L'environnement peut attendre

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C’est finalement à 4,5 milliards que se sont élevés les surplus de l’exercice 2019-2020, portant à plus de 25 milliards les surplus engrangés durant les cinq dernières années. Le gouvernement Legault a ainsi accompli un véritable tour de force, celui de nous convaincre qu’il est normal de dégager des surplus d’en moyenne 5 milliards de dollars par an. Ces surplus colossaux constituent sans doute, avec la reconnaissance tardive de l’importance de s’attaquer aux enjeux climatiques, les traits marquants de ce budget.

LE DOGME DE L’ÉQUILIBRE BUDGÉTAIRE

Pour l’exercice budgétaire qui s’amorce, c’est 2,7 milliards de surplus que l’on prévoit verser au Fonds des générations. Rappelons que cet instrument financier avait été créé afin de ramener l’endettement du Québec à 45 % du PIB. Maintenant que c’est chose faite, des groupes aussi variés que l’IRIS, l’Institut du Québec, la Chaire d’étude en fiscalité et finances publiques ou encore l’Ordre des comptables professionnels agréés du Québec ont soutenu qu’il était temps d’étudier différentes stratégies de décaissement du Fonds des générations. Le ministre est malheureusement demeuré imperméable à cette idée.

Quant à ceux qui affirment qu’il faut demeurer extrêmement prudent étant donné les risques grandissants de ralentissement économique, soulignons que le gouvernement a porté à pas moins de 14 milliards sa réserve de stabilisation. Cette réserve permet à l’État d’éponger d’éventuels déficits dus à la conjoncture économique.

Investir les surplus pour soutenir des projets de transition écologique juste permettrait précisément de se prémunir contre les effets d’une éventuelle crise tout en attaquant de front la réelle dette intergénérationnelle, soit la dette écologique.

Or, bien que le gouvernement reconnaisse désormais l’urgence d’agir face à la crise climatique, force est de constater qu’un véritable changement de cap susceptible de transformer l’économie québécoise devra attendre.

DES MESURES PEU CONVAINCANTES EN ENVIRONNEMENT

La CAQ se croit toujours en mesure d’atteindre d’ici à 2030 l’objectif fixé par le précédent gouvernement de réduire les GES du Québec de 37,5 % par rapport au niveau de 1990. Ce serait souhaitable, mais étonnant considérant les grandes orientations de ce budget.

Les nouvelles sommes en environnement vont au programme Roulez vert, qui existait déjà et dont les résultats sont limités. 

L’objectif de ce programme est d’encourager l’achat de véhicules électriques. Or, le parc automobile du Québec croît de manière plus importante que la population depuis des années. De plus, ce sont les véhicules utilitaires sport (VUS), très énergivores, qui sont les plus populaires. Le programme Roulez vert ne fait rien pour renverser cette situation.

Certes, les véhicules électriques sont moins polluants que les véhicules à essence, mais on n’améliorera pas le bilan énergétique du Québec si le nombre total de voitures continue à croître.

Même si le nombre de véhicules électriques atteignait 300 000 d’ici 2026, cela ne représenterait que 5 % du parc automobile actuel. En matière de transport, il faudra un jour faire plus que donner des carottes aux citoyens exemplaires et réfléchir à pénaliser les grands consommateurs.

Par ailleurs, rien n’est fait pour limiter les émissions des grandes industries et aucune somme n’est prévue pour de nouveaux projets en efficacité énergétique ou pour la reconversion des industries polluantes. Ça augure mal pour le Plan d’économie verte qui doit être dévoilé sous peu.

De plus, si l’on se fie au Plan québécois des infrastructures (PQI), on s’aperçoit que les projets en environnement ou en transports en commun affichent des taux de réalisation beaucoup plus faibles que les autres.

Ainsi, on planifie dépenser 107 % de ce qui était prévu pour le réseau routier dans la dernière année financière et 119,7 % pour le transport maritime, aérien, ferroviaire et autres, mais seulement 53,9 % de ce qui était prévu en environnement, soit le taux de réalisation le plus bas de l’ensemble des investissements du gouvernement. Les transports collectifs font mieux que l’environnement, mais à 90,5 %, n’atteignent pas le niveau du réseau routier.

En somme, la CAQ traîne les pieds lorsqu’il s’agit de traduire ses intentions en gestes concrets. C’est sans compter que certaines régions comme le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine semblent laissées pour compte dans la stratégie du gouvernement.

Le gouvernement Legault se targue d’avoir déposé un budget qui permettra de « bâtir une économie verte ». Au-delà de cette stratégie de communication, ce qu’il propose ne se démarque toutefois pas des propositions sans ambition des gouvernements précédents. Pourtant, il possède une marge de manœuvre historiquement élevée pour entamer une véritable transition écologique juste. Ce billet est d'abord paru sous forme de lettre dans l'édition du 11 mars 2020 de La Presse +.

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