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Pourquoi Hydro-Québec compense-t-elle Énergir et combien ça va coûter ?

17 mars 2022

Lecture

5min

  • Bertrand Schepper

Une entente survenue entre Énergir et Hydro-Québec a fait couler beaucoup d’encre dans les dernières semaines, et avec raison, car on estime qu’entre 2022 et 2030, celle-ci coûtera plus de 400 millions de dollars à Hydro-Québec. Si l’entente reste la même, ce montant pourrait même atteindre près de 1,2 milliard de dollars en 2036 et 2,4 milliards de dollars d’ici à la fin 2050. Voyons pourquoi.

Pourquoi Hydro-Québec payerait-elle Énergir ? 

Dans son décret 874-2021 qui vise à décarboner le Québec, le gouvernement du Québec demande aux distributeurs d’énergie, principalement Hydro-Québec et Énergir, de « proposer conjointement les meilleurs moyens de réduire la part du carbone dans la chauffe des bâtiments au meilleur coût, pour les clients comme pour l’ensemble de la collectivité ». C’est dans cette perspective que les deux entreprises ont proposé de mettre sur pied un système de biénergie pour leur clientèle résidentielle. 

Qu’est-ce qu’un système biénergie?

Les deux distributeurs d’énergie proposent de convertir les systèmes de chauffage de l’air et de l’eau fonctionnant au gaz naturel de la clientèle d’Énergir en systèmes alimentés à l’électricité et au gaz naturel. L’objectif est que lorsque la température extérieure est froide, le système de chauffage utilise du gaz naturel. En échange de l’implantation d’un tel système, Hydro-Québec a prévu de compenser Énergir pour la baisse annuelle des émissions de GES liée au système et pour l’achat de puissance énergétique additionnelle en période de pointe.

L’avantage pour Énergir de ce système est qu’il lui permet de maintenir son réseau et une partie de sa clientèle résidentielle. Quant à Hydro-Québec, elle s’assure de ne pas manquer d’électricité pour alimenter son réseau lors des périodes de pointe, c’est-à-dire lorsque la température est froide et que la demande en électricité est élevée. De plus, Hydro-Québec s’inquiète du coût en infrastructure qu’une transition complète vers l’électricité pourrait avoir. L’entreprise publique estime que si un tel scénario se réalise et qu’il ne s’appuie pas sur des mesures supplémentaires d’efficacité énergétique ou de gestion de la demande en énergie, cela pourrait lui coûter jusqu’à 6,4 milliards de dollars d’ici 2050. Notons cependant que pour diminuer la demande à la pointe, Hydro-Québec propose déjà des solutions hors du gaz naturel (p.8) qui peuvent s’appliquer au secteur résidentiel et de nombreux programmes qui peuvent faciliter la décarbonation.

Est-ce la meilleure option ? 

Bonne question ! Sur le principe, on peut se questionner. En effet, pourquoi la clientèle d’Hydro-Québec, qui adopte un bon comportement énergétique en utilisant une énergie propre, devrait compenser les pertes de revenus d’une entreprise de distribution gazière qui fait la promotion d’une énergie polluante ? Cela semble entrer en contradiction avec le principe d’utilisateur-payeur enchâssé dans la Loi sur le développement durable

Cela dit, la décarbonisation du Québec aura forcément un coût. On peut s’attendre à ce que, comme ce fut le cas pour la sortie du charbon en Alberta, les gouvernements doivent payer pour sortir des énergies polluantes. Or, en passant par Hydro-Québec plutôt qu’en finançant lui-même cette transition, le gouvernement donne l’occasion à l’entreprise publique de procéder à une hausse de ses tarifs en implantant un système de tarification régressif qui frappera plus durement les moins nanti·e·s et la classe moyenne et épargnera les ménages les plus riches. C’est sans compter que ces tarifs connaîtront déjà une hausse considérable l’an prochain suite à la décision de la CAQ d’ajuster les tarifs d’hydroélectricité en fonction de l’inflation. En revanche, une option plus équitable aurait été d’avoir recours à la fiscalité ou encore à la Caisse de dépôt et placement du Québec pour financer une telle initiative. 

