La rigueur, c'est pour les autres

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Dimanche dernier, Lucienne Robillard, ex-ministre libérale, présentait les premières recommandations de la Commission de révision permanente des programmes En juin, le gouvernement Couillard a donné au comité le mandat de cibler des économies potentielles de 3,2 G$ afin de tenter de redresser les finances publiques du Québec ainsi que de réduire le paiement des intérêts sur la dette du Québec.

Ce rapport préliminaire de 176 pages (dont 55 pages blanches...) propose des économies d’environ 2,3 G$ en ayant recours à l’abolition de programmes, à la réduction de transferts ou à une tarification accrue. Divers domaines sont touchés, mais on a pour l’instant plutôt épargné la santé et l’éducation. Il faudra attendre à juin pour un rapport plus complet qui abordera tant ces secteurs publics importants ainsi que les sociétés d’État. Malheureusement, les propositions présentées sont très peu élaborées et ne sont pas mises en contexte, ne permettant pas de juger de leur réelle pertinence. Ainsi on propose des coupes au cœur même de l’État social sans même questionner les impacts et les répercussions des mesures proposées. L’austérité à son meilleur.

Sous prétexte que les dépenses municipales ont augmenté plus rapidement entre 2007 et 2012 que celles du gouvernement, le rapport propose de couper 1,3 G$ dans les transferts aux municipalités. Tout simplement. La commission demande aux municipalités de « mieux se gérer » et leur donne un coup de pouce à l’aide d’une réduction substantielle de leurs budgets. Après avoir souligné qu’il fallait éviter les coupes paramétriques (par exemple, 5% partout), elle les invite à faire un gel d’embauche, de procéder à l’attrition de postes (pas d’embauche après un départ à la retraite) et de trouver tout autre moyen de réduire leurs dépenses. Le tout, bien entendu, sans hausser les taxes. Quand vient le temps de se demander si on doit transférer au niveau municipal certaines responsabilités, les commissaires sont seulement préoccupés par les salaires qui y sont plus élevés. Incidemment, les économies pourraient ne pas être au rendez-vous. Est-ce que les commissaires se sont posés les question suivantes : «Est-ce que les villes pourraient faire mieux? Est-ce un service qui devrait miser sur la proximité?» Non. Pourquoi réfléchir à un projet de société? On est ici pour couper.  Dans l’éventualité où cette situation se réalisait, on peut voir d’ici ses effets : ou bien les 1,3 G$ amputés seront transférés aux citoyen.ne.s à travers des hausses de taxes et de tarifs municipaux (mais on invite à ne pas le faire) ou alors les municipalités n’auront pas d’autre choix que d’envisager la privatisation et la sous-traitance de ses services. Une telle stratégie qui semble être économique pourrait bien se transformer en nouveau gouffre financier.

Finalement, pour sauver environ 24 millions de dollars (0,024% du budget des dépenses 2014-2015),  la commission souhaite tout simplement couper le programme de Soutien à l’action bénévole ainsi que le budget discrétionnaire des ministres. Notons que ce dernier portefeuille est très stable d’année en année, avec une croissance presque nulle, mais qu’il permet de soutenir des projets dont certains besoins ne cadrent pas dans les programmes déjà existants. Les référer aux programmes officiels et normés, en ne majorant pas les budgets de ces derniers en conséquence ne fait que laisser tomber des organismes dans le besoin, et les mettre encore plus en concurrence les uns avec les autres. Dans le cas du Soutien à l’action bénévole, le raisonnement est encore plus absurde. Puisque les subventions accordées sont de 500$ en moyenne, les commissaires, qui gagnent entre 1100$ et 800$ par jour, déclarent que ce ne doit pas être des sommes ayant un impact déterminant sur la réalisation des projets, et que, conséquemment, ça ne change pas grand chose que le programme soit aboli. Ont-ils fait des démarches auprès des député.e.s pour mieux connaître le type de projets aidés? Madame Robillard a-t-elle déjà oublié toutes ces lettres des groupes scouts, des compagnies de théâtre amateur, des organismes en démarrage qui lui demandaient de fournir les misérables dollars qui manquaient pour réaliser leurs activités? Il semblerait que ces quelques bouts de chandelles valent plus dans le coffre de l’État que dans les initiatives locales et collectives qu’elles pourraient pourtant éclairer.  

Utile pour qui ?

Cette commission « d’experts », qui devait se pencher sur l’ensemble des dépenses du gouvernement pour se demander si les programmes répondaient bien aux objectifs semble avoir oublié cette partie de l’analyse. Dans son rapport, elle démontre bien sa totale incapacité à comprendre la société dont elle propose le saccage. Les conséquences sur la vie des gens, elle n’y pense pas. Aucun réflexion sur le mode d’agriculture dont le Québec pourrait vouloir mettre de l’avant. Rien non plus sur le rôle social du système de garderie ou sur comment l’aider à mieux atteindre ses objectifs. Tout se résume à coupons les budgets, augmentons les tarifs, stimulons le privé. Ah, et sans affecter les services bien entendu!

Mais, la question se pose : pourquoi ce rapport? Et pourquoi dans ce rapport retrouve-t-on ces conclusions? Bien entendu, il est sain de se questionner sur les dépenses budgétaires de l’État, surtout alors qu’il semblerait qu’on soit incapable de dénombrer l’ensemble des programmes financés par l’État. Par contre, plutôt que de commencer par une révision superficielle et mur à mur, n’aurait-il pas été sain de cibler des secteurs, les approfondir, les comprendre, puis proposer des réformes?

En fait, à voir les mesures et les réformes déjà proposées par le gouvernement, on peut rapidement se rendre compte que cette commission était d’abord et avant tout un exercice de relations publiques. En choisissant ces commissaires, le gouvernement connaissait d’avance les orientations qui seraient prises et était bien confiant que les rapports qu’ils produiraient lui donneraient la marge de manœuvre pour faire exactement ce qu’il voulait. Ensuite, il peut se retourner et se justifier par une analyse externe et « indépendante ». Avec un peu de chance, les commissaires iront encore plus loin et le gouvernement pourra montrer sa « modération ». Ainsi, au lieu d’être tabletté, le rapport sert plutôt à équilibrer le bureau brinquebalant de la rhétorique du Premier ministre et de son équipe. Mais ne soyons pas dupes de cet écran de fumée idéologique.

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