment le féminisme est une chose qui tire plus du malfaisant que du bienfaisant!! J’ai 22 ans et m’a Génération comme vous le dites si bien, est au déclin et le taux de Suicides augmente, le taux de testostérone des homme continue a prendre le ravin, l’âge moyen d’un homme vierge est passer a 20ans et plus, enfin bon continuer avec vos mouvement et que chaque dollars investie dans des film ou magazine dit “woke” en coute 2 pour la compagnie, car et bien oui c’est que 20% de la population qui en veulent de ce beau monde fantastique féminisme.. La grande majorité des hommes continuera d’êtres des hommes et pour le mieux!! il y a même une chaine “youtube” d’une française qui en parle et que de ça (Thaïs d’Escufon), justement notre culture à mal, elle saigne en litre par minutes, avec tous les twittes , les vidéo et les dites revendication, qui sont que pour le bien personnelle au final.