Autonomie alimentaire : Québec devrait envisager la création d’une nouvelle société d’État

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Avec la pandémie qui sévit, le gouvernement semble reconnaître enfin la vulnérabilité de la chaîne d’approvisionnement de certains secteurs de l’industrie québécoise et le rôle qu’il peut jouer afin d’augmenter notre résilience collective. Cela est particulièrement vrai en matière de sécurité alimentaire. François Legault, lors de sa conférence de presse du 3 avril dernier, affirmait à ce propos qu’il fallait désormais être  autonome du point de vue alimentaire.

En déclarant l’état d’urgence sanitaire, le gouvernement du Québec pourrait mettre en place un vaste réseau de serres à l’intérieur de chacune des régions administratives du Québec. L’objectif serait de pallier le manque de souveraineté alimentaire du Québec tel que proposé par la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois en 2008. En effet, la Commission jugeait nécessaire d’appuyer l’idée forte associée au concept de souveraineté alimentaire dont notamment : « le besoin d’une agriculture québécoise robuste et durable » et « la prémisse voulant que la finalité première de l’agriculture soit de produire, en appliquant les principes du développement durable, des aliments de qualité pour la population québécoise ». 

REPRENDRE SON RÔLE DANS LA PROTECTION DU BIEN COMMUN

Le gouvernement caquiste a une occasion en or de réaliser son projet d’augmenter la production en serre au Québec, mais sous une forme beaucoup plus interventionniste.

L’État, en reprenant son rôle de protecteur du bien commun par la valorisation d’une agriculture pérenne et nourricière de sa population, peut ainsi redevenir un acteur clé dans le domaine agricole. Il pourrait miser sur la qualité alimentaire au détriment d’un désir insatiable de produire. L’opportunité est en effet bonne de reconsidérer que l’agriculture n’est pas une marchandise comme les autres et qu’il est plus que temps de se sortir de la logique capitaliste néolibérale à tout prix. 

Un tel exercice aurait probablement pour effet d’attirer les foudres de certaines entreprises multinationales de l’alimentation qui chercheraient à poursuivre l’État en vertu des accords internationaux en vigueur. Cependant, comme le souligne plusieurs acteurs du monde agricole, le concept d’exception agricole, qui signifie que la souveraineté alimentaire est un droit dont dispose les peuples et que l’État peut intervenir afin de réglementer le secteur agricole, pourrait être reconnu.   

NE PAS ATTENDRE À LA PROCHAINE CRISE POUR AGIR 

Certains diront que la chaîne d’approvisionnement en denrées alimentaires n’est pas menacée pour l’instant, mais mieux vaut prévenir que guérir et ne pas attendre à la prochaine crise pour agir. Le Québec est dépendant des fruits et légumes provenant des marchés extérieurs, notamment des États-Unis durant l’hiver et le printemps. Or, les scientifiques craignent une baisse de la production agricole de certains États américains qui, comme la Californie, sont d’importants exportateurs. Dans l’optique d’une crise climatique sévère, le Québec pourrait avoir d’importants problèmes d’approvisionnement de légumes et de fruits en hiver et au printemps. 

Par principe de précaution et pour répondre au besoin de souveraineté alimentaire, le gouvernement devrait ainsi créer une nouvelle société d’État, un peu à l’instar d’Hydro-Québec, qui veillerait à l’autonomie alimentaire. Appelons-là : Serre-Québec. Sa mission serait de fournir les institutions publiques locales (hôpitaux, école, etc.) tout en rendant autonome, en fruits et légumes, chacune des 17 régions administratives du Québec durant l’hiver et le printemps. Cela n’empêcherait pas de conclure des ententes spécifiques avec des entrepreneurs de serres et des producteurs maraîchers existants. Chaque serre, grande, moyenne ou petite serait alimentée en hydroélectricité, ou par d’autres formes d’énergie renouvelable, grâce aux surplus générés par Hydro-Québec.  Il pourrait y avoir une serre plus importante à l’intérieur des principaux pôles urbains et des serres de plus petite taille au sein de pôles secondaires de chacune des MRC. D’ailleurs, la gestion de ces serres pourrait se faire de manière décentralisée à travers ces mêmes communautés.

Des initiatives porteuses d’avenir lancées par Jean-Martin Fortier, par exemple, pourraient grandement inspirer le gouvernement afin qu’il mette en place à l’intérieur de cette nouvelle société d’État une agriculture biologique, multifonctionnelle, paysanne, proche de sa population et respectueuse des écosystèmes. Afin de matérialiser ce vaste projet de société - s’inscrivant dans une réelle transition vers une économie plus juste, plus résiliente et plus respectueuse de la nature - le gouvernement aura besoin de l’implication de toute la société civile. Alors que la crise économique risque de frapper de plein fouet de nombreux travailleurs et travailleuses partout au Québec, ce type de projet permettrait de soutenir l’économie, d’améliorer la qualité de vie des gens et aussi de diminuer notre dépendance alimentaire.  

