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La hausse du taux directeur ne vous aidera pas

14 avril 2022

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5min

  • Bertrand Schepper

Hier, la Banque du Canada a procédé à une hausse du taux directeur de 0,5 point de pourcentage, le portant ainsi à 1 %. Elle compte le ramener à 2 % d’ici 2024. Cette mesure recommandée par les institutions bancaires risque plutôt de nuire aux ménages. Voici pourquoi.

Comme nous l’avons expliqué ailleurs, la hausse de l’inflation est causée par des facteurs exogènes, c’est-à-dire qu’elle découle de la hausse du prix du pétrole, de la rareté de certains produits céréaliers et des nombreux problèmes affectant les chaînes de distribution internationales. Ces phénomènes, qui se sont accentués avec la guerre en Ukraine, résultent principalement de la crise sanitaire mondiale et des effets du réchauffement climatique. Or, la hausse du taux directeur n’affectera aucun de ces facteurs.

Rappelons que le taux directeur correspond au taux auquel les institutions financières se prêtent de l’argent entre elles. Une hausse de ce taux influence les taux d’intérêt des différents prêts, notamment les taux hypothécaires. Ainsi, lorsque les taux sont élevés, le coût d’un emprunt est plus grand, ce qui décourage la consommation. Lorsque l’inflation est causée par des facteurs endogènes (qui relèvent de dynamiques internes à un pays) tels qu’une trop grande capacité d’achat liée à des salaires trop élevés, la hausse du taux directeur aura l’effet escompté, soit une baisse de la consommation et donc de l’inflation.

Or, nous ne sommes pas dans cette situation et le fait que la Banque du Canada hausse son taux directeur ne permettra pas soudainement d’avoir accès à plus de pétrole à l’international ni ne réglera les problèmes d’approvisionnement pour les produits en provenance d’Asie ou d’Europe. En agissant de la sorte, la banque centrale donne l’impression d’agir pour contrer l’inflation, mais ce faisant, elle pourrait empirer la vie de millions de personnes au Canada.

Autrement dit, pour la très vaste majorité des Canadien·ne·s, cette mesure ne comporte aucun avantage. Hausser le taux directeur risque de décourager l’investissement et de ralentir l’économie. Pour plusieurs ménages, cela voudra dire des intérêts plus élevés sur leurs hypothèques; pour d’autres, cela se traduira par des hausses de loyer dans la prochaine année. Les taux d’intérêt sur les cartes de crédit, tout comme ceux pour les prêts automobiles, pourraient aussi connaître des augmentations. Pendant ce temps, le coût du panier d’épicerie demeurera le même. On pourrait en outre constater une augmentation des faillites, particulièrement chez les personnes à faible revenu ou celles à revenu fixe, par exemple les retraité·e·s.

Qui est en faveur de cette option ?

Deux groupes ont tendance à défendre la hausse du taux directeur : les banquiers et les monétaristes. Évidemment, personne ne s’étonne de voir les premiers souhaiter une hausse du taux directeur, celui-ci leur permettant d’augmenter leurs revenus sans grands efforts supplémentaires.

La position monétariste pour résoudre la crise, elle, est plus complexe. Selon ce courant de pensée économique, il faut rapidement augmenter les taux d’intérêt pour éviter que la crainte d’une prochaine hausse des prix ne fasse croître la consommation puis la valeur des produits, générant ainsi une inflation endogène.

C’est ce qui se passerait en ce moment sur le marché immobilier, des spécialistes du secteur recommandant actuellement aux ménages à la recherche d’une propriété d’acheter maintenant pour éviter de futures hausses de prix. Ce faisant, la rareté des maisons et, incidemment, leurs prix, ne font qu’augmenter. Pour les monétaristes, il faut hausser les taux d’intérêt pour freiner cette spirale et éviter la surchauffe de l’économie.

En soutenant une telle position, ils semblent oublier qu’il y a effectivement une rareté de logement et que le marché immobilier est bel et bien saturé, ce qui fait croître les prix. D’autre part, une hausse de 0,5 point de pourcentage ne sera pas suffisante pour faire diminuer significativement le volume de prêts octroyés par les banques.

La hausse du taux directeur va cependant rendre l’accès à des liquidités pour les gouvernements et les entreprises plus difficile. Ceux-ci seront alors moins tentés d’augmenter les salaires, plaçant une majorité de la population dans une mauvaise posture pour faire face à la poussée de l’inflation. Ceci augmentera à terme le nombre de faillites et risque de plonger bien des gens dans la pauvreté. Plus le taux directeur augmentera, plus cette situation sera accentuée.

Pour remédier à la situation actuelle, il faut plutôt reconnaître les problèmes structurels sous-jacents, soit la crise sanitaire et le réchauffement climatique. Il faudrait dès maintenant investir dans des infrastructures qui permettront de réduire notre dépendance au pétrole et augmenter notre autonomie alimentaire. Ce type d’investissements demandera d’importants fonds, alors qu’une hausse du taux directeur les rendra plus coûteux.

Comme il n’y a pas de lien de causalité entre l’inflation actuelle et la demande interne, il est donc probable que les prix continueront d’augmenter, que la capacité des travailleurs et des travailleuses à améliorer leurs revenus diminue et que le coût de leurs emprunts soit plus important. Cette tendance n’est pour le moment salutaire que pour les institutions financières qui ont d’ailleurs engrangé de généreux profits l’an dernier.

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3 comments

  1. Que va t-il arriver aux familles qui se sont payé une propriété parce que les taux sont bas?
    ???
    Ils vont tout perdre!

    Il est plus que temps de détruire à tout jamais le pouvoir donné aux banques privées de créer et d’utiliser l’argent-dette!

    Il est tout aussi pressant de cesser de taxer la sueur!
    Il faut impérativement taxer la spéculation!

    Si on collectait 0.01% de taxe sur toutes les transactions financière à travers la planète, c’est plus de 70,000,000,000$US que l’on pourrait récupérer.

    Quand on sait que 6,000,000,000$US par année enrayerait la famine et procurerait de l’eau potable à tous les humains, c’est une honte de se laisser berner par cette oligarchie ploutocratique, véritable destructrice de monde!

  2. Ce n’est pas la première fois que l’on joue avec l’augmentation ou la baisse des taux directeurs. Un simple citoyen, même intelligent, ne s’y retrouve jamais. Drôles de structures capitalistes. Ces décisions rapportent toujours à des organisations et à quelqu’un. Sommes plutôt impuissants. Au plaisir