Le coût caché de la sous-traitance dans le transport en commun: la qualité des services
12 février 2026
Montréal, 12 février 2026 – Alors que les sociétés de transport en commun multiplient les efforts pour réduire leurs dépenses, une nouvelle étude de l’IRIS révèle que l’augmentation du recours à la sous-traitance dans ce secteur aurait des répercussions négatives sur la qualité du service.
En sous-traitant l’entièreté de ses services de transport au secteur privé, l’organisme exo a affiché entre 2022 et 2024 un taux de bris de service moyen de 1,1 %, soit un taux deux fois plus élevé que celui de la STM et près de trois fois plus grand que celui de la STL sur la même période.
« Les conditions de travail nettement inférieures au sein des entreprises privées affectent la capacité d’exo à attirer et à retenir le personnel, ce qui cause des bris de services », explique Colin Pratte, chercheur à l’IRIS et auteur de l’étude.
L’étude révèle que le transporteur exo a enregistré 4 fois plus de plaintes par 100 000 embarquements que les sociétés de transport du Grand Montréal dans les dernières années.
« Les indicateurs de qualité du service analysés dans le cadre de cette étude montrent que le bilan d’exo est le pire de toutes les sociétés de transport étudiées. Tant sur le plan des bris de service que sur celui du nombre de plaintes des usagers et usagères, exo se classe dernière », explique Colin Pratte.
Le pari risqué du privé
À l’heure actuelle, les couronnes Nord et Sud de l’île de Montréal sont particulièrement affectées par la forte présence du privé dans les services de transport.
« La qualité inférieure du service d’exo est préoccupante dans un contexte où la population desservie en Montérégie et dans les Laurentides est fortement motorisée et peut se rabattre sur la voiture si le transport collectif s’avère défaillant, ce qui nuit à la transition vers la mobilité durable », selon Colin Pratte.
Dans un contexte de manque d’investissements publics dans le transport en commun, des sociétés de transport envisagent de sous-traiter une partie de leurs activités au secteur privé.
« Notre recherche révèle que se fier davantage au privé pour réduire les dépenses diminuerait probablement la satisfaction des usagères et usagers et la qualité des services », souligne Colin Pratte.
Remettre la qualité au centre du transport en commun
« Un audit commandé par le gouvernement sur les sociétés de transport recommandait en 2024 d’augmenter le rôle du secteur privé dans le transport en commun. Pourtant, en ouvrant la porte à la sous-traitance, on risque de troquer une crise financière pour une crise de la fiabilité du service », explique le chercheur.
Rappelons que les fonds consacrés au réseau routier dans le cadre du Plan québécois des infrastructures ont augmenté de 34 % dans les cinq dernières années, contre 6,6 % pour les infrastructures de transport en commun.
« Le gouvernement du Québec doit investir massivement dans le transport en commun pour offrir aux résident·e·s de toutes les régions du Québec des options de transport durables et fiables comme alternative à l’auto solo », conclut Colin Pratte.
Photo: One of Many Tims, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)