 

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Commentaire sur l'article

Céline Jolly

Très bonne idée et même si les produits seraient un peu plus chers? Nous ne manquerons de rien
Merci

Yvan Plante

Une idée qui fait son chemin depuis longtemps. Mais on a aujourd’hui la situation pour la réaliser.

Jean Chamberland

Oui, oui et reoui! Ma compagne et moi avons eu une fermette « à dimension humaine » de 1998 à 2006. On ne peut qu’appuyer cette analyse... C’est EXACTEMENT ce qu’il faudrait. Très très faisable et incroyablement fécond pour notre (nos) société(s). Nous en rêvons depuis toujours! Xxx

Michel Bourassa

Très bonne idée, j'approuve à 100%. Il faudrait aussi envisager de racheter les terres arables mises en vente par des agriculteurs sans relève, pour éviter qu'elles ne tombent en mains étrangères. Dans les marchés d'alimentation, des rayons attribués exclusivement aux produits québécois, pour faciliter l'achat local aux clients.

Enfin, permettre le libre accès des conteneurs à déchets de tous les marchés d'alimentation. Depuis 12 ans, j'y trouve 95% à 100% de ma nourriture, mais beaucoup de commerces cachent leurs conteneurs à déchets à l'intérieur ou optent pour des compacteurs pour détruire les aliments passés date mais encore consommables.

Louis-Marcel Lachance

SVP partagez en grand nombre, il s'agit peut-être de notre survie alimentaire et économique

Marc Brûlé

L'agriculture et le droit à l'alimentation sont indéfectible d'une souveraineté alimentaire et ne doit dépendre que d'une politique gouvernementale soucieuse du bien commun de sa population. Le Québec est en droit d'établir ses règles en matière d'alimentation sur son territoire. Soutenir le financement de l'agriculture pour la rendre accessible à toute la population du Québec devrait, au sortir de la crise, mais dès maintenant, être une priorité Nationale pour la CAQ. Soutenir la production mais aussi les circuits courts de distribution et ceux de la vente en favorisant le modèle coopératif. Le Québec y gagnerait et assurément que les coûts de la santé reliés à la malnutrition et à l'incapacité de se nourri convenablement dans la dignité diminuerait par la même occasion. Le circuit de la production, de la distribution, de la transformation et de la vente au détails permettrait à l'économie de remonter et créerait des emplois ici au Québec.

Marie Fortin

C est une merveilleuse idée.

Avec la crise qui s evit en ce moment partout.
Nous avons l obligation d acheter les produits Québécois et Canadiens.

Il faut penser dorénavant à faire fructifier l argent dans notre province et dans notre pays.

Soyons un peuple solidaire en nous remontant les manches et encourageons les gens d ici.

Solanges Lachance

Oui il faut avoir des serres !

Blaise Rémillard

À ce sujet, le Regroupement des cuisines collectives du Québec a déjà tracé les contours d'une politique favorable à la saine alimentation pour tous en misant sur la notion de droit humain : http://droitsainealimentation.org/

Par ailleurs, bien avant la production en serre, l'autonomie alimentaire du Québec passera aussi par une grande transformation de la gestion de la main d'oeuvre agricole et des conditions de travail dans la transformation. Le recours à un salaire minimum d'exception et aux travailleurs étrangers temporaires est non seulement éthiquement bien discutable, il met en péril la capacité des agriculteurs d'exploiter leurs terres.

Finissons aussi en rappelant que présentement, la plus grande partie de nos terres sert à nourrir des animaux d'élevage, dont la consommation excessive hypothèque la santé des Québécois. Ainsi, l'utilisation de ces terres nourrit moins de Québécois, nous rend malade (ce qui nous coûte cher en frais de santé) et nous éloigne de nos objectifs de réduction de gaz à effet de serre. Voilà aussi un axe incontournable d'une politique de souveraineté alimentaire complète et durable.

Vincent Gélinas

Le diable est dans les détails. Je vois mal comment le gouvernement pourrait se lancer dans un tel projet à court terme. Ça prendrait encore des années et beaucoup de consultations et de réflexions.

