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Inflation : pourquoi les prix ont tant grimpé ? (1)

7 décembre 2021

Lecture

8min


L’inflation a connu des hausses records au Québec et au Canada dans les derniers mois. En octobre dernier, l’indice des prix à la consommation annuelle (IPC) a crû de 5,7 % sur une base annuelle au Québec et de 4,7 % au Canada. Dans ce billet, nous présentons ce qu’est l’inflation, ses causes et les mesures que les gouvernements pourraient prendre pour aider la population à y faire face. 

Qu’est-ce que l’inflation ? 

 La Banque du Canada définit l’inflation comme « une hausse persistante du niveau moyen des prix au fil du temps ». Pour la calculer, on utilise l’Indice des prix à la consommation (IPC), qui mesure la variation du coût d’un panier fixe de biens et de services. La composition de ce panier est basée sur les dépenses ciblées de la population canadienne. Ainsi, un panier de biens et de services qui coûterait 100 $ une année coûterait 102 $ l’année suivante si la variation de l’IPC était de 2 % pendant cette année-là. 

L’un des mandats de la Banque du Canada est de s’assurer que la variation des prix dans l’économie demeure faible d’une année à l’autre. Elle tente généralement de maintenir le taux d’inflation dans une fourchette de 1 % à 3 %. 

Comme on peut le voir aux graphiques 1 et 2, qui présentent l’évolution de l’IPC (ligne bleue) pour le Québec et le Canada entre octobre 2018 et octobre 2021, l’inflation est demeurée à l’intérieur de cette fourchette depuis 2018. Malgré une baisse marquée en 2020, la variation moyenne de l’IPC était de 1,9 % depuis 3 ans au Québec et au Canada. La ligne orange illustre la variation de l’inflation sans le prix de l’essence, une ressource qui, comme on le verra plus tard, a un impact particulier sur l’inflation.

La hausse de l’inflation observée depuis février 2021 marque donc un changement dans la tendance qui avait cours avant la pandémie. Une telle variation n’avait pas été vue depuis un moment au Canada. Si elle persiste, cette tendance pourrait nuire à plusieurs personnes, en particulier celles qui ont un revenu fixe comme plusieurs personnes retraitées, les personnes sur l’aide sociale ou les personnes à bas salaire qui ont peu de marge de manœuvre pour s’adapter à la hausse des prix. L’enjeu en préoccupe d’ailleurs plusieurs et a retenu l’attention dans les médias et les milieux politiques dernièrement.

Qu’est-ce qui cause l’inflation ? 

On considère généralement que l’inflation peut être causée par deux catégories de facteurs : ceux qui sont liés à la demande et ceux qui sont liés à l’offre. 

S’il y a une soudaine hausse de la demande pour certains produits et que les entreprises peinent à y répondre, ces dernières peuvent en profiter pour monter leur prix. C’est un des facteurs qui pourraient expliquer ce qu’on observe dans le secteur immobilier au Canada, où la faiblesse des taux hypothécaires encourage une demande qui dépasse le nombre de nouvelles constructions. La hausse du prix des maisons est aussi fortement liée au manque de logements locatifs et à la demande pour des logements plus grands, qui fait croître le prix des loyers. 

Or, pour la plupart des marchandises, il faut plutôt regarder du côté de l’offre pour comprendre la variation des prix. Dans les derniers mois, la forte hausse des prix du pétrole a entraîné une augmentation des coûts que doivent assumer la plupart des entreprises et des ménages comme celles pour le transport des marchandises ou les prix de l’essence à la pompe. De plus, la pandémie a paralysé plusieurs filières de production à l’échelle mondiale, créant notamment des pénuries de certains intrants et des retards dans le transport maritime. Ces perturbations dans les chaînes d’approvisionnement ont entraîné une hausse des coûts d’importation et une rareté pour certains produits. D’autre part, divers événements climatiques ont affecté les récoltes à plusieurs endroits dans le monde et entraîné une rareté qui a fait grimper les prix. Finalement, la forte demande de main-d’œuvre dans certains secteurs commence à exercer une certaine pression à la hausse sur les salaires et donc sur les coûts de production, qui pourrait éventuellement se répercuter dans le prix des marchandises. Ce n’est cependant pas un facteur déterminant dans la hausse soudaine de l’inflation observée depuis quelques mois. 

