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Guerre en Ukraine: un appel à la sobriété énergétique du Canada

21 juin 2022

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5min

  • AL
    Anne Lindsey

L’invasion par la Russie de l’Ukraine met en évidence une perspective à adopter lorsqu’il est question de politiques énergétiques et de réponse aux changements climatiques.

Les pressions pour la transition vers un avenir à faibles émissions de carbone sont fortes alors que le monde fait face à une catastrophe climatique. Pourtant, l’application de sanctions visant les approvisionnements russes en hydrocarbures a donné lieu à des appels en faveur d’un renforcement de l’industrie pétrolière et gazière canadienne et de ses infrastructures connexes. Certaines voix en appellent même à une augmentation de la production de charbon.

Rappelons que le Canada s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 à 45 % d’ici 2030 – un engagement qui ne devrait sous aucun prétexte être abandonné. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire la sourde oreille face aux appels à l’action contenus dans le dernier rapport des Nations Unies sur le climat. En clair, il est essentiel que le Canada maintienne le cap et renforce ses actions en vue d’une réduction des émissions.

La situation en Ukraine devrait par ailleurs dissuader le gouvernement fédéral de promouvoir l’énergie nucléaire comme alternative aux combustibles fossiles pour la production d’électricité. Leur engagement envers le nucléaire, en particulier les soi-disant « petits réacteurs modulaires » (PRM), est soutenu par des fonds importants. Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE), une division de Ressources naturelles Canada, est considéré comme le principal bailleur de fonds potentiel des PRM, par l’intermédiaire de son « accélérateur net zéro ». Ce fonds est doté d’un montant de 8 milliards de dollars, dont 70,5 millions ont déjà été alloués aux PRM expérimentaux prévus en Ontario et au Nouveau-Brunswick, et plus récemment, un autre 27 millions de dollars a été alloué dans le cadre d’une entente avec l’entreprise Westinghouse pour un « microréacteur » qu’elle prévoit vendre à des communautés autochtones au pays. Les événements en Ukraine mettent en lumière la folie absolue de cette technologie dans un monde instable.

L’énergie nucléaire est intrinsèquement liée aux armes nucléaires, en raison de la production de matières fissiles dans les réacteurs (également appelés déchets nucléaires), et le risque qui en découle est amplifié lorsqu’une attaque contre une centrale électrique fait de cette centrale une arme potentielle en soi. Comme Gordon Edwards, président de la Coalition canadienne pour la responsabilité nucléaire, et d’autres l’ont souligné, les « petits » réacteurs que l’on propose d’installer partout au Canada (et d’exporter dans le monde entier si l’industrie parvient à ses fins) contiendront des matériaux similaires à ceux des plus grands réacteurs, mais avec une structure de confinement moins importante.

[…] Ce n’est pas le moment de mettre des millions ou potentiellement des milliards dans un pari envers une technologie nucléaire encore à développer qui ne pourra réduire que de manière marginale les émissions de gaz à effet de serre du Canada, et certainement pas dans les délais exigés par nos engagements de l’accord de Paris. Cela ralentit notre réponse aux changements climatiques.

Ces fonds doivent être dépensés pour des réductions réelles de la consommation d’énergie fossile, et ce dès aujourd’hui. Le solaire et l’éolien sont les secteurs de développement énergétique qui connaissent la croissance la plus rapide; ils sont prêts à être déployés maintenant, pas dans un avenir lointain, et à une fraction du coût de l’énergie nucléaire, y compris dans les communautés éloignées. Même la firme de recherche New Energy Finance de Bloomberg, citée dans un article de Yale Environment par Amory B. Lovins et M. V. Ramana, estime que l’éolien et le solaire sont la source la moins chère pour plus de 90 % de l’électricité mondiale.

D’autres données citées dans le même article à propos des nouvelles méthodes de gestion du réseau et de l’énergie, ainsi que de stockage, montrent que les énergies renouvelables peuvent fournir l’énergie dont nous avons besoin, en toute sécurité, pour une transmission d’énergie électrique sûre et fiable. Dans les régions du pays qui dépendent du gaz pour le chauffage domestique, d’importants investissements dans l’amélioration de l’isolation et de l’efficacité énergétique réduisent non seulement les émissions, mais créent des emplois indispensables. Les communautés autochtones du Manitoba et d’ailleurs ouvrent la voie en installant des technologies géothermiques et d’autres technologies renouvelables. Je pourrais continuer. En clair, le double risque associé aux énergies fossiles et au nucléaire est inacceptable, d’autant plus que les opportunités offertes par les énergies renouvelables sont nombreuses et qu’elles sont disponibles dès maintenant.

C’est la meilleure voie à suivre dans un monde confronté aux effets dévastateurs du changement climatique et à la menace concomitante d’un ordre mondial déstabilisateur tel que nous, dans notre monde occidental privilégié et riche, l’avons connu. Et c’est une voie de récupération environnementale et d’opportunité sociale.

Anne Lindsey est l’ancienne directrice générale du Manitoba Eco-Network, une activiste de longue date et chercheuse associée au Centre canadien de politiques alternatives (section Manitoba).

La version originale de ce texte est parue sur le site du CCPA.

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1 comment

  1. Concernant la production d’énergie…
    -L’énergie nucléaire est la plus propre qui soit et elle comporte des risques.
    – L’énergie hydro-électrique détruit une partie importante de l’environnement et comporte aussi des risques.
    – Les énergies renouvelables basées sur le vent et le Soleil sont bien moins propres à la production et durables alors qu’une partie insignifiante de la production électrique actuelle.(~4%)

    Concernant le changement climatique…
    – L’humanité produit et consomme ~155 TW d’énergie en un an.
    – Le Soleil bombarde la Terre avec ~332 PW d’énergie en un an. (en hausse relativement constante depuis plus de 40 ans)
    – Le climat est une machine qui carbure à l’énergie.

    Quel est l’effet potentiel de l’humanité sur la machine climatique?
    332 PW / 155 TW = 2077
    L’humanité produit donc ~0.05% de l’énergie que la Terre reçois du Soleil.

    Par contre, il existe deux pollutions qu’il faut apprendre à gérer au plus vite:
    1- la pollution chimique;
    2- la pollution volumique. (essentiellement, les matériaux enfouis)

    Quand à la pollution nucléaire, elle est relativement sous contrôle, quand les inccidents sont correctement anticipés! (C’est le contraire de Three miles Island, Chernobyl et Fukushima)

    Nos habitudes de consommation nous poussent à détruire des milieux de vie, tel le bassin de l’Amazone, et cela crée un changement dans la distribution de l’énergie à la surface de la planète. C’est à ce niveau que nous avons le plus d’influence sur les changements climatiques à l’échelle locale.

    Malheureusement, l’activité financière, qui ne produit pourtant rien, pousse l’activité commerciale à tous les excès conformément au paradigme financier établis il y a plus de 100 ans: la production en croissance infinie génère la consommation infinie. Sure une planète aux ressources finies, c’est un suicide!