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Les réfugié·e·s, ces privilégié·e·s ?

28 septembre 2026

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6min

  • Eve-Lyne Couturier

Mardi dernier, Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec (PCQ) ont dévoilé leur plan en matière d’immigration. En plus de réduire drastiquement le nombre de personnes admises au Québec, ils souhaitent ajouter des points de « démocratie » dans les critères de sélection des immigrant·e·s et diminuer de 33% les prestations d’aide de dernier recours auxquelles elles auraient droit (pour rappel, l’aide sociale dans sa version actuelle ne couvre même pas la moitié des besoins de bases minimaux). Appelé à se justifier lors du débat Face-à-face de TVA le jour même, il a répliqué qu’il fallait s’attaquer aux demandeurs d’asile qui viennent ici pour profiter du système et qui reçoivent de meilleurs services que la population alors que l’État peine à répondre aux besoins des citoyen·ne·s. 

Qu’en est-il vraiment? Ce n’est pas la première fois que ce genre d’énoncé est fait, et ce n’est pas la première fois qu’il est démonté.

D’abord, rappelons ce qu’est un·e réfugié·e ou une personne en demande d’asile. Ces personnes se voient forcées de quitter leur pays en raison de la guerre, les bouleversements climatiques, les persécutions religieuses, politiques ou sociales. Elles quittent, souvent à contrecœur, leur communauté en raison de l’impossibilité d’y vivre plus longtemps en sécurité. Leur parcours est long, parfois très long, et n’est pas exempt de violence, de privations et d’embûches. En d’autres mots, quand elles arrivent au Québec, elles ont un bagage et des besoins qui diffèrent de l’ensemble de la population. Elles sont souvent aux prises avec un trouble de stress post-traumatique, n’ont pas bénéficié d’un suivi médical rigoureux et de qualité depuis des années, n’ont pas nécessairement de réseau d’entraide et ont besoin d’accompagnement pour comprendre les codes sociaux, les structures institutionnelles et la langue de leur pays d’accueil. Jusqu’à un certain point, il est donc normal qu’elles obtiennent des services particuliers afin de s’assurer qu’elles puissent combler leurs besoins de base et ensuite penser à s’intégrer à la société.

Mais ces ressources sont-elles excessives? Sont-elles meilleures que celles qui sont accordées au reste de la population? En grande partie, les personnes réfugiées et en demande d’asile ont droit aux mêmes programmes que la population du Québec. Elles sont admissibles à l’aide sociale et à l’aide juridique, ont le droit d’envoyer leurs enfants à l’école publique, ont accès aux services de santé pour leurs soins de base et les urgences. Bien qu’elles aient accès aux garderies subventionnées (à condition qu’un des parents ait un permis de travail, les places ne leur sont pas attribuées plus rapidement qu’aux autres familles. Elles souffrent donc elles aussi du manque de places en CPE, ce qui limite d’autant leur capacité à suivre des cours de francisation ou à accéder au marché du travail et donc, à s’intégrer à la société.

Éric Duhaime pointe particulièrement trois secteurs où il juge qu’il y a excès: le logement, les soins de santé et l’aide de dernier recours

Commençons par le logement. Le gouvernement offre effectivement un logement temporaire aux personnes réfugiées et en demande d’asile. Il s’agit, rappelons-le, de personnes qui fuient leur pays parce que leur vie y est menacée. Ce sont généralement des organismes communautaires qui les accompagnent, soutenus par le Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile (PRAIDA) afin de les aider à se trouver un logement d’urgence, puis un toit permanent. Si elles peuvent recevoir certaines subventions (limitées aux ménages ayant trois enfants ou plus ou aux victimes de violence conjugale ou familiale), elles n’ont pas accès aux HLM avant d’être acceptées comme résidents permanents. Toutefois, la subvention qui était accordée aux familles demanderesses d’asile ayant à charge un enfant en situation de handicap a été abolie en mars dernier par le gouvernement caquiste, ce dernier ayant également réduit les aides financières accordées aux mineur·e·s arrivant seul·e·s au pays pour demander l’asile.

