Le FMI tirera-t-il les leçons de ses erreurs ?

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En ce début d’année 2013, les spécialistes du FMI reconnaissent que les mesures d’austérité mises en œuvre pour assainir les finances publiques des pays d’Europe n’ont fait qu’accentuer leurs difficultés en provoquant des reculs économiques bien plus prononcés que prévu. Ce ne sera pas la première fois que le FMI se plante. On n’a qu’à songer aux « Programmes d’Ajustement Structurel » des années 1980 et 1990 qui ont enfoncé dans la misère les pays du Tiers Monde, ou encore les recommandations inappropriées pour les pays du sud-est asiatique ébranlés par des crises financières à la fin des années 1990.

Cette fois, c’est l’économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, et son collègue  Daniel Leigh, qui ont accroché le grelot. Dans un article publié début janvier, approfondissant une note d’octobre 2012, ceux-ci avancent que les effets des multiplicateurs fiscaux sur la croissance économique dans les pays avancés ont été grandement sous-estimés. Ces multiplicateurs sont des coefficients utilisés dans les modèles économétriques pour évaluer l’impact économique des compressions de dépenses publiques ou des hausses d’impôts. Jusqu’à présent, le FMI a fonctionné avec un multiplicateur fiscal de 0,5, ce qui signifie que pour une compression de dépenses ou hausse d’impôt  de 10 dollars, le PIB reculera de 5 dollars. Or, suite à leurs travaux, ces économistes concluent que les multiplicateurs fiscaux se sont en fait situés entre 0,9 et 1,7 depuis 2010. Il s’ensuit que les incidences économiques négatives des politiques d’austérité appliquées dernièrement en Europe pourraient s’avérer jusqu’à trois fois plus sévères que prévu. Ce n’est pas rien ! Les politiques restrictives ont entraîné des conséquences nettement plus néfastes sur le niveau du chômage, la consommation des ménages et l’investissement des entreprises. Du coup, il ne faut guère s’étonner de voir plusieurs pays en proie aux convulsions sociales et politiques.

Les auteurs ajoutent même que les erreurs de prévisions du FMI étaient pires que celles des autres organismes qu’ils ont examinés, comme la Commission européenne ou l’OCDE.

Plusieurs motifs sont invoqués pour expliquer ces égarements. Les paramètres retenus n’ont pas suffisamment pris en compte les spécificités du contexte. En fait, on a utilisé pour une situation de crise des mesures établies dans le contexte économique plus normal des années 1998 à 2008. Or, les agents économiques réagissent différemment en temps de crise. Leur comportement, en matière de dépenses ou d’investissements, est moins influencé par les anticipations de revenus futurs. (Quand on ne sait pas ce que l’avenir réserve, on est plus prudent). En outre, on n’a pas tenu compte du fait que les taux d’intérêt étaient pratiquement au plancher et que le système de crédit fonctionnait cahin-caha. Il n’y avait donc plus de marge pour mener une politique de détente monétaire qui aurait pu compenser quelque peu l’austérité budgétaire.

Malheureusement, ces constats ne suffisent pas à convaincre le FMI de remettre en cause l’austérité, mais tout au plus son intensité. Selon cet organisme, il faut continuer dans la même voie, mais à une vitesse réduite. À la lumière des dégâts infligés, qu’est-ce qu’il faudrait de plus au FMI pour réviser ces orientations insensées ?

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