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« La grosse » argent de la santé

13 février 2015

  • Guillaume Hébert

50% des dépenses du Québec vont à la santé? C’est vrai, si on ferme les yeux sur les angles morts du calcul derrière ce chiffre. Si on faisait preuve d’un peu plus de nuances et d’honnêteté sur les « coûts de la santé », on arriverait à un chiffre qui tourne autour de 33-34%. On s’apercevrait également que comparées à la taille de l’économie québécoise, les dépenses de santé des Québécois-e-s augmentent à un rythme qui n’a rien d’insoutenable. Finalement, on verrait que les dépenses qui augmentent le plus ne sont pas forcément celles qu’on pense.

La note socio-économique publiée hier par l’IRIS fait une série de nuances que l’on ne devrait pas escamoter au moment d’avoir une réflexion sereine sur l’avenir du système de santé et de services sociaux du Québec.

La semaine dernière, tant le gouvernement que l’opposition ont entonné le refrain habituel. Par exemple, la porte-parole péquiste Diane Lamarre a répété que la santé dévore désormais la « moitié du budget du Québec ». Si elle avait été plus exacte dans son propos, la députée aurait dit que « l’enveloppe consentie au portefeuille Santé et de Services sociaux correspond à près de 50% des dépenses de programmes du gouvernement québécois ».

Ce n’est pas la même chose. Et c’est un choix.

D’abord, si on retranchait les dépenses de « services sociaux » de l’équation, c’est environ 12% du total qu’il faudrait soustraire.

Si ensuite on prenait toutes les dépenses budgétaires pour évaluer la taille des dépenses de santé (donc si l’on incluait aussi le service de la dette dans le calcul), la part des dépenses de santé diminuerait à 38% du budget du Québec.

Et si l’on continuait comme ça et que l’on considérait les dépenses du Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) par rapport à l’ensemble des opérations de l’État québécois, le total chuterait en-dessous de la barre du 30%!

Donc, c’est comme pour la dette : beaucoup de façons de calculer… et beaucoup de manipulations possibles.

Il est plus pertinent de comparer les dépenses de santé à la taille de l’économie (PIB). Surprise : les dépenses publiques affichent une relative stabilité. 8,7% du PIB en 2009, un peu au-dessus de la moyenne historique depuis 1981 qui se situe à 7,4%.

Et si on prenait seulement les dépenses dites « hôpitaux et médecins », soit celles où l’État est le payeur unique et qu’il peut donc mieux contrôler, elles sont en légère baisse depuis 35 ans par rapport au PIB, de 5,1% à 4,8%.

L’élève et le maître

Le ministre Barrette a asséné un véritable coup de massue vendredi dernier au système de santé qui était jadis, rappelons-le tout de même, une pierre d’assise de la Révolution tranquille.

Philippe Couillard avait entrepris le travail de sape en 2003 alors qu’il était lui-même ministre de la Santé et des Services sociaux. L’élève a surpassé le maître. Barrette a complété la besogne avec le peu d’égard qu’on lui connaît pour l’avis des autres. Et avec un bâillon en prime pour terminer.

Bref, on pourrait dire que le système de santé centralisé dont la population hérite après ces méga-fusions est à l’image des manœuvres rectilignes de Gaétan Barrette pour mettre en œuvre ces transformations : antidémocratique.

Le ministre nous dit que ça permettra des économies et personne ne le croit. Avec raison. L’hypercentralisation qui éloigne l’administration socio-sanitaire des populations réunit les conditions pour que se produisent une mauvaise allocation des ressources, du gaspillage découlant de la mesure inadéquate des besoins réels, sans compter les dangers de disparités régionales.

Au contraire de ce que l’on entend, le gouvernement québécois vient peut-être de briser ce qui lui permettait jusqu’à maintenant de maintenir un certain contrôle sur les coûts de la santé.

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