Les impacts négatifs du confinement sur la sécurité des femmes

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Depuis le début de l’année 2021, le Québec est frappé par une vague de féminicides. En effet, 5 femmes ont perdu la vie dans un contexte de violence conjugale en moins d’un mois. Les meurtres de ces femmes qui provenaient de Kuujjuaq, Laval, Saint-Hyacinthe et Sainte-Sophie illustrent tristement les impacts négatifs du confinement sur la sécurité et le bien-être des femmes. 

Plusieurs études menées au cours de la dernière année ont montré que les femmes étaient beaucoup plus touchées que les hommes par la pandémie. Non seulement celles-ci sont plus nombreuses à occuper des postes qui les mettent à risque de contracter le SRAS-CoV-2, elles sont par ailleurs beaucoup plus susceptibles d’être exposées à la violence conjugale. Les mesures de confinement, qui ont pour but de réduire la propagation du virus, ont malheureusement fait croître l’exposition des femmes à la violence conjugale. Plusieurs maisons d’hébergement remarquent ainsi une augmentation des cas de violence conjugale et une intensification des agressions depuis le début de la crise sanitaire. Le confinement et l’isolement rajoutent des niveaux de complexité et d’agression qui nuisent à la capacité des femmes violentées à se sortir des griffes de leur bourreau.

D’après une étude réalisée à l’été 2020 par le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, 79 % des usagères ont déclaré avoir subi de la violence conjugale durant la première vague du printemps 2020. De ce nombre, près de la moitié ont estimé que ces violences étaient plus graves et plus fréquentes qu’auparavant. Directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF), Manon Monastesse affirme pour sa part que les violences se sont intensifiées et « qu’il n’est plus rare de voir arriver en maison d’hébergement des femmes et des enfants qui ont été séquestrés par le conjoint ou qui ont plusieurs membres brisés ».

Dans ce contexte, les ressources limitées dont disposent les maisons d’hébergement ainsi que les coupes budgétaires qu’elles ont subies ont forcément des répercussions négatives sur leur offre de services. Chaque année par manque de ressources financières, la FMHF doit, par exemple, refuser près de 15 000 demandes d’hébergement de femmes victimes de violence conjugale.  Depuis le confinement, l’organisme SOS violence a, quant à lui, reçu près de 35 000 demandes d’hébergement temporaire. 

Bien que les maisons d’hébergement aient tiré la sonnette d’alarme, le gouvernement provincial peine à agir. Plusieurs organismes communautaires attendent toujours le financement promis par le gouvernement provincial. Seul un cinquième des 120 millions de dollars sur cinq ans annoncés l’an dernier a été distribué. Sur le territoire de l’île de Montréal, c’est 5 millions de dollars seulement qui ont été versés aux centres d’hébergement pour femmes.

Le premier ministre François Legault a reconnu que la situation actuelle était problématique et a lancé un message aux agresseurs pour les rappeler à l’ordre. Ce message percutant n’est, malheureusement, pas la solution qu’attendent les organismes communautaires. C’est à se demander ce qu’attend le gouvernement pour faire bouger les choses? Face à la multiplication des féminicides, il est urgent de se doter d’un plan d’action afin de combattre ce fléau et surtout d’octroyer aux maisons d’hébergement ainsi qu’aux organismes communautaires les sommes nécessaires afin de les aider à sauver des vies.

 

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