Le Québec doit améliorer sa productivité, vraiment?

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Plusieurs commentateurs s’inquiètent souvent de la trop faible productivité de l’économie québécoise, une meilleure productivité étant supposée générer ou maintenir des emplois de qualité et améliorer la rémunération de tout le monde. Cependant, la réalité n’est pas si simple, les gains de productivité ne se sont pas traduits en une augmentation équivalente de la rémunération des salarié.es québécois.es.

Entre 1981 et 2010, la richesse produite au Québec par heure travaillée a augmenté de 30%. C’est une progression considérable et on aurait pu s’attendre à une évolution comparable de la rémunération des travailleuses et travailleurs de la province. Mais ce n’est pas le cas. La rémunération totale n’a augmenté que de 15 % pour la même période. Concrètement, l’écart entre l’évolution des gains de productivité et celle de la rémunération des salarié.es équivaut à un peu plus de 3 $ l’heure, soit environ 6000 $ par année.

C’est dire qu’il existe un écart important entre la  progression de la productivité et celle de la rémunération.

Ce décalage contribue bien entendu à l’accroissement des inégalités de revenus au Québec. D’un côté, la part de notre richesse collective attribuée à la rémunération des salarié.es a diminué de 12 % tandis que celle destinée au capital a pour sa part connu une hausse de 16 % (le revenu du capital prend la forme, par exemple, des profits des entreprises ou de revenus d’investissement).

Cette dynamique défavorable aux travailleuses et travailleurs concrétise l’un des effets pervers appréhendés vis-à-vis des accords de libre-échange. En effet, l’ouverture des marchés, les déréglementations et la diminution du filet social favorisent le développement d’une structure économique qui ne permet pas l’enrichissement de la majorité, mais plutôt celle d’une minorité.

L’impasse écologique

En plus de ne pas favoriser une saine répartition de la richesse, la recherche débridée de gains de productivité se fait en complète ignorance des défis posés par les changements climatiques. Réaliser des gains de productivité pourrait être une stratégie environnementale intéressante s’il était question de maintenir notre qualité de vie tout en diminuant notre empreinte écologique.    

Malheureusement, la tendance actuelle va plutôt à sens inverse. Il n’est pas question de réussir à produire autant avec moins, mais bien de produire plus avec plus. La recherche de l’amélioration de la productivité comme principe phare de nos politiques économiques est aveugle au plus grand défi de notre époque. Ce défi, c’est celui d’adapter notre mode de vie et notre niveau de consommation aux limites imposées par l’épuisement des ressources naturelles, la protection des écosystèmes et la lutte aux changements climatiques.

Bref, contrairement à ce qui est crié sur tous les toits, augmenter la productivité n’est pas un objectif qu’il faut accepter sans poser certaines conditions. Réalisons des gains de productivité, d’accord, mais seulement s’ils servent à renverser l’accroissement des inégalités et à mettre fin à la surconsommation des ressources de notre planète.

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