La filière des hydrocarbures au Québec : qui est Ressources Utica?

Par

Récemment, la filière des hydrocarbures au Québec a vécu d’importants changements sur le plan de ses principaux acteurs, ce qui nous amène à nous poser la question suivante : est-ce que la multinationale Total est l’une des actionnaires de Ressources Utica, la nouvelle détentrice des puits gaspésiens de pétrole Galt?

 

La pétrolière juniore Junex, propriétaire des puits Galt en Gaspésie, a été fusionnée avec l’Albertaine Cuda Pétrole & Gaz en août 2018. À l’époque, l’entreprise Ressources Utica—actionnaire de Junex—avait également présenté une offre aux actionnaires de Junex, qui avaient finalement préféré l’offre de Cuda. Une année plus tard alors que Cuda Pétrole & Gaz a vu son action en bourse passer de 5 $ à 0,42 $, l’entreprise a décidé de se départir de ses actifs québécois, rachetés par Ressources Utica à un prix quatre fois inférieur à son offre de l’année précédente. 

Ressources Utica

Ressources Utica est une entreprise non cotée en bourse, contrairement à sa prédécesseur Junex cotée à la bourse de Toronto. Le caractère privé de Utica empêche de déterminer précisément l’identité de l’ensemble de ses actionnaires et leur part respective dans la capitalisation de l’entreprise. Or, le registraire des entreprises du Québec mentionne un actionnaire de Ressources Utica, soit : « Eutica Holdings GmbH », dont l’adresse renvoi au bureau autrichien du fonds d’investissement européen Lansdowne Partners. À cet égard, la couverture médiatique récente s’est limitée à mentionner que Utica était « détenue par des investisseurs québécois et européens », contrairement à l’année dernière, où le lien de propriété entre Lansdowne Partners et Ressources Utica était factuel. Bref, il est possible d’identifier avec certitude un acteur derrière les fonds en provenance d’Europe de Ressources Utica : Lansdwone Partners Austria. 

Lansdowne Partners est un fonds d’investissement spéculatif (« Hedge fund ») dont l’actif sous gestion s’élève à plusieurs milliards de dollars. C’est à partir de sa division autrichienne, à Vienne, qu’elle investit dans Ressources Utica. Lansdowne Partners n’en est pas à son premier investissement au Québec : il est également le premier actionnaire institutionnel en importance de l’entreprise Questerre, gazière albertaine détenant des permis d’exploration dans la vallée du Saint-Laurent et à l’origine en 2018 d’une poursuite judiciaire contre la législation québécoise sur l’encadrement du procédé de la fracturation hydraulique.

Et Total?

Le registraire des entreprises du Québec mentionne trois administrateurs siégeant sur le conseil d’administration de Ressources Utica. Parmi ceux-ci, on trouve David Mansel Thomas qui représente les intérêts de Lansdowne Partners puisque son adresse correspond au domicile principal du fonds, à Londres. Un autre administrateur porte le nom de Jean De Ridder. En faisant une recherche sur celui-ci, on apprend qu’il est vice-président chez Total USA. La présence de cet administrateur signifie-t-elle que la multinationale pour laquelle il travaille est impliquée dans l’actionnariat de Ressources Utica? Total possède déjà une expérience de production au sein du gisement—du nom de Utica —, qui se retrouve dans la vallée du Saint-Laurent et dans lequel Ressources Utica détient des permis d’exploration. Elle y extrait et met en marché du gaz en partenariat avec des joueurs américains dans l’est des États-Unis.

La discrétion de Ressources Utica

La cassette de l’acceptabilité sociale joue en boucle dans le discours des entreprises voulant développer la filière des hydrocarbures au Québec. Pour le moment, Ressources Utica ne daigne même pas informer les communautés habitant sur les territoires faisant l’objet de ses permis d’exploration de l’identité des investisseurs-promoteurs du projet. Elle se contente de communiquer en sous-traitant sa parole à une firme de relations publiques, manière bien commode de laisser planer le mystère. S’agit-il notamment de la multinationale Total et du fonds d’investissement Lansdowne Partners? Comment prétendre parvenir à une soi-disant acceptabilité sociale si les communautés sont maintenues dans l’ignorance quant à l’identité des investisseurs avec qui elles sont censées dialoguer? 

S’il s’avérait que Total et/ou Lansdowne Partners étaient effectivement impliqués dans Ressources Utica, d’importantes questions en découleraient. Parmi celles-ci, on peut se demander quelle est la position de Lansdowne Partners dans la poursuite de Questerre contre le gouvernement du Québec et si à titre de premier actionnaire de Questerre, il est en accord avec cette pratique consistant à recourir aux tribunaux lorsque l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous. Doit-on s’attendre à des pratiques du même ordre avec Ressources Utica? 

En ce qui a trait à Total, sa réputation au Québec la précède, notamment suite à la publication de l’ouvrage de l’auteur Alain Deneault à son sujet, lequel énumère une série de pratiques d’entreprise plus scandaleuses les unes que les autres

Avec possiblement ces deux acteurs dans l’antichambre de Ressources Utica, on comprend pourquoi celle-ci demeure discrète quant à sa réelle identité. 

Commentaire sur l'article

Frank Pronovost

Je crois que les ententes de libre-échanges permettent aux cies de poursuivre un État si elles prétendent que leur droit de produire a été brimé, si les conditions ont changé.....etc.