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L’équilibre budgétaire : un prétexte?

15 mai 2015


L’équilibre budgétaire qui a été au cœur du discours gouvernemental est un prétexte qui n’a rien à voir avec la plupart des mesures implantées en son nom. Le but n’était pas d’économiser, c’était de continuer la transformation de l’État entreprise depuis Jean Charest: gérer les services publics comme une entreprise privée. Le déficit servait simplement à faire peur pour pouvoir imposer les mesures.

En fait, le déficit que le gouvernement avait à éliminer était beaucoup plus modeste que ce qu’il avait avancé en début de mandat. Pour l’année qui vient de passer, tout compte fait il s’agit de 1,1 G$ à résorber et non les 5,5 G$ annoncés en début de mandat. Ianik Marcil a une belle image à ce sujet : si le gouvernement avait un budget de 50 000$, son déficit représenterait… 564$.

Comment est-il parvenu à résorber ce mince déficit? Surtout par les compressions salariales qu’il a exigées à ses employés. Par exemple, le 25 novembre dernier Martin Coiteux a annoncé la suppression d’un millier de postes dans la fonction publique et des compressions salariales de 689 M$ dans tout le secteur public. Voilà qui permet d’économiser. Il entend d’ailleurs continuer d’économiser sur le dos de ses employés avec les gels salariaux qu’il leur propose pour les deux prochaines années.

Toutes les autres réformes mises de l’avant par le gouvernement sont des peccadilles en comparaison avec les attaques à ses employés. La hausse des services de garde? À peine 193 M$ selon le dernier budget. La réforme de la santé? Peut-être 220 M$, mais pas tout de suite, seulement en 2017 quand l’équilibre budgétaire sera atteint depuis trois ans. Les régimes de retraite municipaux? Il est bien possible que ce ne soit que de minces économies, comme le gouvernement avait grandement surestimé leur déficit. Quant aux fusions des commissions scolaires, elles pourraientrapporter « jusqu’à » 26 M$, ce qui est quand même plus que les 8 M$ économisés grâce à la fermeture des directions régionales du ministère de l’Éducation.

Ces réformes visent à changer l’État, pas à économiser. Ça veut dire quoi, changer l’État? Prenons l’exemple de la santé. La méthode lean impose un minutage du travail où l’on est rabroué dès qu’on prend trop longtemps soin des patient-es. Le financement à l’activité, quant à lui, forcera les gestionnaires à faire des pressions, entourloupes et entorses pour maximiser leur marge de profit. Enfin, l’adoption du projet de loi 10 a centralisé le pouvoir entre les mains du ministre etdes directions d’énormes établissements en le retirant à celles et ceux qui travaillent avec les patients.

Voici le projet : une organisation du travail calquée sur l’usine, des gestionnaires en compétition pour être celui qui pressera le plus le citron des employés surveillés par des patrons tout-puissants.  Ne vous y trompez pas, si les services publics deviennent des chaînes de montage, vous avez bien des chances d’y être traités comme une carcasse de voiture qu’on doit réparer.

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