Plus de syndicats, plus d’égalité

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La tendance générale est aux inégalités. Le 10 % s’enrichit plus vite que le 90 %, le 1% plus vite que le 99 %. Il ne s’agit pourtant pas d’une dynamique irréversible. Et si, pour changer de cap, un élément de réponse venait des grands malaimés du débat public québécois : les syndicats.

Qu’est-ce qu’un tour d’horizon de la situation prévalant dans les pays développés nous apprend à ce sujet? Quelque chose de bien simple en fait : plus le taux de syndicalisation est fort dans un pays, plus ce pays risque de connaître une meilleure distribution des revenus.

Ainsi, comme le relève un rapport de l’OIT (Organisation Internationale du Travail), une forte présence syndicale participe à la mise en place d’un cadre institutionnel et réglementaire favorable à un meilleur partage des richesses. Ceci s’explique principalement en raison de la capacité qu’ont les syndicats à négocier de meilleures conditions de travail pour l’ensemble des salarié.e.s, de réduire les écarts de revenus internes aux entreprises et de faire la promotion de politiques sociales redistributives.

Regardons-y de plus près. Dans les pays de l’OCDE, la diminution de la présence syndicale s’accompagne de l’élargissement des écarts de richesse. Le graphique qui suit permet de constater que, tendanciellement, plus le taux de syndicalisation est faible dans un pays (axe vertical de gauche), plus le coefficient de Gini (axe vertical de droite) tend à être élevé, indiquant une distribution plus inégale des revenus.

Taux de syndicalisation (en %) et coefficient de GINI* (après transferts), pays de l’OCDE Graph15oct3

Source : http://stats.oecd.org/

* Le coefficient de Gini est une mesure statistique qui indique le niveau de la distribution des revenus dans une population donnée. Ce coefficient est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite et 1 signifie l’inégalité totale. Il est très utilisé pour mesurer l’inégalité des revenus dans un pays.

Aux États-Unis, le déclin syndical est très marqué. Dans le secteur privé, le taux de syndicalisation est passé, entre 1973 et 2007, de 34 % à 8 % chez les hommes et de 16 % à 6 % chez les femmes. Durant la même période, les disparités de revenus, toujours dans le secteur privé, ont cru de 40 %. Les différentes évaluations suggèrent que la baisse du taux de syndicalisation dans le secteur privé aux États-Unis est responsable de 10 % à 20 % de l’évolution récente des inégalités de revenus.

De 1983 à 2012, la présence syndicale totale (secteurs privé et public) a diminué de 9 points de pourcentage chez nos voisins, passant de 20,3 % à 11,3 %. Pendant la même période, les plus fortuné.e.s ont vu leur part de richesse augmenter d’environ 8 points.

Taux de syndicalisation et partage des revenus du premier 1 % aux États-Unis, en %, 1983-2011 Graph15oct2

Source : Barry T. Hirsch, David A. Macpherson, et Wayne G. Vroman, « Estimates of Union Density by State », Monthly Labor Review, Vol. 124, No. 7, juillet 2001, pp. 51-55, et World Incomes Database.

Ceci indique assez clairement que la diminution du taux de syndicalisation s’accompagne de l’augmentation des inégalités et la situation canadienne ne fait pas exception. Selon une étude publiée en 2012, 15 % de l’augmentation des inégalités au Canada s’explique par le recul des syndicats. Si, en 1983, le 1 % des plus fortuné.e.s accaparait 7,7 % de l’ensemble des revenus au Canada, cette même catégorie s’en arroge aujourd’hui 12,2 %.

Taux de syndicalisation et partage des revenus du premier 1 % au Canada, en %, 1983-2010

Graph15oct1 Source : Statistique Canada : Tableaux 282-0078 et 279-0025, et GRENIER, André, « La main-d’œuvre », dans Le marché du travail, janvier-février 1997, vol. 18, n° 1 et 2, p. 98; World Incomes Database.

Pour réduire les inégalités, il faudrait alors peut-être penser à augmenter la présence syndicale et non pas toujours la présenter comme un handicap économique.

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