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Autonomie alimentaire : Québec devrait envisager la création d’une nouvelle société d’État

13 avril 2020


Avec la pandémie qui sévit, le gouvernement semble reconnaître enfin la vulnérabilité de la chaîne d’approvisionnement de certains secteurs de l’industrie québécoise et le rôle qu’il peut jouer afin d’augmenter notre résilience collective. Cela est particulièrement vrai en matière de sécurité alimentaire. François Legault, lors de sa conférence de presse du 3 avril dernier, affirmait à ce propos qu’il fallait désormais être  autonome du point de vue alimentaire.

En déclarant l’état d’urgence sanitaire, le gouvernement du Québec pourrait mettre en place un vaste réseau de serres à l’intérieur de chacune des régions administratives du Québec. L’objectif serait de pallier le manque de souveraineté alimentaire du Québec tel que proposé par la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois en 2008. En effet, la Commission jugeait nécessaire d’appuyer l’idée forte associée au concept de souveraineté alimentaire dont notamment : « le besoin d’une agriculture québécoise robuste et durable » et « la prémisse voulant que la finalité première de l’agriculture soit de produire, en appliquant les principes du développement durable, des aliments de qualité pour la population québécoise ».

REPRENDRE SON RÔLE DANS LA PROTECTION DU BIEN COMMUN

Le gouvernement caquiste a une occasion en or de réaliser son projet d’augmenter la production en serre au Québec, mais sous une forme beaucoup plus interventionniste.

L’État, en reprenant son rôle de protecteur du bien commun par la valorisation d’une agriculture pérenne et nourricière de sa population, peut ainsi redevenir un acteur clé dans le domaine agricole. Il pourrait miser sur la qualité alimentaire au détriment d’un désir insatiable de produire. L’opportunité est en effet bonne de reconsidérer que l’agriculture n’est pas une marchandise comme les autres et qu’il est plus que temps de se sortir de la logique capitaliste néolibérale à tout prix.

Un tel exercice aurait probablement pour effet d’attirer les foudres de certaines entreprises multinationales de l’alimentation qui chercheraient à poursuivre l’État en vertu des accords internationaux en vigueur. Cependant, comme le souligne plusieurs acteurs du monde agricole, le concept d’exception agricole, qui signifie que la souveraineté alimentaire est un droit dont dispose les peuples et que l’État peut intervenir afin de réglementer le secteur agricole, pourrait être reconnu.

NE PAS ATTENDRE À LA PROCHAINE CRISE POUR AGIR

Certains diront que la chaîne d’approvisionnement en denrées alimentaires n’est pas menacée pour l’instant, mais mieux vaut prévenir que guérir et ne pas attendre à la prochaine crise pour agir. Le Québec est dépendant des fruits et légumes provenant des marchés extérieurs, notamment des États-Unis durant l’hiver et le printemps. Or, les scientifiques craignent une baisse de la production agricole de certains États américains qui, comme la Californie, sont d’importants exportateurs. Dans l’optique d’une crise climatique sévère, le Québec pourrait avoir d’importants problèmes d’approvisionnement de légumes et de fruits en hiver et au printemps.

Par principe de précaution et pour répondre au besoin de souveraineté alimentaire, le gouvernement devrait ainsi créer une nouvelle société d’État, un peu à l’instar d’Hydro-Québec, qui veillerait à l’autonomie alimentaire. Appelons-là : Serre-Québec. Sa mission serait de fournir les institutions publiques locales (hôpitaux, école, etc.) tout en rendant autonome, en fruits et légumes, chacune des 17 régions administratives du Québec durant l’hiver et le printemps. Cela n’empêcherait pas de conclure des ententes spécifiques avec des entrepreneurs de serres et des producteurs maraîchers existants. Chaque serre, grande, moyenne ou petite serait alimentée en hydroélectricité, ou par d’autres formes d’énergie renouvelable, grâce aux surplus générés par Hydro-Québec.  Il pourrait y avoir une serre plus importante à l’intérieur des principaux pôles urbains et des serres de plus petite taille au sein de pôles secondaires de chacune des MRC. D’ailleurs, la gestion de ces serres pourrait se faire de manière décentralisée à travers ces mêmes communautés.

Des initiatives porteuses d’avenir lancées par Jean-Martin Fortier, par exemple, pourraient grandement inspirer le gouvernement afin qu’il mette en place à l’intérieur de cette nouvelle société d’État une agriculture biologique, multifonctionnelle, paysanne, proche de sa population et respectueuse des écosystèmes. Afin de matérialiser ce vaste projet de société – s’inscrivant dans une réelle transition vers une économie plus juste, plus résiliente et plus respectueuse de la nature – le gouvernement aura besoin de l’implication de toute la société civile. Alors que la crise économique risque de frapper de plein fouet de nombreux travailleurs et travailleuses partout au Québec, ce type de projet permettrait de soutenir l’économie, d’améliorer la qualité de vie des gens et aussi de diminuer notre dépendance alimentaire.

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