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L’arrogance majestueuse

1 mai 2016

  • Guillaume Hébert

On finit par oser. On se redresse un moment, on arrête et on respire. On lâche prise deux minutes et on prend tranquillement la mesure du champ de bataille, de la batterie de réformes et de l’ampleur de la transformation. De la déraison et des éclopés. On se dit que c’est de la folie bien entendu mais on ne peut pas le dire trop fort ni trop simplement parce qu’on dira de nous qu’on refuse le « changement ». Or, c’est l’incantation du changement qui fait élire tout le monde. Quitte à changer n’importe quoi, n’importe comment et de couvrir le résultat de l’opération par une majestueuse arrogance.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette a répondu comme à l’habitude aux plus récents appels à la raison formulés cette fois par trois anciens bonzes du réseau de la santé. Le ministre a simplement dénigré les dissidents, assimilant leur démarche à un travail « politique ». La lettre n’était d’ailleurs même pas adressée au ministre, c’est à la Vérificatrice générale qu’on demande cette fois d’évaluer l’impact de la réforme.

On apprendra peut-être la semaine prochaine que Gaétan Barrette a aboli le bureau du Vérificateur général…

La lettre est pourtant polie et pleine de sens. Elle précise notamment que cette évaluation externe est rendue nécessaire par l’absence d’assises scientifiques aux réformes en cours, l’abolition des instances capables d’émettre des objections, de la culture du silence et d’opacité qui s’instaure dans le système socio-sanitaire, etc.

L’association des gestionnaires de santé et services sociaux a réalisé un sondage dans ses rangs. Sous le couvert de l’anonymat, l’un de ces gestionnaires écrit :

«Désorganisation totale. Tsunami silencieux. Tout est fait tout croche. Complètement tout, tout, tout est à refaire, recréer, reconstruire. Une mégastructure est en élaboration, mais il n’y a ni architectes ni gestionnaires de projet. […] Plus personne n’a de réponse aux questions si petites soient-elles. C’est un chantier plus grand que nature.»

Un peu comme la réforme Couillard de 2003, sauf que celle-ci est bien plus profonde et qu’elle survient au moment où l’on commençait à peine à s’habituer aux structures de 2003 (CSSS et ASSS). C’est ce que le professeur François Béland nomme la maladie de la réformite aigue dont souffrirait les système de santé québécois…

Des éditoriaux dans La Presse et Le Devoir ont reconnu la pertinence de la démarche d’évaluation de la réforme en rappelant notamment l’importance des dépenses de santé. Antoine Robillard a aussi rappelé que Philippe Couillard avait promis la « révision permanente » durant son mandat.

On apprendra peut-être la semaine prochaine que Gaétan Barrette a aboli La Presse et Le Devoir…

Mais le ministre n’est jamais longtemps sur la défensive. Il réplique à chaque attaque par une nouvelle attaque.

Cette semaine, le ministre Barrette annonçait finalement comment il comptait développer son réseau de super-cliniques. Il s’avère que ces cliniques sont en fait des GMF qui prendront un peu de galon et dans lesquels le MSSS va pelleter davantage d’argent et de ressources humaines. De façon compatible au financement à l’activité, les super-cliniques recevront leur financement en fonction du volume de consultations.

À chaque fois qu’on entend « GMF », on devrait penser à un CLSC éviscéré. Les GMF doivent jouer au Québec le rôle qui devait être celui des CLSC, mais sans représentation citoyenne, sous contrôle privé et en confiant tout le pouvoir aux médecins.

(Notez que ce n’est pas encore assez pour les médecins ! Selon le président de la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ), il semble que les médecins ne veulent pas travailler la fin de semaine et qu’ils pourraient ainsi bouder les « super-cliniques ».)

Le réseau gaétanesque de santé existera. Il est le résultat du succès de la contre-révolution Barrette (ou de l’échec de la réforme Barrette si vous considérez les intérêts socio-sanitaires plutôt que les intérêts économico-politiques). Il est manifestement trop tard pour arrêter Gaétan Barrette. Il faut donc sans doute oser s’arrêter un moment, prendre acte des terribles reculs que ces transformations font subir aux outils collectifs devant servir la santé des Québécois·e·s, et commencer à préparer la prochaine réforme…

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