Piña colada sur plage brûlante

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Tout comme les hivers de nos enfances, nos étés ne sont plus ce qu’ils étaient. On se rappelle avec nostalgie tant les tempêtes de neige à répétition et le tapis blanc persistant jusqu’au printemps que les étés où les canicules étaient rares et où il fallait porter un coton ouaté le soir sur le balcon. Si on se réjouit de laisser le manteau à la maison en mars, au Québec, cette nouvelle donne demeure le symbole d’un climat qui change, et pas pour le mieux. Le dôme de chaleur caniculaire de la côte ouest nous l’a bien montré. 

Ces changements dans la météo locale ne devraient pas nous surprendre. Depuis des années, les scientifiques qui étudient ce phénomène nous avertissent de ce qui est à venir. Le réchauffement des océans, la fonte des glaciers, la multiplication et l’intensification des événements climatiques extrêmes: tout cela était prévu si on gardait la même trajectoire d’émissions de gaz à effet de serre. Mais tant que la catastrophe ne semblait pas imminente, il était difficile de faire prendre conscience de l’urgence de la situation. 

Cependant, il y a quelque chose de plus sournois, mais tout aussi inquiétant, qui se passe: l’habitude. S’il y a quelques années, on s’attendait à vivre une ou deux périodes caniculaires de 2 à 3 jours par été, on considère maintenant normal de devoir endurer un mercure élevé durant plusieurs semaines. Et cette nouvelle « normale » pourrait bientôt faire place à une situation beaucoup plus grave. Selon l’Environmental Protection Agency des États-Unis (EPA), le nombre de canicules se multiplie depuis les années 1960, elles commencent de plus en plus tôt et finissent de plus en plus tard. La dernière décennie a connu une hausse encore plus marquée de ces épisodes, mais la tendance est là depuis longtemps. Ainsi, on s’habitue périodiquement à une situation qui ne cesse de s’empirer et on court le risque d’être nostalgique du présent dont on se désole aujourd’hui.

 

 

Nous, les vieux, on peut bien dire aux plus jeunes que ce n’était pas comme ça dans not’ temps. Il n’en demeure pas moins qu’on s’y résigne aussi, ou du moins, on s’y habitue et on finit un peu par oublier la normale d’il y a 30 ans, s’attendant à ce que l’été de cette année soit similaire à celui d’un passé récent, pourtant déjà inquiétant. On s’est adapté. L’air climatisé étant devenu la norme, tant dans nos maisons que dans nos voitures, on ne semble plus s’inquiéter de voir le thermomètre friser la barre des 40°C. 

On se permet même de se réjouir d’une vague de chaleur, ou de l’absence de pluie pendant de longues périodes. Loto-Québec a poussé l’audace encore plus loin en tentant de tirer profit des records de chaleur à travers une nouvelle loterie. Le « gratteux » a depuis été retiré du marché, mais cette bévue démontre une certaine banalisation préoccupante, d’autant plus qu’on sait que des gens meurent de ces canicules à répétition. Nous ne sommes pas tous égaux devant ces vagues de chaleur, encore moins quand l’accès aux lieux publics climatisés est restreint par les mesures sanitaires.

Le train du réchauffement climatique est bel et bien en marche. Il existe plusieurs façons d’illustrer cette réalité implacable, et cela fait plusieurs dizaines d’années qu’à grand renfort de graphiques et de tableaux, on nous explique la situation et nous appelle à l’action. Bien que les gouvernements reconnaissent maintenant une certaine urgence d’agir, on continue de s’accrocher au même modèle économique qui calcule le progrès par la croissance économique et l’augmentation de la production et de la consommation. Chacun sa maison, de plus en plus grande (mais écoénergétique), sa voiture (mais électrique), son voyage outremer (mais dans un écovillage). Celles et ceux qui en ont les moyens se donnent bonne conscience, mais ces petits gestes individuels ne font pas le poids, d’autant que leur universalisation nous mène au même cul-de-sac. Chacun sa voiture électrique, ça veut encore dire produire des automobiles coûteuses en ressources, en plus de perpétuer la culture de l’autosolo qui congestionne les routes et nous fait rêver à des troisièmes liens ou à de nouvelles autoroutes.

Des solutions? Oui oui, manger moins de viande, tendre vers le zéro déchet et privilégier l’économie locale. Mais surtout, exiger que les industries soient responsables du cycle de vie de leurs produits, sortir des énergies fossiles, contrôler plus strictement l’étalement urbain, réduire les inégalités sociales et économiques, prendre acte des conséquences de notre modèle économique sur les pays du Sud global… Bref, changer notre modèle économique et social. À méditer autour de la piscine avec votre Piña colada.

 

Source: KC Green

 

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