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Refonte tarifaire de l’ARTM : pourquoi s’arrêter en si bon chemin?

11 juillet 2022

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4min


À compter de ce mois-ci, l’autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) met en œuvre une importante refonte tarifaire. Elle annonce en grande pompe qu’elle a voulu simplifier la grille tarifaire dans la grande région de Montréal : « Avant la refonte tarifaire, on comptait plus de 700 titres de transport répartis dans 17 grilles tarifaires distinctes. […] Avec la refonte tarifaire, nous passons de 17 grilles tarifaires à une seule grille métropolitaine intégrée ». Cette simplification est la bienvenue, mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin? L’ARTM rate une occasion de marquer un grand coup en instaurant la gratuité du transport en commun à l’échelle de la métropole.

Une grille encore compliquée

Malgré la réforme, le système tarifaire de l’ARTM reste complexe. La grille compte encore une centaine de titres différents. Elle est divisée en quatre zones représentant l’agglomération de Montréal (A), les agglomérations de Laval et de Longueuil (B), les couronnes nord et sud (C) et les territoires situés hors des limites de l’ARTM (D). Surtout, certaines incohérences de l’ancienne grille sont maintenues, voire empirées. Auparavant, un usager ou une usagère du métro de Montréal qui voulait se rendre à la station Cartier (située à Laval) ou à la station Longueuil–Université-de-Sherbrooke pouvait utiliser à l’aller un titre de passage de la STM au coût de 3,50$, mais devait au retour se procurer un autre titre de transport au même tarif, puisque les titres de la STM n’étaient pas valides dans les stations de Laval et de Longueuil. Le coût total de son déplacement était donc de 7$. Aujourd’hui, pour se déplacer de Montréal (zone A) à Longueuil ou à Laval (zone B), cette même personne doit se procurer deux passages « Tous modes AB » au coût total de 10$… une augmentation de 43%.

Cette nouvelle manière de fonctionner réduira sans aucun doute la fluidité du système de transport en commun et découragera certainement de nouvelles personnes à prendre le métro ou l’autobus. Si l’on veut faire le virage écologique qui s’impose, on devrait pourtant s’assurer que le réseau de transport collectif soit le plus accessible possible. Peut-on imaginer un réseau où tous et toutes, peu importe leur situation financière, pourraient embarquer librement à bord d’un train, d’un bus, d’un métro ou du nouveau REM au gré de leurs besoins? De plus en plus de villes – et même certains pays – à travers le monde ont décidé d’emprunter cette direction.

La gratuité du transport collectif dans le monde

L’Allemagne nous offre l’exemple le plus récent d’une réduction massive et à grande échelle des tarifs de transport en commun. Pour réduire sa dépendance au pétrole et au gaz russes dans le contexte de la guerre en Ukraine, le pays a décidé de réduire à 9 euros par mois (environ 12$) le coût des titres mensuels pour tous les réseaux de transport collectif locaux et régionaux. Pour une personne à Berlin, cela représente une économie de 98 euros par mois (environ 130$). Cette diminution des tarifs est conçue comme un élément d’un plan plus large de mitigation des impacts de l’inflation, qui affecte particulièrement les ménages pauvres ne possédant pas d’automobile. Pour l’instant, il s’agit d’une mesure temporaire de trois mois, mais des élu·e·s espèrent déjà la rendre permanente. Il est encore tôt pour connaître l’effet que cette baisse de tarifs aura sur la demande, mais jusqu’à maintenant, la mesure crée un engouement réel. Elle a encouragé l’entreprise ferroviaire publique Deutsche Bahn à faire rouler 50 trains régionaux additionnels pour répondre à la hausse de l’achalandage.

Il y a quelques années, le Luxembourg et l’Estonie ont été encore plus ambitieux en devenant les premiers pays à rendre les transports publics gratuits sur l’ensemble de leur territoire. En France, 37 villes ont mis en place la gratuité totale du transport collectif. Au Québec, plusieurs villes ont adopté des mesures semblables, dont Beauharnois, Chambly, La Prairie et Saint-Jérôme. Elles ont généralement constaté une hausse de l’achalandage dès l’entrée en vigueur de la gratuité.

Les coûts et les avantages

En 2017, l’IRIS estimait que la gratuité complète sur le réseau de la STM coûterait environ 620 M$. Ce montant peut paraître élevé, mais il faut prendre en considération que le coût social de l’utilisation de l’auto solo (réparation des routes, pollution, conséquences sur le système de santé, etc.) est beaucoup plus élevé que celui du transport en commun. Surtout, en plus d’être un geste fort pour réduire nos émissions de GES, la gratuité du transport en commun permettrait d’améliorer la qualité de vie et le pouvoir d’achat des personnes sans voiture, alors qu’elles sont grandement affectées par l’inflation actuelle.

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2 comments

  1. Si une augmentation sur 5 ans, (2017-2022) de 15% le coût annuel serait +/- $713 millions!
    (incluant l’entretien, salaires, achat de nouveaux équipements, etc…) le tout payé par le “prochain” gouvernement?

    J’en doute que ça se fasse, malgré que l’idée soit géniale.

  2. Les bémols que je vois c’est la possibilité des abus et le squatting des lieux.

    Cela dit, le coût, la disponibilité et le confort sont des enjeux importants.