Le prix de l’essence 

  Comme on peut le voir aux graphiques 1 et 2, lorsqu’on exclut le prix de l’essence de l’IPC (ligne orange), la hausse du panier de consommation diminue de plus de 22,6 % au Québec en octobre 2021 et de 23,4 % au Canada. Toutefois, cette variable comprend uniquement l’essence consommée. Elle ne tient pas compte de l’effet de la hausse du prix du pétrole sur l’ensemble des chaînes de production. En effet, plus le prix du pétrole augmente, plus les coûts de fabrication et de transport de biens augmentent aussi. D’ailleurs, le prix du baril de pétrole est passé d’environ 38 $ US à 87 $ US en un an et la plupart des analystes s’entendent pour dire que cette hausse va se poursuivre d’ici la fin de l’année, mais qu’elle ne perdurera pas sur le long terme. Quoi qu’il en soit, à court terme, il faudra s’habituer à ces variations de prix, car bien que le Canada soit un pays exportateur de pétrole, il ne détient pas réellement de contrôle sur les prix internationaux. Ceux-ci sont largement déterminés par les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). La hausse observée en ce moment est une conséquence directe de la reprise économique à la suite de la pandémie mondiale et d’un niveau de production pétrolière, en particulier des pays de l’OPEP, qui ne suit pas la demande.   

Hausse des coûts d’exportation des marchandises

Dans la foulée de la reprise économique observée dans les derniers mois, de nombreuses entreprises occidentales ont recommencé à vouloir importer des produits de l’Asie. Cette demande fait croître les besoins en intrants de plusieurs entreprises dans les pays asiatiques, dont la Chine, qui ont été perturbés par la crise économique. Cela a eu pour conséquence d’augmenter rapidement et significativement la demande pour le transport maritime de marchandises et pour les conteneurs, qui se trouvent désormais en situation de pénurie. Il est estimé que 65 % des porte-conteneurs ont connu des retards en 2021, un ratio qui n’était que de 20 % en 2019 selon la société d’assurances Euler Hermès. Selon un exportateur rencontré par Radio-Canada, le coût de transit pour un conteneur de l’Europe vers Montréal est passé d’environ 2 500 $ US à 6 000 $ ou 8 000 $. Le même transit en provenance de l’Asie peut coûter 17 000 $ US. Ces hausses de coût ont un effet non négligeable sur les produits en vente à l’épicerie en provenance d'outre-mer. Encore une fois, les gouvernements du Canada et du Québec ont bien peu d’emprise sur cette situation, qui devrait toutefois être conjoncturelle et se rétablir au début de 2022 – à moins bien entendu que l’apparition de nouveaux variants du SARS-CoV-2 ne mène pas à de nouvelles fermetures de frontières. 

Hausse des coûts des aliments

Comme pour le pétrole et les conteneurs, les prix de plusieurs produits de base, dont les produits céréaliers, ont connu une hausse importante. L’ONU estime que les prix des aliments ont augmenté de 30 % dans la dernière année, la plus forte hausse de la décennie. Cela s’explique principalement par deux facteurs liés à ceux vus précédemment. Le dérèglement du climat a fait croître le nombre d’inondations et de sécheresses sur la planète, ce qui a eu des répercussions sur le rendement agricole, notamment au Canada, mais aussi en Chine. Le pays tente de refaire ses stocks de céréales et de porcs, décimés par la peste porcine. Ajoutez à cela la pandémie de COVID-19, la hausse des prix de l’énergie et du transport et vous arrivez à une tempête parfaite inflationniste sur laquelle les gouvernements ont bien peu d’emprise à court terme.   

En somme, la hausse du taux d’inflation est une conséquence directe de la pandémie et des perturbations économiques qu’elle a entraînées. Alors que le variant Omicron semble gagner du terrain, on peut s’attendre à ce que l’inflation reste élevée pour au moins quelques mois encore. Dans notre prochain billet, nous étudierons les moyens à la disposition des gouvernements pour limiter son effet sur la vie des Québécois·es.

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4 comments

  1. Bonjour, merci pour les informations. Pourquoi faites-vous mention en début d’article que vous parlerez des mesures que les gouvernements pourraient prendre alors que l’article n’en fait pas mention? Pourquoi écrire à la toute fin que ça sera au prochain billet?

  2. Quand on est à côté de la plaque, ce n’est pas à moitié!

    L’inflation origine presque exclusivement du pouvoir des banques privées de créer et d’utiliser l’argent-dette!
    C’est tout simple… Et bien caché.

    Ce pouvoir doit être détruit à tout jamais.

  3. Pas un mot sur la banque centrale et la création monétaire ? Un peu déçu…surtout dans un contexte historique ou nos voisins du sud ne semble pas ralentir la planche à billets …
    Bon, beaucoup déçu. Peut être dans un autre de vos billets vous en parlerai !