La recherche universitaire en transition

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Hier, l’IRIS publiait une étude sur le financement de la recherche universitaire, tant au fédéral qu’au provincial. L’objectif est de déterminer les répercussions pour le soutien à la recherche universitaire et à la relève des compressions menées par les gouvernements fédéral et provincial au sein respectivement des Conseils de recherche du Canada et des Fonds de recherche du Québec de 2007 à aujourd’hui.

Au palier fédéral, notre étude montre que le gouvernement Harper a effectué des compressions majeures aux Conseils de recherche du Canada. De 2007-2008 jusqu’à l’élection du gouvernement Trudeau, le budget des Conseils de recherche a été réduit de 8 %, ce qui représente une baisse d’environ 200 millions de dollars.

Ces coupes ont entre autres entraîné une diminution de plus de la moitié (53 %) du financement des projets de recherche en santé et de 11 % en sciences humaines. De plus, le nombre de bourses d’études de maîtrise accordées en sciences de la nature a chuté de plus des deux tiers (68 %).

Le gouvernement Trudeau a injecté près de 141 millions de dollars dans son budget de 2016, et ces sommes ont permis de renverser quelque peu la tendance. Néanmoins, des investissements additionnels seront nécessaires pour que les Conseils de recherche retrouvent leur niveau de financement de 2007.

Quant au palier provincial, les Fonds de recherche du Québec ont été relativement épargnés jusqu’à l’élection du gouvernement Couillard en 2014. Depuis 2014, les sciences humaines et les sciences de la santé ont vu leur financement global baisser légèrement (respectivement de 4 % et de 3 %), mais les sciences de la nature ont souffert de coupes de plus du quart (26 %).

Ainsi, l’été dernier, les subventions de recherche en centres universitaires hospitaliers (CHU) subissaient des compressions de près de 20 %. Par ailleurs, en sciences de la nature, on observe une diminution marquée des bourses octroyées à la maîtrise, au doctorat et aux études postdoctorales : de 2014-2015 à 2015-2016, elles ont diminué de près du tiers (32 %)!

La recherche « utile »

La tendance la plus importante que nous avons pu observer au sein des organismes subventionnaires est toutefois leur priorisation croissante du financement des activités de recherche ayant des retombées concrètes, la plupart du temps bénéficiant au privé. C’est ce que nous appelons la « recherche liée », dans la mesure où la recherche est liée à un intérêt économique ou une priorité gouvernementale.

Ainsi, depuis 2007-2008, la part des fonds finançant la recherche libre en sciences de la nature au Canada a chuté de près d’un cinquième (19 %) tandis que celle dédiée à la recherche liée a augmenté du tiers (33%). La recherche liée reçoit maintenant plus de financement que la recherche libre. La situation est similaire en sciences humaines au Québec. En 2014-2015, on finançait davantage la recherche libre que la recherche liée. Toutefois, la recherche libre a perdu plus du tiers (36 %) de son financement l’année suivante. Il se retrouve ainsi au même niveau que celui de la recherche liée, qui elle reste épargnée par l’austérité.

Soyons clairs : il n’y a rien de mauvais en soi dans le fait que la recherche soit liée à des intérêts qui lui sont étrangers. À ce titre, les gouvernements financent spécifiquement des initiatives de recherche pour lutter contre le VIH ou le réchauffement climatique.

Ce dont il faut s’inquiéter, c’est que l’État priorise de plus en plus la recherche liée capable de produire des résultats concrets, et pouvant bénéficier principalement aux entreprises privées. Or, on ne peut imposer à la recherche un tel impératif sans lui nuire.

De nombreuses découvertes ou innovations ont pris beaucoup de temps à aboutir ou n’étaient tout simplement pas prévues, comme le téflon, la cryptographie et le GPS. Obliger la recherche à produire des résultats « utiles », c’est l’obliger à s’orienter de plus en plus en fonction des exigences du marché. La liberté académique ne peut qu’en pâtir.

Un moment charnière en recherche et en éducation supérieure

Présentement, tant le gouvernement fédéral que provincial mènent des consultations pour mettre en place de nouvelles politiques scientifiques. On promet des réinvestissements dans les organismes subventionnaires. Doit-on pour autant se réjouir?

Attardons-nous au cas provincial. Sur le site Internet des consultations qui doivent mener au renouvèlement de la Stratégie québécoise en recherche et innovation (SQRI), le gouvernement soutient que la recherche québécoise se porte bien. Il avance toutefois du même souffle qu’il faut améliorer « le transfert des résultats de la [recherche et développement] vers la société, le marché et les utilisateurs, et [...] en accroître les retombées ».

Ce qu’il faut en comprendre, c’est que le gouvernement libéral veut accentuer la transformation de la recherche en retombées concrètes qui bénéficieront au marché. Le but de la SQRI est après tout de renouer avec la croissance économique.

Le gouvernement libéral propose une vision dans laquelle ce sont les universités (et donc les contribuables!) qui doivent assumer les risques de la recherche et développement, et les entreprises qui peuvent profiter des retombées. Toutefois, en mettant tous ses œufs dans le panier de la recherche liée, les gouvernements risquent de nuire à la mission fondamentale des universités.

 

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