Richard Gagnon

J'aime bien l'idée des serres. Mais il faut aussi comprendre l'ampleur du chantier. Avant de se lancer à fond dans la création de serres utilisables même en hiver, on devrait commencer par reprendre contrôle de l'agriculture maraîchère, développer d'autres cultures de fruits qui sont très bien adaptés au climat québécois (aronia, camerise, argousier, etc.), développer la culture de noix, développer de l'intérêt pour les légumes d'hiver qui se conservent bien, laisser faire le culte de la citrouille qu'on décore pour ensuite en jeter trop souvent la chaire et valoriser ce produit alimentaire d'une grande qualité. Ensuite, les projets de serres pourraient combler un petit manque, mais il faut commencer par sortir de la culture poivron, tomate, avocat, banane qu'on se fait implanter depuis trop longtemps par des chefs à la monde qui nous parlent de l'avocat comme le nouveau super aliment tendance. Les serres devraient d'abord être réalisé dans des contextes de valorisation des rejets thermiques qui sont abondants au Québec. Il y a des Pétajoules qui sont relâchés dans l'atmosphère. C'est chaleur devrait être valoriser. Les électrons ont beaucoup d'autres utilités pour la transition énergétique et devrait être priorisé pour d'autres usage que la production de chaleur.

Dans les scénarios que le MELCC a mise en lumière, le Québec devra doubler sa consommation électrique pour atteindre les cibles de réduction de GES. Tous les secteurs de l'économie vont se battre pour la même ressource. Comme tout, les ressources sont limités et même si nous avons une richesse électrique, nous en avons pas à l'infini.

Yves Legault

Les biens premiers devraient être accessibles à tous et à l'abri de toute forme de spéculation. On assiste à la privatisation tout azimut tout en nous faisant croire que les marchés peuvent se réguler eux-même. Ce sont des foutaises! C'est prouvées par les faits collectés depuis plus de 100 ans d'histoire!

La nationalisation serait une alternative... Si nos gouvernement n'avaient pas été "privatisés" depuis des années!
(privatisation de l'état = être acheté par les monopoles)

Manuel H Cisneros

Serre-Québec, une bonne idée. S’occuper de la production et de la distribution. La SAQ a des locaux partout. Il faudrait établir un bon réseau de distribution. Corriger les défauts des entreprises comme la SAQ en introduisant un mode de gestion avec la participation des organisations de la société civile.

Paul Laberge

Il y a à Québec un bâtiment voué à la démolition dont on pourrait changer la vocation. Ce bâtiment va coûter plusieurs millions à démolir. Il est situé tout près du nouveau marché de Québec, aux confins d’autoroute, bref c’est le vieux Colisée de Québec. Vaste, étagé, stationnement, tout est là pour un projet d’une vaste serre. On peut même établir une entreprise de compostage pour les déchets végétaux de cette serre. Hydro Québec serait partenaire, la nouvelle présidente Mme Brochu semble sensible à ce genre d’idée, l’Université Laval aussi avec ses différentes facultés, les Cégeps de la région et la vaste serre pourrait être ouverte aux visites scolaires, une salle de sensibilisation pourrait y être aménagée pour une demie journée de visite scolaire du primaire et secondaire. J’ai une pétition qui circule sur le sujet mais c’est assez difficile de la faire décoller. Mon projet a été partagé avec M. Fitzgibbon, Mme Guilbault et des médias, le COVID-19 retient toute l’attention. Ce projet pourrait devenir un projet phare pour le Québec.

Réjean Mathieu

Excellente piste suggérée au gouvernement. Merci

pierremorency9@gmail.com

Une autonomie alimentaire, une priorité pour nous Qébécois.

Claude

Je voudrais avoir plus imformation

Aurelien

C'était temps...

Charles thibeault

Bonne idées mais j espère que les sensus du gouvernement ne vont pas trop se Gresser

Picotte, Claire

Lorsqu' il y a subvention pour les serres ça peut marcher mais les coûts de chauffage sont très importants. Il est possible par la suite qu'on ait plus les moyens de subventionner, que Hydro ait moins de surplus. Là où, dans l'est du pays le climat est le plus doux, Leamington et Kingsville, il y a beaucoup de serres de tomates,
et ils peinent à concurrencer le Mexique sans compter que Henz a fermé son usine.

Sylvain Lefebvre

il est possible de produire en serre à faible coût énergétique avec la technique d'isolation des serres aux bulle de savon tel que déjà présenter à la semaine verte il y a de ça déjà un bon moment réduisant substantiellement les coûts de chauffage et de climatisation. Principe éprouvé!

Albert pelletier

J ai bien ce documentaire
Je suis ça crée une société d état pour l autosufisante alimentaire
Je suis partant, je suis prêt, je vous attend