COVID-19 : L’autonomie économique pour sauver le Québec de la crise

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Montréal, le 21 mai 2020 – Comment le Québec peut-il se sortir de la présente crise sanitaire et limiter le ressac sur l’économie ? En développant son autonomie économique grâce à ses forces actuelles et aux particularités qui lui sont propres. Un document de réflexion publié aujourd’hui par l’IRIS y va de trois propositions ambitieuses afin de rendre l’économie du Québec à la fois plus démocratique et plus respectueuse de l’environnement.

« L’économie capitaliste nous montre plus que jamais ses limites, affirme Audrey Laurin Lamothe, chercheuse à l’IRIS et professeure à l’Université York. Tout le monde souhaite minimiser les répercussions économiques de la crise actuelle. Or, une économie mieux organisée permettrait d’atteindre plus d’autonomie, un objectif qui plaît d’ailleurs au premier ministre Legault. Pour y arriver, on a besoin d’une planification économique démocratique et de sortir le profit de l’équation ». L’économiste et professeur à l’UQO Mathieu Dufour renchérit : « Plutôt que de tenter de sauver chaque entreprise, peu importe son utilité, il faut se donner les moyens de mieux répondre aux besoins de la population ». Les auteurs ont à cet effet identifié trois transformations institutionnelles majeures qui modifieraient la structure actuelle de l’économie du Québec pour la rendre plus viable et plus inclusive.

Propositions

  1. Démocratiser les infrastructures financières pour décentraliser et rendre plus efficientes les décisions prises par les institutions financières. « Pour démocratiser notre économie, il faut des institutions financières qui sont démocratiques elles-mêmes. Au Québec, il s’agirait de reprendre en main Desjardins et de retisser le réseau des caisses populaires, puis de reprendre l’ensemble des banques pour en faire un second réseau public parallèle afin d’assurer une diversité d’acteurs », décrit la chercheuse Audrey Laurin-Lamothe. Chacun des réseaux détiendrait des sièges sur le conseil d’administration d’une banque centrale.
  2. Gérer collectivement les entreprises dans le but de réorienter les objectifs vers un développement économique socialement juste et durable plutôt que la maximisation des profits. « Il n’est pas question d’éliminer l’entrepreneuriat, mais plutôt d’encadrer dès maintenant les pratiques des entreprises par la communauté », précise Mathieu Dufour. Les grandes entreprises de secteurs stratégiques comme l’industrie pharmaceutique et l’aéronautique seraient nationalisées. Le reste des entreprises de 100 employés ou plus seraient transformées en organismes ou en coopératives à but non lucratif. Pour les entreprises de 99 employés et moins, elles pourraient être socialisées de la même manière ou demeurer détenues de manière privée et gérées par leurs propriétaires.
  3. Établir une politique nationale du revenu afin d’assurer une couverture des besoins de base à tous et toutes et de distribuer de façon plus égalitaire les revenus. Cette politique comprend trois volets : « Le gouvernement peut instaurer dès maintenant un revenu minimum garanti pour couvrir les besoins de base, explique l’économiste Mathieu Dufour. Ensuite, il faut faire correspondre le salaire minimum régional à une sortie complète de la pauvreté. Enfin, on doit établir une rémunération maximale par entreprise, en fonction du salaire moyen versé à l’ensemble des employé·e·s. »

En résumé, « on fait face à une crise sanitaire qui entraîne déjà une intervention massive de l’État, rappelle Audrey Laurin-Lamothe. Or, notre mode actuel de développement est responsable d’un réchauffement climatique inédit et de profondes inégalités. » L’IRIS a ainsi voulu montrer que « le gouvernement a l’occasion de piloter une sortie de crise qui est en adéquation avec les principes de justice sociale et environnementale », conclut le chercheur Mathieu Dufour.

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