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Indice panier et autres données sur les inégalités de revenu pouvant être compilées à partir de la MPC

15 février 2024

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5min


Depuis 2009, la mesure du panier de consommation (MPC) est utilisée au Québec pour suivre les situations de pauvreté sous l’angle de la couverture des besoins de base. Elle sert depuis 2018 au Canada de seuil de référence officiel pour les situations de pauvreté. Même si on suppose au Québec qu’un seuil permettant une vie exempte de pauvreté serait plus élevé, il y a un consensus large sur le fait qu’elle constitue un bon indicateur pour la couverture des besoins de base. Les seuils de la MPC varient selon la localité et la taille des ménages. Les enquêtes utilisées par Statistique Canada pour l’établir permettent de situer le revenu de chaque ménage par rapport au seuil qui lui est applicable.

Si, au lieu de ne regarder que les ménages qui se trouvent sous le seuil de la MPC, pour en compter le nombre et établir à partir de là des taux de population sous le seuil, on regarde plutôt où chaque ménage se trouve (soit au-dessus, soit au-dessous du seuil), on peut apprendre bien des choses qu’on ignorerait autrement, dont :

  • la manière dont se répartit le revenu après impôt d’un ménage et de l’ensemble des ménages, soit le coût d’un panier, le déficit ou le surplus à ce panier selon les cas, et les montants servant à des catégories de dépenses non retenues dans le calcul du panier ;
  • la proportion du seuil MPC que le revenu disponible d’un ménage lui permet de se procurer, autrement dit une fraction ou un multiple du coût du panier applicable, ou ce qu’on nomme son indice panier (coefficient de panier dans la publication de Statistique Canada).

Ce faisant, la MPC passe d’une mesure reliée uniquement à la mesure de la pauvreté et du faible revenu, à une mesure de l’inégalité des revenus, et de la disparité des niveaux de vie qui peuvent y être associés par rapport à la capacité de couvrir ses besoins de base. De plus, comme tout cela est dérivé de revenus réels, elle devient en même temps une mesure qui permet de savoir comment se distribuent les milliards de dollars du revenu disponible dans la population par rapport à la capacité des un·e·s et des autres de couvrir leurs besoins de base, en incluant une quantité habituellement invisible dans les comptes publics, soit les milliards de dollars manquant aux ménages sous le seuil de MPC pour atteindre ce seuil, autrement dit le déficit à la MPC.

On peut ainsi répondre aux questions de départ du présent billet. Et plus encore.

En 2022, Statistique Canada a repris la méthodologie que nous avions développée afin d’utiliser la MPC comme base pour la mesure des inégalités. Nous reprenons ici deux tableaux issus de leur étude.

Le tableau 1 décrit comment se décomposaient en 2020 les 1308,81 milliards de dollars du revenu après impôt total en 2020 (la flèche pleine), par décile de revenu après impôt des ménages.Ce tableau répond à la première question posée au début de ce billet, et à bien d’autres questions pouvant influencer des choix favorisant la réduction de la pauvreté et des inégalités. On y apprend en effet (la flèche pointillée) qu’il manquait 17,73 milliards de dollars à la couverture de l’ensemble des besoins de base de la population canadienne cette année-là, soit à peine 1,36 % du revenu après impôt total des particuliers.

Le tableau A.1 fournit le coefficient de panier (ou indice panier) moyen des ménages canadiens de 2015 à 2020, par décile de revenu après impôt des ménages. On constate d’une part que pendant cette période, la société canadienne avait les moyens de fournir en moyenne deux fois le seuil de la MPC, ou deux paniers, par ménage. D’autre part, on observe que le dixième le plus pauvre des ménages a eu accès en moyenne à plus ou moins un demi-panier, alors que le dixième le plus riche a eu accès à plus ou moins quatre paniers et demi en moyenne. Ce tableau calculé en paniers répond précisément à la deuxième question du début de ce document. Il a de plus l’avantage de permettre des comparaisons simples, faciles à comprendre pour toutes sortes de publics, qui tiennent compte de la taille des ménages et de la variation du coût du panier dans le temps et selon les localités et types de localité. Il laisse également voir l’impact positif des mesures de soutien du revenu en 2020 pendant la pandémie de COVID-19, et l’amélioration ponctuelle, cette année-là, de la capacité des premiers déciles à couvrir leurs besoins de base.

Ces deux tableaux, qui font voir en même temps le manque et l’aisance, permettent de poser des questions de choix à privilégier vers une société sans pauvreté et en même temps plus résiliente face à l’urgence climatique, ainsi que d’équiper les réflexions à tenir vers des plans d’action et des budgets publics conséquents. Quels équilibres rechercher dans la distribution des revenus vers un bien-vivre mieux partagé ?

L’intérêt d’une compilation régulière

On peut imaginer l’intérêt de pouvoir accéder à des données permettant d’apercevoir l’ensemble de la distribution des revenus par rapport à la MPC sur une base régulière et par province. La compilation faite par Statistique Canada, et la structure des tableaux déjà accessibles (voir ici et ici) en montrent la possibilité. Des consultations sur le sujet auront justement lieu à la fin février auprès d’expert·e·s travaillant sur la question de la pauvreté et des inégalités. Espérons que la suite des choses permettra un meilleur accès à ces indicateurs qui nous offrent l’occasion de parler d’inégalités en termes de couverture des besoins.

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1 comment

  1. L’état doit définir ce que sont les biens premier et il doit et en garantir l’accès à tous les citoyens.
    Les exemples les plus fondamentaux de biens premiers sont les soins, l’alimentation, les vêtements, le logement, le revenu et les loisirs.

    Un point incontournable est de mettre tous les biens premiers à l’abri de la spéculation.

    Il y a aussi les droits d’exploitations des ressources naturelles qui doivent être revus à la hausse de manière radicale. La tarification doit tenir compte de la renouvelabilité des ressources naturelles et de la pollution engendrée par les processus d’exploitation..

    Par ressource naturelle, j’entends l’air, l’eau, le sol, le sous-sol et tout ce qu’ils contiennent, sans oublier les citoyens habitant le territoire.

    Le concept de revenu de citoyenneté, tel qu’établi par Michel Chartrand et Michel Bernard, est intéressant.