Icône

Aidez-nous à poursuivre notre travail de recherche indépendant

Devenez membre

Les agences privées de placement préparent l’après-COVID en santé et services sociaux

29 octobre 2021

Lecture

4min

  • Anne Plourde

Les agences de placement de personnel actives dans le réseau de la santé et des services sociaux ont très mauvaise presse depuis le début de la pandémie, et le discours gouvernemental s’est fortement durci à leur égard au cours des derniers mois. Mais alors que le ministre de la Santé Christian Dubé assure vouloir réduire et même éliminer le recours aux agences de placement, un des gros joueurs du secteur, l’agence Premier Health of America, se vante auprès de ses investisseurs de bénéficier d’un canal de communication privilégié avec le gouvernement. De fait, elle affirme siéger en compagnie d’autres agences à des comités de gestion de la pandémie avec des représentant·e·s de différents ministères. Doit-on vraiment croire le premier ministre François Legault lorsqu’il affirme que son gouvernement « n’aime pas ça, les agences privées »?

Malgré les intentions affichées par le gouvernement à l’égard du recours aux agences de placement en santé et services sociaux, Premier Health of America est très optimiste face à son avenir. Il faut dire que cette agence québécoise, une des seules du secteur sociosanitaire qui est actuellement cotée en bourse, a réalisé des revenus et des bénéfices exceptionnels durant la pandémie : ceux-ci ont dans les deux cas presque triplé pour les trois premiers trimestres de l’année fiscale 2021 par rapport à la même période l’an dernier. Dans un communiqué publié alors que la première vague de COVID-19 tuait des milliers de personnes dans les CHSLD et résidences privées pour aîné·e·s, l’agence affirme d’ailleurs que si la pandémie a « frappé durement le Canada », elle a par contre eu « un impact positif immédiat sur les opérations et les résultats de l’entreprise ».

Qu’un virus hautement mortel soit une occasion d’affaires pour une entreprise à but lucratif ne devrait surprendre personne. On doit néanmoins s’inquiéter du fait que la crise sanitaire est aussi perçue par l’entreprise comme une « occasion » de profiter du « canal de communication ouvert avec des représentant·e·s de différents ministères » pour « façonner l’avenir de la prestation des services de santé », « repenser les modèles existants » et « accélérer leurs transformations ». On peut postuler sans avoir trop peur de se tromper que les agences de placement souhaitent occuper une place de choix dans cet « avenir » qu’elles tentent de faire advenir.

Les parallèles à faire avec la « stratégie du choc » exposée par l’essayiste canadienne Naomi Klein dans son ouvrage du même nom sont frappants. L’autrice y montre comment les décideurs politiques et économiques ont historiquement profité des bouleversements provoqués par les situations de crise telles que les catastrophes naturelles pour imposer des réformes ultralibérales et impopulaires favorisant les intérêts économiques des dominants (privatisations des services publics, démantèlement du filet de sécurité sociale, etc.).

La crise économique, sociale et sanitaire majeure provoquée par la pandémie de COVID-19 s’inscrit certainement dans ces époques charnières de l’histoire où tout peut changer. Et la pandémie nous a clairement démontré que des changements majeurs sont effectivement nécessaires dans l’organisation des services de santé et des services sociaux au Québec. Ces changements ne doivent cependant pas être décidés derrière des portes closes, sur des « comités » où siègent des entreprises pour qui la pandémie et la déliquescence de notre système sociosanitaire public (elle-même provoquée par d’autres réformes décidées derrière des portes closes) sont des occasions d’affaires.

Si le gouvernement souhaite véritablement se débarrasser des agences de placement en santé et services sociaux, une première étape serait certainement d’éviter de multiplier les lieux où ces entreprises peuvent exercer leur influence auprès des membres du gouvernement.

VOUS AIMEZ LES ANALYSES DE L’IRIS? SONGEZ À DEVENIR MEMBRE!

Icône

Restez au fait
des analyses de l’IRIS

Inscrivez-vous à notre infolettre

Abonnez-vous

Partager

Commenter la publication

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 comments

  1. On devrait rajouter un article au code criminel:
    “Toute forme de lobbying qui n’est pas fait par un citoyen au nom d’un citoyen est un acte criminel.”

    Jamais un “service publique” ne devrait être infiltré par le privé.

  2. Bravo pour votre recherche . Vous venez de soulever une roche et je suis certaine que plusieurs lièvres pourraient sortir . Il y a anguille sous roche . CONTINUER à chercher et fouiller….