De plus, cette proposition assure le maintien et l’élargissement du réseau de gaz naturel du Québec, et encourage ce faisant les ménages québécois à continuer à consommer cette énergie. À titre d’exemple, Énergir peut selon la présente entente intégrer à son réseau de nouvelles constructions (p.11) résidentielles, et ce, malgré la volonté du gouvernement de décarboner la province.   

Combien cela va-t-il coûter ? 

Lors de leur présentation devant la Régie de l’Énergie, les distributeurs ont indiqué qu’entre 2022 et 2030, la contribution d’Hydro-Québec au projet s’élèverait à 404 M$ (p. 4) pour 2,7 Mt éq. CO2 de GES émis, soit 149,29 $ la tonne de GES. Cela aurait un effet à la hausse sur les tarifs d’électricité de 1,4 % (p. 3) sur la même période. 

Or, cela représente les compensations de GES pour la conversion des équipements d’Énergir sur une période de 9 ans, alors que l’entente aura une durée de 15 ans et se terminera en 2036. Si les paramètres de l’entente présentée devant la Régie de l’énergie restent les mêmes, la compensation que devra verser Hydro-Québec grimpera donc à près de 1,2 G $ d’ici 2036, soit l’équivalent de 169,58 $ la tonne d’émission de GES économisée. À titre indicatif, le prix de vente d’une tonne de CO2 aux enchères du marché du carbone au Québec en février 2022 était de 37,14 $. 

Par ailleurs, puisque les équipements installés ont une durée de vie utile de 15 ans, Hydro-Québec devra continuer de compenser Énergir jusqu’en 2050, soit à la fin de la vie des appareils installés en 2036. Comme le montre la figure suivante, on constate que les compensations augmenteront entre 2022 et 2036 pour ensuite décroître jusqu’en 2050.  

Source : ROEÉ, Offre biénergie HQ/Énergir, 13 mars 2022

Il s’agit certes d’une estimation, mais si les paramètres établis par l’analyste du ROEÉ Jean-Pierre Finet en se basant sur les termes contractuels restent les mêmes, le total payé par Hydro-Québec par l’intermédiaire de ses tarifs, dont une partie sera payée par ses usager·e·s, s’élèvera à 2,4 milliards de dollars d’ici 2050, et ce uniquement pour la biénergie du secteur résidentiel. Ces sommes doivent servir à assurer que les coûts du gaz naturel restent concurrentiels et permettent d’appliquer le programme. Énergir considère que de ces montants, elle percevra au final 800 M$. Rappelons que les deux distributeurs devront présenter leur proposition pour les secteurs institutionnel et commercial dans les prochains mois. 

Bref… 

La présente entente demandera des efforts financiers considérables qui seront partiellement transférés à la clientèle d’Hydro-Québec. Si la stratégie fonctionne, la proposition des distributeurs permettra de réduire de 50 % les émissions de GES issues du chauffage des bâtiments à l’horizon 2030, et de 0,6 % les émissions totales de GES au Québec. Autrement dit, cette solution ne peut que participer de manière marginale à atteindre la carboneutralité pour 2050. Au contraire, elle encourage le maintien d’actifs gaziers à travers un système de tarifs régressifs et pourrait nuire à terme à l’atteinte par le Québec de ses objectifs environnementaux. Il devient dans ce contexte urgent de réfléchir plus avant aux manières d’exclure totalement le gaz naturel du secteur résidentiel, qui n’en a de toute façon pas ou très peu besoin.

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6 comments

  1. Je suis opposé à la proposition d’Hydro-Québec de subventionner le gaz naturel, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit. Cependant, je suis pour la biénergie à certaines conditions que j’expliquerai plus loin. Mais ce n’est pas à Hydro et ses abonnés de permettre par ces subventions ( dites compensations ) à Énergir de maintenir ses tarifs plus bas. Le principe même de la taxe sur le carbone (et bourse du carbone) est de faire augmenter les prix des combustibles fossiles pour en faire diminuer la demande. Hydro, par son hydroélectricité et par le développement de l’énergie éolienne, produit de l’énergie à faibles émissions de GES. Cela n’a aucun sens qu’elle verse une partie de ses revenus à une entreprise qui distribue un combustible fossile. Si les coûts d’entretien du réseau de distribution de gaz naturel se maintiennent alors que le volume de gaz vendu annuellement diminue, eh bien, qu’Énergir augmente ses propres tarifs en conséquence.

