Les résidences privées pour aîné·e·s au Québec : Portrait d'une industrie milliardaire

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Le Québec se trouve à la croisée des chemins en matière d’hébergement des personnes âgées. D’une part, la redéfinition du rôle des femmes au cours des dernières décennies et le vieillissement de la population qui ira en s’accélérant durant les prochaines années font de cette question un enjeu incontournablea. D’autre part, l’hécatombe provoquée par la pandémie de COVID-19 dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) et les résidences privées pour aîné·e·s (RPA) ne permet pas le maintien du statu quo dans ce domaine. À l’heure où une révision en profondeur du modèle d’hébergement québécois s’impose, nous proposons de brosser un portrait économique des grandes chaînes de RPA et d’analyser le rôle joué par l’État dans l’essor fulgurant de ces entreprises de plus en plus financiarisées.

Sommaire

↘ Dans la foulée de mises en chantiers frénétiques et de plans de développement ultra-rapide, les quatre plus grandes chaînes de résidences privées pour aîné·e·s (RPA) au Québec – Chartwell, Groupe Sélection, Groupe Maurice, Cogir – ont connu une croissance fulgurante depuis quelques années, occupant désormais une part de marché très importante.
↘ Malgré l’image publique de « fleurons québécois » que se donnent Cogir, Groupe Maurice et Groupe Sélection, leur modèle d’affaires est basé sur des partenariats étroits avec de grandes multinationales financiarisées. Ces trois chaînes de RPA ont adopté des structures de propriété complexes et des stratégies typiques des grandes entreprises financiarisées.
↘ Malgré les problèmes et les risques associés à ce modèle d’affaires financiarisé, les RPA sont lourdement financées par les fonds publics, comme le révèlent nos données inédites obtenues à la suite de dizaines de demandes d’accès à l’information.
↘ Selon nos estimations, les RPA ont obtenu près de 5 G$ depuis 2007 par le biais du crédit d’impôt remboursable pour le maintien à domicile des aîné·e·s. Elles devraient recevoir 529,2 M$ pour la seule année 2021. Cette somme équivaut à près du tiers du budget total que le ministère de la Santé et des Services sociaux consacre au soutien à domicile des personnes âgées en 2020-2021.
↘ L’achat de services auprès des RPA par les établissements publics du réseau sociosanitaire représente au minimum des dépenses de 197 M$ depuis 2015, dont 77,8 M$ pour l’année la plus récente.
↘ L’achat de services auprès des RPA par les établissements publics a connu une forte croissance dans plusieurs régions et a même été plus que décuplé dans certains établissements entre 2015 et 2020.
↘ Ces achats de services par les établissements publics sont très peu encadrés et sont parfois le résultat de pratiques informelles n’impliquant aucun contrat écrit. Dans au moins une région, plusieurs contrats de services ont été conclus de gré à gré alors que leur valeur était supérieure à 100 000 $.
↘ Près de 50 % des nouvelles sommes annoncées dans le budget 2021-2022 pour bonifier les services à domicile seront dans les faits empochées par les RPA.

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