Privatiser la SAQ, un risque pour les finances publiques?

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Privatiser la SAQ est une idée qui refait surface régulièrement. Que ce soit dans le rapport Godbout-Montmarquette de l’an dernier ou encore dans le livre d’Éric Duhaime La SAQ pousse le bouchon!, le monopole public est pris à partie. Dans un billet qui sera publié demain, mon collègue exposera en quoi cette privatisation ne serait pas bénéfique pour les consommateurs et les consommatrices du Québec. Aujourd’hui, attardons-nous à étudier les conséquences d’une telle politique pour les finances publiques.

L’État perdrait 1 G$ en revenus

En quelques années, les dividendes versés au gouvernement par la SAQ ont connu une rapide augmentation. Entre 2003-2004 et 2013-2014, on parle d’une croissance de 46,4 %, les dividendes étant passées de 685 M$ à 1G$ (en $ constant de 2013).

Il s’agit là d’un montant appréciable correspondant à l’ensemble de l’impôt fédéral et provincial payé par le regroupement de 9 des plus grands employeurs privés du Québec. Ceci nous indique qu’il est à toute fin pratique impossible d’envisager qu’une SAQ privatisée serait en mesure de maintenir un tel niveau de contribution fiscale.

En affectant de la sorte les revenus du gouvernement, tout nous porte à croire qu’une éventuelle privatisation de la SAQ mènerait soit à une perte de revenus pour l’État et donc à une diminution des services à la population; soit à une augmentation de la pression fiscale.

Étrangement, ce constat pourtant simple est toujours passé sous silence par les partisanes et partisants de la privatisation.

Privatiser pour rembourser la dette

Ceci étant dit, est-ce qu’une privatisation partielle pourrait être une bonne idée? Est-ce que vendre 10 % de la société d’État pour rembourser une partie de la dette publique pourrait être une voie raisonnable à suivre?

Et bien non. Pour arriver à cette réponse, nous avons développé deux scénarios. Un premier assez conservateur dans lequel la valeur marchande de la SAQ est évaluée à 12,4 G$ et un second, plus généreux, qui situe cette valeur à 30,7 G$. Donc, en vendant 10 % de la SAQ, le gouvernement pourrait aller chercher de 1,2 G$ à 3 G$ en revenus de vente.

L’opération à faire maintenant est assez simple. D’un côté, on vend 10 % des actifs de la SAQ afin de rembourser la dette et ainsi faire diminuer le coût du service de la dette. De l’autre, l’État perd 10 % des dividendes qu’il reçoit chaque année. L’idée alors est d’évaluer si l’État peut y gagner plus qu’il va y perdre.

Pour chacun des deux scénarios, et ce peu importe le taux d’intérêt appliqué, nous constatons que sur une période de 20 ans la privatisation partielle de la SAQ fera perdre davantage de revenus à l’État qu’elle ne lui permettra de réaliser des économies. Au mieux, l’État perdrait 245 M$. Au pire, il pourrait perdre jusqu’à 2,3 G$.

Bref, vendre 10 % de la SAQ pour rembourser la dette serait un choix budgétaire qui ne viendrait pas solidifier les finances publiques, mais qui risquerait plutôt de les affaiblir en privant l’État d’importants revenus.

Notons également qu’une telle privatisation pourrait très bien être assimilée par les acteurs des marchés financiers et par les agences de notation à la dilapidation d’un actif public rentable. Un geste qui, loin de rassurer les marchés, leur enverrait à l’inverse un message de panique, comme si le Québec avait entièrement perdu le contrôle de ses finances.

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