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Cinq critères pour évaluer le budget fédéral

29 mars 2012


Le prochain budget du gouvernement fédéral pourrait changer fondamentalement le Canada.

Le budget d’austérité annoncé ne ferait pas que menacer la reprise économique en perte de vitesse au Canada, il s’écarterait de ce que le Canada considère généralement comme ses priorités, soit la création d’emplois, le nivellement des inégalités et la volonté de garantir à tous les citoyens l’accès à des services publics comme les soins de santé et l’éducation.

La plupart des Canadiens croient que leur pays est toujours en récession même si celle-ci a officiellement pris fin il y a deux ans et demi. Au quotidien, cela signifie qu’ils peinent à trouver un emploi ou à simplement joindre les deux bouts.

Les dernières statistiques sur l’emploi révèlent une donnée méconnue au chapitre du chômage. Si le taux de chômage est tombé à 7,4 % en février, ce n’est pas à cause de la création d’emplois. En fait, 2 800 emplois sont disparus. Si le taux de chômage a diminué, c’est plutôt parce que 28 000 travailleurs découragés ont tout simplement quitté le marché du travail.

Le taux d’emploi, qui mesure le pourcentage de la population en âge de travailler occupant un emploi, s’établissait à 63,8 % au début de la récession, en octobre 2008. En février 2012, il était de 61,6 %, taux qui reflète le nombre énorme de travailleurs découragés qui ont quitté le marché du travail. Si le taux d’emploi était revenu à son niveau d’avant la récession, 541 000 personnes de plus travailleraient.

Pendant que les partis de l’opposition et la société civile se préparent à réagir au budget, voici cinq critères qui devraient servir à l’évaluer :

Inégalité

Selon un récent sondage de la firme EKOS, il s’agit de la grande préoccupation des Canadiens. Creusé par les gains exorbitants de revenu réalisés par la tranche de 1 % des plus riches, l’écart entre les riches et le reste de la société atteint un niveau sans précédent et s’élargit plus rapidement qu’aux États-Unis. L’inégalité ne constitue toutefois pas un enjeu pour le gouvernement au pouvoir. Il faudrait évaluer les mesures budgétaires en déterminant si elles réduisent ou non l’inégalité.

Emplois

Les réductions de l’impôt des sociétés devaient déclencher une explosion de création d’emplois. Ce ne fut pas le cas. Les entreprises du Canada ont plutôt profité de ces nouvelles sommes disponibles pour accumuler des réserves en liquidités de plus de 500 milliards de dollars. Alors qu’il laissera dormir ces milliards, le budget supprimera des milliers d’emplois des secteurs public et privé.

Investissements sociaux

Les Canadiens attachent une très grande importance aux investissements publics dans l’éducation, la santé, les retraites, etc. La croissance des dépenses militaire et sécuritaire se fait au dépend de services publics essentiels qui améliorent le mieux-être des gens. Le gouvernement fédéral cède aux provinces son rôle historique dans l’assurance-maladie au Canada. Il laisse tomber les solutions publiques à la crise des retraites en faveur de « solutions » fondées sur le libre-marché qui rendront la retraite plus difficile pour les générations à venir.

Augmenter les revenus

Les réductions énormes de l’impôt sur le revenu des sociétés et de l’impôt sur la richesse menottent la capacité budgétaire du gouvernement d’aborder les problèmes de l’heure. Ces réductions ont également affaibli les programmes sociaux et aggravé les inégalités sans réussir à créer les emplois promis. Les réductions d’impôt sabotent la capacité du gouvernement d’effectuer les investissements qui s’imposent pour améliorer les niveaux de vie et réduire l’inégalité.

Émissions de carbone

Incapable d’atteindre les objectifs de Kyoto, le Canada a choisi de se retirer de cet accord. Il a pris de nouveaux engagements de réduire les émissions de carbone, d’ici à 2020, de 17 % par rapport à leur niveau de 2005. Environnement Canada a toutefois signalé qu’en vertu de mesures existantes, le Canada réduirait ses émissions de carbone de 4,2 % seulement, ce qui est très loin de ces objectifs déjà dilués

Pour savoir ce que vaut le budget fédéral qui nous sera présenté, on doit donc se poser une question simple : le budget permet-il de réduire les inégalités et les émissions de carbones tout en augmentant les investissements sociaux, les revenus de l’État et les emplois? Si la réponse est non, les Canadiens devraient réagir.

Bruce Campbell est le directeur exécutif du Centre canadien de politiques alternatives, qui vient de dévoiler son Alternative budgétaire pour le gouvernement fédéral.

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