Qu’en est-il de la santé? Les nouveaux arrivants ayant demandé l’asile sont d’abord couverts par le Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) le temps d’être admissibles au régime d’assurance maladie. Cela leur donne accès aux soins de base, incluant certains soins dentaires, ainsi qu’au traitement des urgences. Somme toute, cela ressemble aux services accessibles à la population générale. Or, depuis mai 2026, le PFSI n’offre plus la gratuité aux personnes en demande d’asile, qui doivent désormais payer 4$ par médicament d’ordonnance ainsi qu’une contribution de 30% pour les services de santé dits « supplémentaires » comme la psychothérapie, la réadaptation physique ou les soins dentaires d’urgence. Rappelons que l’on parle d’une population particulièrement vulnérable qui vit parfois avec des séquelles de viols collectifs, de torture, de malnutrition, etc. L’accès à ces services est essentiel pour leur permettre de surmonter leurs traumatismes et leur limitation physique ainsi que pour leur donner une chance de s’intégrer à leur société d’accueil. Mais ces coûts ne sont pas la seule barrière à laquelle ces personnes font face: plusieurs cliniques refusent de leur donner des services ou leur chargent des frais. C’est entre autres pour cette raison qu’il existe un certain nombre de cliniques communautaires dont la clientèle cible sont les personnes réfugiées et en demande d’asile: parce qu’elles ne savent pas où aller, parce qu’elles ne maîtrisent pas la langue (et encore moins le langage médical), parce que leurs besoins sont particuliers et parce qu’elles sont souvent refusées ailleurs. Malgré les besoins, ces cliniques demeurent relativement rares, sous-financées et aux prises avec un manque de main-d’œuvre. On est loin d’un privilège.

Finalement, parlons d’aide sociale. Avant même d’entrer dans les statistiques liées aux personnes réfugiées et en demande d’asile, prenons le temps de regarder la hauteur des prestations pour le programme d’aide de dernier recours. Au Québec, l’aide sociale couvre moins de la moitié de ce qui est calculé par Statistique Canada comme le strict minimum pour couvrir ses besoins de base. En d’autres mots, les personnes qui y ont droit doivent nécessairement faire appel à des solutions hors marché (banque alimentaire, logement social, clinique communautaire, etc.) pour répondre à leurs besoins ou alors faire quotidiennement des sacrifices sur leur santé et leur qualité de vie pour espérer arriver à survivre. Éric Duhaime et son équipe suggèrent que c’est encore trop généreux et veulent réduire ce montant pour qu’il couvre seulement 33% des besoins essentiels. Au-delà du manque d’empathie ayant mené à  cette promesse, il est important de regarder les trajectoires des personnes venant demander l’asile au Québec. S’il est vrai qu’un pourcentage élevé reçoit des prestations de dernier recours l’année de leur arrivée (entre 50 et 75%), c’est la même proportion d’entre elles qui toucheront un revenu d’emploi la même année, un taux qui grimpe à plus de 80% les années suivantes. Il s’agit donc d’une population qui participe majoritairement au marché du travail. Environ 20% de ces personnes réfugiées travaillent d’ailleurs en santé ou en éducation, des secteurs qu’on les accuse d’alourdir.

Bien que moins incendiaires que les remarques de Donald Trump , ce genre d’énoncés rappellent néanmoins le “They eat the cats! They eat the dogs!” que le président avait lancé lors de son débat contre Joe Biden. Dans les deux cas, l’objectif est de dépeindre les personnes immigrantes comme des nuisances et ainsi nourrir les préjugés et la haine de ceux et celles qui sont déjà réticents à l’immigration. L’affirmation est non seulement grossière, mais elle ne résiste pas à l’épreuve des faits.

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