Que proposent les partis fédéraux pour réduire les émissions de GES ?

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Alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avertit que nous nous dirigeons vers un « naufrage climatique » et que l’ampleur du réchauffement climatique canadien est le double de celui mesuré à l’échelle planétaire (p.34), il semble pertinent d’observer les cibles environnementales proposées par les principaux partis politiques dans le cadre de l’actuelle campagne électorale fédérale.

Le graphique suivant présente les émissions de GES du Canada entre 2005 et 2019 ainsi que les projections pour les prochaines années accompagnées des promesses électorales pour 2030 des principaux partis. 

 

 

Les émissions du Canada sont passées de 739 mégatonnes d’équivalent en dioxyde de carbone (Mt éq CO2) en 2005 à 730 Mt éq CO2 en 2019 (ligne bleue pâle), soit une diminution de 1,2 % seulement. Pire, par rapport à 1990, les émissions de GES ont augmenté de 21 %. 

Or, l’objectif minimal établi dans le cadre de l’Accord de Paris est de réduire les émissions de GES de 30 % par rapport au niveau de 2005 d’ici à 2030 (point bleu foncé). Il s’agit aussi de la cible que promet de respecter le Parti conservateur du Canada (PCC). Les lignes pointillées bleu foncé et bleu pâle illustrent respectivement le scénario de référence et la projection optimiste établis en 2019 en tenant compte de l’impact de l’application des lois environnementales provinciales et fédérales prévues pour faire diminuer les émissions de GES. Ces deux scénarios prévoient des baisses de 7,8 % et de 18,4 % par rapport à 2005, ce qui reste largement insuffisant. 

Le Parti libéral du Canada (PLC) et le Bloc québécois (BQ) proposent pour leur part des cibles de réduction d’ici 2030 se situant entre 40 % et 45 % en dessous des émissions de 2005 (point rouge et turquoise), tandis que le Nouveau Parti démocratique (NPD) veut atteindre 50% du niveau d'émissions de 2015 (point orange) et que le Parti vert fixe sa cible de réduction à 60 % par rapport à 2005 (point vert). 

Un constat s’impose dès lors : l’optimisme des partis politiques quant à leur capacité d’atteindre les cibles qu’ils se sont fixée tranche avec le peu de progrès qui a été réalisé depuis 2005. Mais c’est surtout en regard des mesures qui sont mises de l’avant par ces partis que l’on est dans l’impression que, bien que les enjeux environnementaux préoccupent une part importante de la population, ils ne sont pas suffisamment pris au sérieux par les partis fédéraux. 

Les moyens privilégiés par les principaux partis

Bien qu’il y ait certaines divergences dans les plateformes électorales quant aux moyens à adopter pour atteindre leur cible, il existe un certain consensus entourant les mesures jugées les plus à même de diminuer la production de GES au Canada. Tous s’entendent par exemple sur la nécessité d’accroître les ventes de voiture zéro émission au pays et d’utiliser la bourse du carbone afin dynamiser l’économie tout en diminuant les GES. 

Pour le PCC, le pourcentage de voitures électriques devrait passer à 30 % du parc automobile d’ici 2030 — alors qu’en 2020, les véhicules électriques et hybrides représentaient un peu plus de 6 % des nouvelles voitures immatriculées au Canada. Le parti veut aussi plafonner le prix du carbone échangé en bourse à 50 $ la tonne pour les individus, en plus de créer un programme d’épargne qui aurait pour effet d’encourager la consommation d’essence. Le prix de la tonne de carbone se situe actuellement à 40 $ et devrait atteindre 170 $ la tonne en 2030 selon ce qu’a prévu le gouvernement de Justin Trudeau. 

Pour le PLC, la proportion de voitures électriques devrait passer à 50 % d’ici 2030 et à 100 % en 2035. Le parti souhaite maintenir la cible actuelle pour ce qui est du prix du carbone. Les cibles de vente de voiture électrique pour 2035 sont partagées par le NPD, qui voudrait toutefois d’abord doubler le financement des véhicules de transport en commun afin de faciliter leur électrification. Le parti de Jagmeet Singh souhaite aussi maintenir le prix de la tonne de carbone à 170 $ en 2030 tout en éliminant les exemptions dont bénéficient les grands pollueurs. 

Le Bloc québécois appuie quant à lui la mise en place d’une loi zéro émission d’ici 2035 qui obligerait les concessionnaires automobiles à vendre suffisamment de voitures électriques et le gouvernement à électrifier sa flotte de véhicules. De plus, le Bloc souhaite instaurer un test climat pour l’ensemble des contrats fédéraux, en plus d’appliquer une péréquation verte entre les provinces suivant le principe du pollueur-payeur, une mesure qui favoriserait le Québec. Le Parti vert propose pour sa part que 100 % des voitures vendues d’ici 2030 soient électriques et souhaite faire passer la taxe carbone à 265 $ d’ici 2030.

Chacun des partis promet par ailleurs de bonnes (et de moins bonnes) idées en environnement qu’il serait toutefois trop long de détailler ici. Mais à regarder le graphique plus haut, une impression demeure : sur cet enjeu, il est difficile de faire confiance aux partis qui ont été au pouvoir. Le PCC a toujours soutenu l’exploitation des sables bitumineux (p.21), qui est pourtant une des sources principales des émissions de GES au Canada. Le gouvernement Trudeau a quant à lui fait mauvaise figure en rachetant l’oléoduc Trans Mountain, dont l’agrandissement vise à tripler la capacité de transport de pétrole des sables bitumineux entre l’Alberta et l’océan Pacifique. Quant aux partis qui n’ont jamais formé de gouvernement dans les dernières décennies, ils peinent à mettre de l’avant des moyens radicalement différents des « vieux » partis pour s’attaquer aux changements climatiques. 

Dans ces conditions, on comprend que plusieurs électeurs et électrices ne croient pas que l’élection actuelle pourra véritablement changer la direction catastrophique que prend le Canada en matière d’environnement. 

 

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Commentaire sur l'article

Manom Duhamel

Je crois que le réveil des vieux partis politiques sur la question de l'environnement passe par un vote massif pour le parti vert, question d'envoyer un message clair quant à l'importance de cette question pour la population. Une bonne frousse de perdre le pouvoir les forcerait peut-être à agir pour vrai.