Pour l'autonomie des personnes âgées, dans le respect des soignantes

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La Presse rapportait jeudi la parution d’une étude publiée par l’Institut du Québec (IDQ) qui proposait d’entamer un virage massif vers les soins à domicile pour les personnes âgées. Parmi les propositions du rapport se trouve celle d’une « assurance autonomie », promue initialement par l’ancien ministre Réjean Hébert. Bien que cette formule séduise, les expériences réelles de soins à domicile nous poussent à l’approcher avec prudence.

Dans ce modèle, l’État est appelé à financer des services dont la prestation serait majoritairement effectuée par le secteur privé. Les travaux de l’IRIS montrent que pour relever le défi posé par le vieillissement de la population, il faut plutôt investir massivement dans les services à domicile publics, mais également revoir en profondeur leur organisation.

L’auteur du rapport de l’IDQ, Alain Dubuc, pense qu’il faut composer avec le modèle mixte public-privé. Pourtant, celui-ci comporte de sérieuses lacunes. Le secteur des soins à domicile est un domaine à forte intensité de main-d’œuvre, ce qui signifie que les coûts des services sont principalement liés aux salaires versés aux personnes qui donnent les soins. Les entreprises à but lucratif qui offrent le service font face à deux options pour offrir un prix compétitif tout en dégageant un profit : réduire les salaires ou diminuer la qualité des soins. Si l’on y priorise la qualité, un modèle mixte public-privé risque donc de reposer sur l’exploitation des travailleuses, qui sont le plus souvent des femmes.

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, la dysfonction du modèle d’affaires des organisations privées de soins de longue durée devient limpide. Le cas des résidences privées pour aîné·e·s, qui prodiguent une partie importante des services à domicile, est éloquent : les propriétaires de résidences se disent eux-mêmes incapables d’offrir des salaires décents à leurs employées. Ils réclament maintenant une extension du financement public très généreux dont elles profitent déjà. 

Même constat pour le modèle des allocations directes (le « chèque emploi-service ») dans lequel l’État verse directement une allocation aux personnes nécessitant des services. Elles se procurent ensuite des soins à domicile dans le secteur privé. Or, les salaires très bas et les horaires de travail fragmentés font en sorte de garder les travailleuses du chèque emploi-service dans la précarité. De surcroît, les usagères et les usagers de ce programme déplorent la faible quantité de soins en plus des ruptures de services auxquelles ils et elles sont confronté·e·s.

Pour faire face au défi du virage vers les soins à domicile, il faut revisiter l’histoire du Québec, car elle se révèle riche en modèles inspirants. Pensons par exemple aux CLSC qui ont, par le passé, incarné un modèle de dispensation des services ancré dans les communautés locales et basé sur une gestion démocratique et décentralisée. Songeons également aux Centres de la petite enfance (CPE), qui allient financement public et gestion démocratique par des organismes à but non lucratif. 

Selon nous, la piste d’un modèle décentralisé comme celui proposé par l’IDQ est porteuse. Mais travailleur·se·s et usager·ère·s doivent prendre part au contrôle de ces structures. Pour que l’autonomie des uns ne brime pas la qualité de vie des autres, il faudra simultanément veiller à reconnaître la juste valeur du travail de soins et à assurer véritablement des services de qualité.

Ce billet est d'abord paru sous forme de lettre ouverte dans l'édition du 29 août 2021 de la Presse+.
 

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Commentaire sur l'article

Yves Legault

Dans le domaine des soins, il existe une malsaine compétition entre les services publics sous-financés et les services privés sur-publicisés.

Ne pas tenir compte de ce fait rend toute comparaison caduque.