    Les conditions de la biénergie sont importantes, fondamentales même. Si des résistances électriques, des éléments résistifs comme ceux d’un chauffe-eau, des plinthes ou autres sont utilisées pour remplacer le chauffage des bâtiments ou de l’eau actuellement au gaz naturel, il n’y a pas de diminution réelle des émissions de GES au niveau du nord-est de l’Amérique du Nord. Puisque le chauffage au gaz naturel est plus efficace que la production d’électricité par des centrales thermiques au charbon ou au gaz. Or des États voisins du Québec produisent principalement leur électricité de cette façon maintenant et encore pour plusieurs années ou décennies. Hydro exporte de l’électricité dans certains de ces États. Ce qui fait que la promotion du chauffage par résistance (éléments électriques) ne permet pas de réduire les émissions globales.

    Au contraire, le chauffage par thermopompe est plusieurs fois plus efficace que les résistance électriques. Des thermopompes permettant de chauffer un bâtiment jusqu’à -9° C consomment beaucoup moins d’électricité que l’usage d’éléments résistifs. Quand il fait plus froid que cela, la puissance électrique nécessaire augmente d’autant que l’efficacité de la thermopompe diminue alors que le besoin en chaleur augmente. Sous -12° la contribution à la demande de pointe devient importante et coûteuse pour Hydro. Sous -9°, le chauffage au gaz démarre et sous -12° la thermopompe arrête. Un tel système biénergie est très efficace et permet un coût de chauffage très bas jusqu’à -12°. Les clients qui profitent de ce bas coût seraient capables de payer le gaz nécessaire par temps très froids, à des tarifs du gaz non-subventionnés par Hydro. Et Hydro devrait avoir le droit de limiter la puissance fournie pour le chauffage des bâtiments, de manière à empêcher les clients de continuer à chauffer à l’électricité sous -12°C. Cela doit faire partie du « deal » de la biénergie.

    On oublie le remplacement des chauffe-eau au gaz jusqu’à ce que des chauffe-eau électriques plus efficaces soient inventés.

  2. Effectivement, il doit y avoir d’autres solutions sans créé de GES , il font tellement de profit annuellement.

  3. Tout ce qu’on fait aujourd’hui pour réduire la production de co2 aura un effet dans 20 ans.
    Pour le moment, nous vivons avec les conséquences de décision prises il y a 20 ans.
    Conclusion: La situation va empirer pour les prochaines 20 années, peu importe ce qu’on fait!

    Par ailleurs, l’humanité ne produit même pas 10% du CO2 d’origine naturelle.

    Si Hydro-Québec appartient aux québécois, pourquoi la consommation d’électricité pour usage domestique est-il facturé aux québécois?

  4. On jours,pas pour rien que l’ex,grande boss est passé chez hydro.
    Comme toujours,les riches sont en tête de liste.
    Les pauvres et la classe moyenne pers au change.
    P.s QUELLE MAGOUILLE !!!!!

