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Les épopées infructueuses

23 février 2015

  • Guillaume Hébert

Les commissions parlementaires font rarement de la bonne télé (sauf lorsque l’on confie un ministère à Bernard Drainville). Pourtant, on y apprend bien des choses sur celles et ceux qui nous gouvernent.  

Le peu d’égard pour l’environnement, par exemple.

La semaine dernière, trois de mes collègues se sont rendus à l’Assemblée nationale pour participer aux séances de deux commissions parlementaires qui se tenaient le même jour (celle sur les finances publiques, et celle sur les transports et l’environnement).

Tous les trois ont insisté sur l’enjeu environnemental durant leur présentation respective et durant les échanges subséquents avec les élu-e-s. Ils ont insisté sur l’importance de placer la transition écologique au centre de toutes les politiques économiques du Québec du XXIe siècle, qu’il s’agisse de relance ou de développement économique.

Vous vous en doutez sûrement, mais le Québec et le Canada ne brillent pas sur le plan environnemental. Bien que cette préoccupation progresse lentement dans les sociétés, les élites politiques et économiques continuent à faire de l’obstruction.

Passivité ministérielle

En commissions, on allait donc avoir enfin la chance d’entendre les ministres Leitão (Finances) et Heurtel (Environnement) sur un enjeu de cette importance. Enfin, c’est ce que nous pensions.

Eh bien, non. M. Leitão a tout simplement ignoré l’une après l’autre les remarques de Philippe Hurteau et Simon Tremblay-Pepin à l’effet que le Québec est responsable d’un déficit du budget carbone. Or, ce déficit est bien plus grave pour les générations futures que le déficit budgétaire que le gouvernement veut résorber au plus vite en appliquant de douloureuses politiques d’austérité.

Dans une autre salle de l’Assemblée nationale, mon collègue Bertrand Schepper faisait lui aussi ce qu’il pouvait pour rappeler aux élu-e-s l’ampleur du défi environnemental qui menace l’existence humaine. La commission portait sur la politique révisée de développement durable du Québec pour les années 2015 à 2020.

Bertrand s’est buté au simplisme d’un ministre de l’Environnement manifestement incapable de prendre la mesure de l’enjeu. M. Heurtel a paru peu enclin de lever la tête des petites politiques qui n’ont rien à voir avec les plans environnemental et économique structurants qui nous permettraient de prendre le défi écologique à bras le corps.

En quelque sorte, le ministre Heurtel s’est donc montré moins « visionnaire » que le député de la CAQ qui jugea à propos de faire référence à « l’Homme qui plantait des arbres » qu’il avait vu récemment, en réfléchissant à voix haute sur les pistes de solutions…

Les femmes, la police

Le même jour, le passage en commission de la Fédération des femmes du Québec a lui aussi fait ressortir l’état d’une pensée un peu gênante au sein de la députation. Le caquiste André Spénard, député de Beauce-Nord, a déploré « l’effarouchement des femmes devant la politique » tout en expliquant, comme un bon père de famille, qu’on « ne peut pas faire des lois juste pour les femmes ». Il faut croire que cet élu n’avait pas entendu parler de l’inégalité salariale entre les femmes et les hommes.

En revanche, le ministre Leitão a trouvé très « rafraîchissante » la présentation des représentants de l’Institut économique de Montréal. Ceux-ci ont affirmé que le Québec n’est pas en proie à l’austérité au Québec, mais bien à de « l’hystérité » et qu’il faudrait ensuite une panoplie d’idées telles que « complémenter le travail des policiers par […] des firmes de sécurité privée » et agrandir de façon générale la prestation privée des services publics.

L’épopée de l’IRIS en commissions parlementaires la semaine dernière n’a pas fait changer l’opinion des ministres sur l’écologie ni d’ailleurs, sur rien d’autre. Bon, d’accord, le contraire nous aurait surpris. On aurait pu néanmoins s’attendre à plus de profondeurs dans le contenu des réponses de nos interlocuteurs et interlocutrices.

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