  5. Moi citoyen du Québec je suis «actionnaire» de l’État québécois, «actionnaire» d’Hydro-Québec et «actionnaire» de la Caisse de dépot et de placement du Québec qui est à 80,90% propriétaire de TRENCAP -le Fonds FTQ détenant le reste soit 18,10%.
    TRENCAP est propriétaire de 100% de NOVERCO qui est entre autres propriétaire de 100% de ÉNERGIR inc qui est elle-même entre autres propriétaire de 71 % de ENERGIR (anciennement Gaz Métro).
    Le 29% restant d’ENERGIR appartient à VALENER qui appartient à 100% à NOVERCO donc à TRENCAP c’est à dire à moi, citoyen du Québec via la CDPQ et le Fonds de la FTQ… qui appartient pour l’essentiel à des québécois.
    Ces entreprises dégagent des profits qui servent à tous les citoyens du Québec en contribuant aux fonds de l’État. Tout ce beau monde crée des emplois très bien rémunérés détenus pour l’essentiel par des québécois, qui paient des taxes et des impôts et qui investissent dans les fonds de retraite gérés par la CDPQ ou dans les Fonds FTQ et CSN.
    Le gaz naturel est disponible et permet à Hydro de faire face aux pointes irrégulières du froid en hiver et des canicules en été. Il permet à Hydro de faire tourner la «machine à piasses» en période de surplus d’énergie qui seront bientôt taris lorsque Terre Neuve reprendra le contrôle de 65,8% de l’électricité de la Churchill en 2041.
    L’Europe connaît une crise énergétique majeure: elle ne contrôle pas un pan entier de ses besoins énergétiques, le gaz naturel et le pétrole. Cela ne tient-il pas à l’impéritie des politiciens qui on cédé devant le lobby vert contre le nucléaire? Au Québec, notre gestion énergétique est entre les mains de personnes non dogmatiques, ouvertes aux énergies nouvelles, aux économies d’énergie mais préoccupées de ne pas avoir à se retrouver au bord du précipice lorsque d’éventuels temps durs surviendront.

  6. Je vous invite à lire les nombreux rapports du Shift Projet, un think tank français qui prend le taureau par les cornes. Chiffres, tableaux et explications a l’appui. Le sujet du gaz est majeur. En aucun cas, nous devrions choisir une énergie fossile au Québec. D’ailleurs, remarquez le nom «  gaz naturel ». Oui… tout comme le pétrole, le charbon et l’uranium sont dites naturelles. Hydro Québec joue le jeu des gazières en proposant la bi énergie. On se demande qui mène la danse. Il faut tout de même rappeler que La DG d’énergir ( gaz métropolitain autrefois, marketing oblige) , Sophie Brochu, a été l’une des principales lobbyistes du gaz au Québec et ailleurs. Si vous mettez l’efficacité énergétique et une faible émissions de GES, alors la raison vous commande de vous tourner vers les thermopompes air air pour le bâtiment déjà existant, air eau voir eau eau pour le neuf. Pour une unité d’énergie électrique, vous obtenez un coefficients de performance COP de 3 pour air air et de 6 à 8 eau eau. Bref, vous sauvez de l’énergie de l’argent avec cette technologie. Mais pourquoi s’arrêter là, une filiale thermopompe amènerait des milliers d’emplois bien rémunérés. Vous vous souvenez des jobs à 25$ de l’heure M. le PM? De même pour la technologie eau eau : vous créez une filiale de foreurs pour les puits pour aller chercher une eau à 10C. (Vous pouvez du même coup offrir un rabais pour les habitants des régions qui ont besoins d’un nouveau puits à moindre coût) Évidemment, vous n’offrez pas ces services aux bien fortunés. Vous commencez par les ménages à faibles revenus. D’ailleurs, la subvention de 13000$ Offert au riche pour une voiture électrique est stupide et contre productive. Dans le même esprit, vous isolez les logements avec des aides massives aux ménages à plus faible revenu. Encore une fois, vous boosters une économie locale et qui a fait ses preuves, la construction et le secteur des matériaux. Et sur ce point, l’isolation de cellulose ou de fibre de bois est a encourager. Le chanvre, à développer. Les panneaux extrudé et laine de roche et verre à proscrire. Le gaz vous dites? Mais dans quel siècle vivez-vous! Toutefois, aussi modeste que sont les critiques, en rien nous faisons le poids face à une industrie milliardaires dépensant des millions en lobby et publicité pour créer une image positive de leur sale gaz. Car ce gaz est du gaz de shale ( schiste) le pire des gaz. Peut- être même aussi pire que le charbon si on calcule les fuites de méthanes des puits. Enfin, au moins nous tentons d’éclairer avec nos petites lanternes les mensonges et là propagandes industrielles. Je vous salue.